« EVE… OU… LE MIROIR AUX ALOUETTES » – Par… ma mère.

Ma mère lisait les Entrailles. Je lui demandais son avis, elle se prêtait à d’attentives  et enthousiastes relectures,  pendant sa maladie. On a commencé alors à échanger de plus en plus, autour du blog, à parler féminisme et informatique. Et puis un jour,  alors que je venais  passer une semaine à ses côtés pour l’accompagner en cure de chimio, elle m’a tendu un papier jauni, plié en quatre. Elle  m’a dit  « Je te préviens, c’est moins bien que ce que tu fais toi, ma fille ». Moi, j’ai surtout trouvé que ça ressemblait beaucoup à ce que je faisais, au contraire.

J’ai déplié le papier et j’ai vu le titre de la rubrique : « Lutte des femmes ». J’ai regardé la signature, l’article était d’elle. À cette époque, elle accolait le nom de mon père et le sien. C’était quelques mois avant 81, dans un canard de gauche local.

« EVE… OU…

LE MIROIR AUX ALOUETTES »

  • Elles  courent, elles courent, les élections !

« Vite ! Les élections approchent, ménageons bien les femmes…

Autrefois, on ne voyait que des femmes speakerines : femmes-troncs ou femmes potiches, elles se contentaient de sourire et de réciter le programme.

Aujourd’hui des femmes présentent les journaux politiques (Arlette Chabot, Francine Bucchi, Geneviève Guicheney) ; elles préparent des émissions et les présentent.

  • Alors que signifie tout cela ?

Que les femmes sont libérées (comme le prétend si gentiment Eve Ruggieri…), que notre bonne société giscardienne reconnait enfin la valeur des femmes ? Ou que tout simplement les femmes sont devenues un enjeu politique ?

Nul n’ignore que la presque totalité de la presse écrite et parlée est sous l’escarpin giscardien : alors ne soyons pas naïfs sur le rôle qu’on fait jouer aux femmes à la télévision, à la radio ou dans les journaux !.

J’ai appris avec intérêt qu’il y aurait beaucoup de changements pour la rentrée : Eve Ruggieri remplace Michel Drucker dans les Rendez-vous du Dimanche, Evelyne Pagès anime une émission tous les mardis après-midi sur T.F. 1, Céline Vincent prend la suite de Jacques Martin sur Europe 1, Annie Girardot assiste le brillant  Collaro etc…

Ne nous réjouissons pas trop vite ! Il ne s’agit que de postes d’animation ! Les poste-clefs ? Ils sont en d’autre mains…. Rappelons nous que « F Magazine » fut lancé quelques mois avant les élections de mars 1978… avec pour directrice Claude Servan-Schreiber, collègue de Françoise Giroud.

Toutes ces femmes-otages sont habilement placées à des postes voyants afin de donner au régime giscardien une image d’ouverture et de progrès : comme Giscard donne l’image d’être le président de tous les français, les mass médias (et leurs présentatrices) donnent l’impression de représenter tous les français : Eve Ruggieri, Anne Marie Peysson et les autres apparaissent comme des femmes comme les autres (« une femme qui relie les femmes » comme dit la publicité sur Eve Ruggieri).

Toujours « sympas » et souriantes, elles accréditent l’idée que tou va bien pour les femmes, qu’elles ne souffrent à présent que de petites inégalités qui finiront bien par s’arranger ! Entre Eve Ruggieri et une O.S. cherchez l’intruse ! Qui jongle avec le loyer, les allocations familiales et l’aide judiciare ! Et la radio qui ronronne sur l’amour, le bonheur, la séduction et la cuisine (avec Olympe, le cordon bleu de la radio).

  • Anne Aymone : Si ce n’est toi, c’est donc ta sœur… (de classe)..

Vous pensez que j’exagère ? Sylvie Caster (Charlie Hebdo) décrit cette femme qu’on nous montre à longueur de télévision, de radio et de journaux féminins : « La « Femme Active » déborde de partout. Dans la publicité, elle gare son Opel City devant chez Courrèges car elle reste tout de même une femme. Elle se déodore « Vie Active » car elle sort de chez elle en caracolant, achète une pelletée de journaux, conduit à toute allure, passe devant les hommes, et boit, en repos de guerrière, un pot avec son petit copain. Ouf, ça fait suer. Son parfum s’appelle « J’ai osé » ou « Rive Gauche ». Elle écrème sa forme avec Régilait et avec vingt centimètres d’escarpins saute au-delà des marches de l’escalier sans se planter. Son dynamisme est sans faille ».

À s’y méprendre on croirait voir la sœur d’Anne Aymone, non ? ou sa sœur de classe : la bourgeoisie ; surement pas la petite employée aux écritures ou l’O.S.

Les femmes-tarzans, « celles qui réussissent tout : et leur vie familiale et leur vie professionnelle » se retrouvent plutôt dans « F. magazine » : on y voit la femme-pilote, la femme-alpiniste, la femme-flic (comme au cinéma avec Miou Miou). Elles ont toutes les audaces, sauf une seule : remettre en cause le pouvoir en place. Mais à quoi bon puisque Eve Ruggieri a dit à la radio « Les femmes sont libérées aujourd’hui ! ». Qu’elle le croie pour elle même est une chose (grave…) le dire à des smicardes est un comble.

  • Quand je regarde ces femmes à la télé, je vois ma grand-mère habillée en disco.

Femmes, vous êtes donc libres ! et heureuse de l’être… À quoi bon lutter nous dit la télé ; et à travers la télévision, la radio et les journaux féminins, c’est Giscard qui parle : il tend un miroir ; le miroir aux alouettes ; par Eve Ruggieri (ou une autre !) interposée, il veut faire croire que ce sont les femmes qui parlent.

Quand je regarde toutes ces femmes qui sont censées nous représenter, je crois voir ma grand-mère habillée en disco : sous un déguisement clinquant, on nous ressort toujours la même image de la femme : entre les romans photos des magazines populaires (Confidences, Nous Deux), la mode (Elle, Marie Claire), la séduction sans complexes (Cosmopolitan), la cuisine et le tricot (Femmes d’aujourd’hui, Femmes pratique), on nous cantonne dans les même vieux rôles que tenaient nos grand-mères et même nos mères il n’y a pas si longtemps !

Malgré les apparences, rien n’a vraiment changé…. Comment pourrait-il changer avec la droite ? Même si la droite (comme celle de Giscard qui est intelligente) connait l’art du camouflage : pourquoi est-il si important de canaliser, de récupérer les aspirations des femmes ?

Pour réfléchir vous avez jusqu’aux élections présidentielles… »

Une réponse à « EVE… OU… LE MIROIR AUX ALOUETTES » – Par… ma mère.

  1. Jeanne dit :

    Tu as de qui tenir :-)

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