Violences masculines envers les femmes : entretien avec Christine DELPHY et Patrizia ROMITO

Living with the Enemy, Donna Ferrato, introduction Ann Jones, Aperture.

Le 30 octobre dernier, vous avez pu lire sur ce site l'histoire de Caroline, une jeune femme victime de violences conjugales. Au cours de deux rencontres, Caroline, victime de divers sévices allant des viols conjugaux aux coups en passant par des violences psychologiques, m'a longuement raconté le combat qu'elle mène pour sortir de cet enfer, sa peur intense et sa difficulté à se convaincre de sa légitimité à porter plainte contre son ex-compagnon. Le billet a suscité un certain nombre de commentaires - non publiés1.- niant les violences contre les femmes, rejetant la responsabilité sur elles (« Elle aurait dû partir depuis longtemps (...) je ne vais pas les plaindre ! »), ou préférant cantonner les violences contre les femmes au-delà du périphérique (« Vous feriez mieux de regarder du côté des quartiers dits ' difficiles ' »).

La lecture de ces commentaires, outre la colère et le découragement qu'ils ont suscités en moi, m'a donné envie de demander à deux chercheuses féministes, Christine DELPHY, sociologue, et Patrizia ROMITO, psychologue, ce qu'elles pensaient de cette négation par des femmes, des violences masculines envers les femmes.

Les Entrailles de Mademoiselle : Tout d'abord, merci à toutes les deux d'avoir accepté de prendre le temps de me répondre. La première question sera pour Patrizia Romito. Ton ouvrage, Un silence de mortes, traite selon tes propres termes du « massacre de femmes et de petites filles » et des « mécanismes mis en acte par la société pour occulter cette tuerie ' ordinaire ' » 2. Pourrais-tu nous expliquer quelles formes principales prennent ces mécanismes d'occultation des violences masculines envers les femmes et quels sont leur sens, leur raison d'être selon toi ?

Patrizia Romito : Accepter de voir, de reconnaître la violence masculine est une tache très dure pour tout le monde, et insupportable pour beaucoup d’entre nous. Il ne s’agit pas seulement de se retrouver face à la cruauté humaine, à l’injustice et d'assister à la souffrance des victimes. Reconnaître la violence masculine signifie faire front aux structures mêmes d'une société patriarcale, et remettre en question une idée des relations entre les sexes et de la famille basées sur l'amour et le respect. C’est pour cela que les acteurs sociaux mettent en œuvre des « tactiques » et des « stratégies » d’occultation de ces violences, dont je parle dans mon dernier livre (Romito, 2006).

Les grandes stratégies sont la légitimation de la violence (par exemple le viol conjugal, qui n’existe pas en tant que délit pénal dans beaucoup d’états aux États-Unis, ou les « crimes d’honneur ») et, quand la légitimation n’est plus possible, sa négation. Les tactiques que j’ai décrites sont : l’euphémisation ou les « politiques du langage » (par exemple parler de « violence envers les femmes » plutôt que de « violence masculine ou masculiniste envers les femmes ») ; la déshumanisation des femmes (comme dans la pornographie et dans la prostitution) ; la culpabilisation des victimes, ou des mères des victimes (comme quand on parle des mère « incestueuse », alors que l’inceste a été perpétré par le père) ; la psychologisation et la naturalisation (attribuer les causes des violences aux caractéristiques individuelles - psychologiques ou biologiques - des agresseurs ou des victimes) ; et la séparation (considérer les différentes formes de violences comme des entités distinctes, chacune avec des causes différentes, plutôt que de les voir sur un continuum, ce qui permet justement d’éviter de voir l’ensemble).

"Accepter de voir, de reconnaître la violence masculine est une tache très dure pour tout le monde, et insupportable pour beaucoup d’entre nous."

Photographie par Donna Ferrato.

À ces tactiques, j’ajoute aujourd’hui le racisme comme instrument pour occulter les violences des hommes de « chez nous », comme l'explique aussi Christine Delphy, et l’attaque aux victimes (Romito, 2010).

LEM : Justement... j'ai le sentiment que les femmes blanches préfèrent voir les violences commises dans ce qu'un-e commentateur-trice3. appelle « les quartiers difficiles », plutôt que dans leurs quartiers, leurs familles, etc. Il s'agit donc bien, là encore, d'une stratégie d'occultation ?

Christine Delphy : Ce ne sont pas seulement les femmes blanches, ce sont tous les Blancs. Ce ne sont pas les femmes blanches qui ont inventé cela, elles n’en ont pas le pouvoir. Pour créer cette croyance il faut de gros moyens, il faut compter politiquement et être à la tête des médias : or qui compte politiquement, qui possède les radios, journaux, qui contrôle les chaînes de télé ? Des hommes blancs. C’est une de leurs réponses au mouvement de libération des années 1970, et spécifiquement aux luttes contre le viol et les violences. Maintenant, et grâce à quelques études arrachées de haute lutte aux institutions de recherche, il existe des chiffres qui disent le nombre de femmes battues, violées, tuées. Pour se défausser de cela, la société blanche - et masculine il va sans dire - a mis l’accent depuis une décennie sur la violence des descendants de l’immigration nord-africaine et subsaharienne. Ils ont aussi créé de toutes pièces un groupe, Ni putes ni soumises, qui est doté de 500 000 euros par an (10 fois plus que la revue Nouvelles Questions féministes n’a obtenu en 30 ans d’existence, 10 à fois plus que SOS Viols femmes information, l’AVFT 4., etc.), et lui ont confié pour mission de se spécialiser sur la violence des « quartiers », une violence qui serait spécifique : due à l’héritage culturel de ses habitants. On a ainsi fait d’une pierre deux coups. D’une part, en disant que la violence contre les femmes existe, oui, mais seulement chez les hommes de culture maghrébine et africaine, on a exonéré la culture française - et plus largement, la culture « blanche » ; à la même époque on a vu apparaître ou réapparaître le mot colonialiste « Français de souche ». D’autre part, on s’est enfin trouvé des raisons honorables de discriminer ces descendants d’immigrés : c’est désormais pour défendre les droits de la femme. A la même époque en effet on a vu réapparaître le mot essentialiste « LA  femme ».

"défendre LA femme, quelle belle occasion d’être à la fois raciste et respectable"

Les Blancs ne veulent ni abandonner les discriminations, ni se dire ouvertement racistes : défendre LA femme, quelle belle occasion d’être à la fois raciste et respectable, comme le dit Saïd Bouamama (Bouamama Saïd, L’affaire du voile, ou la production d’un racisme respectable, publié aux Éditions du Geais Bleu 5).
Pourquoi les femmes ont-elles marché dans cette combine ? D’abord, toutes les femmes n’ont pas marché : les filles et les sœurs de ces hommes choisis pour servir de boucs émissaires n’ont, sauf quelques exceptions, pas marché. Toutes les femmes blanches n’ont pas marché non plus. Beaucoup cependant se sont ralliées à l’idée que le sexisme ne subsiste que dans des enclaves raciales à l’intérieur d’une France globalement égalitaire et non-sexiste. A la fois par racisme, car bien sûr les femmes peuvent être racistes, comme les racisés peuvent être sexistes ; mais aussi pour se rassurer sur les hommes de leur race, ceux qu’elles côtoient. Car au point où nous en sommes de l’histoire et du détricotage, maille par maille, du féminisme, les femmes aussi, y compris les anciennes féministes, veulent que « leurs » hommes soient exonérés ; car elles n’exigent plus rien d’eux, sauf une adhésion aux idées égalitaires (les idées ne mangent pas de pain), et de pieux mensonges.

LEM : Pour en revenir aux stratégies d'occultation, tu écris, Patrizia, que la négation des violences est la stratégie d'occultation par excellence. J'aimerais revenir sur la négation des violences masculines envers les femmes... par les femmes elles-mêmes. Pourquoi, selon toi, autant de femmes refusent de voir ces violences et/ou s'appliquent avec autant d'énergie à les nier ?

Patrizia Romito : Parce que c’est absolument insupportable pour beaucoup d’entre nous d’accepter de voir que nous vivons dans une société qui est encore patriarcale où, malgré toutes les avancées – qui sont indéniables, les femmes - en tant que groupe social - sont encore non seulement discriminées mais aussi dominées par le « groupe hommes ». Accepter de voir ce qui est pourtant une évidence – les violences masculinistes envers les femmes - signifie, pour beaucoup de femmes, ébranler la cohérence d’une vie passée au service des hommes, tant sur le plan matériel qu'émotionnel.

Il faut ajouter que ces réactions de déni ne sont pas typiques des femmes. Les psychologues sociaux ont montré que les groupes opprimés - femmes, noires, autres « minorités »- n’ont qu’une perception très partielle de l’oppression qu’ils/elles subissent. C’est dur pour tous de se savoir dominé, surtout si l’on est isolé et que l'on n’a pas les moyens de concevoir de pouvoir s’en sortir.

Photographie par Donna Ferrato.

Dans le livre, je discute le comportement des ces femmes et ces hommes qui - en tant que travailleurs sociaux, psychologues, magistrat-e-s… - sont du coté des hommes violents plutôt que des femmes ou des enfants victimes des violences. Dans ces cas, joue aussi le désir de se mettre du coté des plus forts, des dominants, même si ces personnes ne voudraient jamais l’admettre. Il faut dire que celle ou celui qui, dans sa profession ou dans ses fonctions, se met du cotés des victimes risque parfois l’isolement, la solitude, ou même les représailles du violent. Il faut se rappeler que les violents peuvent être très organisés, comme dans les cas des lobbies pro-pédophilie, des associations de pères séparés (dont beaucoup sont des hommes violents), ou des « hommes d’affaires » qui gèrent pornographie et prostitution.

LEM : Dans son ouvrage, lorsque Patrizia parle de cette négation des violences contre les femmes, par les femmes, elle évoque notamment le cas de femmes enseignantes, magistrates, avocates ou assistantes sociales, refusant de voir ces violences. Cela rejoint la posture de certaines intellectuelles ou femmes politiques, qui récemment en France, ont fait preuve de beaucoup d'aveuglement face à des affaires de viol présumé... Je voudrais revenir sur un texte absolument magnifique que tu as écrit en 1981, Christine, et qui s'appelle «Le patriarcat, le féminisme et leurs intellectuelles» 6. Tu y écris que « être et surtout rester en colère » pour des intellectuelles n'est pas facile mais absolument capital, car cela nous permet de « nous souvenir sans cesse de ce que nous voulons » et du fait « que nous sommes, nous aussi des humiliées et des offensées ». Pourrais-tu nous en dire plus ?

Christine Delphy : Comme je l’ai écrit dans ce texte, cette tentation de cesser d’être en colère n’est pas le fait des seules femmes, mais de tous les êtres humains, car il est extrêmement difficile, éprouvant, de ressentir une colère durable ; cela mine l’organisme, désorganise la vie quotidienne et toutes les relations.
Et même garder présente à l’esprit la conscience que l’oppression des femmes nous concerne, et nous concerne directement, est douloureux. La tentation existe toujours de rejeter cette oppression loin de nous. Loin de nous socialement  - de prétendre qu’elle concerne seulement les femmes « défavorisées » ; loin de nous géographiquement - de prétendre qu’elle ne concerne que les femmes afghanes, africaines, chinoises ; historiquement - de prétendre qu’elle concernait nos grand-mères, à la rigueur nos mères, mais que « les choses ont bien changé ». Combien de fois ai-je entendu des femmes dire que « nous sommes bien chanceuses de vivre là où nous vivons, c’est tellement pire ailleurs » ? C’est peut-être pire ailleurs, mais cela ne veut pas dire que c’est bien ici.

"Quoi ! dit Dieu le père, des femmes françaises qui se plaignent alors qu’elles ont le vote, le bac, la pilule et la Redoute ?"

Que veulent-elles donc dire ? Que par rapport au sort d’autres femmes, nous n’avons pas de raisons de nous plaindre, donc de lutter ? Or, raisonner ainsi, c’est écouter les jugements du tribunal patriarcal mondial qui apprécie la pertinence de nos revendications, et siège dans la tête de chaque femme et dans la bouche de (presque) chaque homme : « Quoi ! dit Dieu le père, des femmes françaises qui se plaignent alors qu’elles ont le vote, le bac, la pilule et la Redoute ? Qu’en pensez-vous mon fils, Christ, vous qui, ‘né d’une femme’ (Paul, Épître aux Galates), connaissez mieux que moi  la condition humaine et surtout féminine ? » « Eh bien, il est certain qu’on leur a donné le maximum à ces femmes françaises, et que c’est très égoïste de leur part de réclamer plus quand nous avons besoin de tous nos colis, plus ceux des Restos du Cœur, pour les femmes du Darfour ». Et le Christ ajoute en faisant le signe de la main qui l’a rendu célèbre dans le monde entier : « Les femmes doivent apprendre à partager entre elles le peu que nous sommes prêts à leur céder ».
En cette occurrence, c’est, comme d’habitude, le Christ qui dit la Vérité  (il le dit d’ailleurs (qu’il la dit), en précédant toutes ses phrases de « En vérité je vous le dis ») : il dit la vérité de la vision du monde qui sous-tend cette satisfaction des femmes françaises. Cette vision est celle où ce n’est pas aux hommes que les femmes doivent se comparer. Ce serait arrogant. Elles se comparent aux autres femmes. Et ce n’est pas l’ensemble des biens matériels et immatériels du monde qu’elles visent à partager : cela voudrait dire partager entre tous les êtres humains, qui incluent les hommes. Et ça, ce serait insolent (donc punissable): elles veulent seulement partager avec les autres femmes la part des femmes.
Elles estiment avoir déjà reçu une bonne part de cette part, du peu que, comme le dit le Christ, les hommes sont disposés à céder. Elles agissent et raisonnent comme des esclaves qui ne croient pas qu’on puisse abolir l’esclavage ; en tous les cas, ce n’est pas elles qui lutteront pour un idéal qu’elles estiment - justement - exiger trop de sacrifices. Elles préfèrent se contenter d’un aménagement de leurs conditions de détention : ça on peut l’obtenir plus facilement, sans trop d’efforts, sans trop d’accidents, de pertes. Sans trop « se prendre la tête ».
La première perte que l’on subit quand on prend un chemin plus ambitieux, mais plus rude, c’est justement la liberté d’esprit. Liberté très précaire, très encadrée, car les mauvais souvenirs des oppressions subies sont toujours derrière la porte, et les images flash des humiliations de toutes sortes toujours prêtes à ressurgir. On ne peut les tenir à l’écart qu’avec une discipline psychologique sévère (mais juste) ; les psychanalystes aident aussi, par exemple à transformer le souvenir d’un viol par inceste en fantasme de jeune fille. Mais prendre le chemin de la révolte rend cette fuite impossible : il faut désormais regarder les choses, notre oppression, bien en face, et c’est plus que pénible, c’est carrément douloureux.

"Il faut donc parvenir à ne pas considérer qu’aimer un homme, c’est nécessairement renoncer à l’analyse de classe de notre oppression."

Donna Ferrato

Pho­togra­phie par Donna Fer­rato.

Une autre perte, c’est la facilité de relations avec les hommes ; or des hommes, il y en a partout. Dans une vie de travail, ils sont les patrons et les collègues, et même si on ne travaille pas ou plus, dans nos pays, ils occupent tous les métiers du bâtiment (contrairement à ce qui se passe aux USA) avec le résultat qu’on a tout le temps affaire à eux dès qu’on a une panne d’électricité. Dans la vie hors-travail, ils sont là aussi ; ils sont moins là pour les femmes qui n’ont pas de relations intimes avec eux, mais ils ne sont pas absents pour autant, et il faut bien faire avec.
Mais c’est pour les femmes hétérosexuelles que c’est le plus difficile. Beaucoup de femmes ont du mal à concevoir qu’elles ont cherché ou trouvé l’amour dans les rangs de la classe ennemie. Faute de parvenir à faire coexister ces deux propositions, elles abandonnent la seconde. Et dès lors, elles sont reparties pour la « solution individuelle », et elles avalent le mythe que l’amour va leur faire regagner le terrain perdu ; or il ne compense pas le désavantage structurel ; au contraire celui-ci corrompt même la relation prétendument « intime ». Et pendant qu’elles s’adonnent à un jeu de dés pipés, pas de luttes collectives. Il faut donc parvenir à ne pas considérer qu’aimer un homme, c’est nécessairement renoncer à l’analyse de classe de notre oppression.

LEM : Tu écris, Patrizia, que le livre Un Silence de mortes, « a été tout particulièrement » difficile à écrire, en raison du sujet qu'il aborde. Qu'est-ce qui t'a poussée à écrire sur un sujet aussi douloureux ?

Patrizia Romito : Eh bien, c’est justement la colère ! Colère face aux violences, aux injustices, et aussi face à la passivité, la lâcheté de beaucoup de personnes qui, dans leurs fonctions, pourraient et devraient intervenir, mais ne le font pas. Parfois je trouve la posture du « témoin » presque plus sordide que celle de celui qui accomplit les violences.

LEM : Restes-tu « en colère » comme l'écrit Christine ?

Patrizia Romito : Bien sur que je suis toujours en colère, il y a de très bonnes raisons de l’être. Ceci dit, être tout le temps en colère, c’est fatigant, surtout que cela demande d’agir de façon conséquente, et ces actions ont toujours des coûts importants. Et c’est aussi vrai qu’on aime mieux les gens - et surtout les femmes ! - qui sont souriantes et aimables ! C’est plus dur d’être appréciée et aimée - aussi par les autres femmes – si on est souvent en colère.

"L’éducation des filles, c’est une formation au contraire de la dignité"

Pho­togra­phie par Donna Fer­rato.

LEM : Dans un texte intitulé « Violences contre les femmes », publié en 1997 dans NQF et repris dans « Un universalisme si particulier. Féminisme et exception française », tu écris, Christine, que si le « chemin de la connaissance féministe est si long », c'est qu'il « passe par l'acquisition d'une notion de notre propre dignité » 7. Tu précises que ce « travail [est] aussi ardu qu'il est paradoxal, puisqu'il s'agit d'aller à contre-courant de notre propre culture ». Reconnaître les violences faites aux femmes, en tant que femme, commencerait donc d'abord par un effort sur nous même pour reconnaître notre propre dignité ?

Christine Delphy : Reconnaître notre propre dignité… c’est en effet la condition pour se révolter contre les atteintes à cette dignité. L’éducation des filles, c’est une formation au contraire de la dignité. Mais alors, dira-t-on, si les femmes n’ont pas le sentiment de leur dignité, comment se fait-il qu’elles puissent se sentir blessées, humiliées ? C’est le paradoxe de l’esclavage.
Les femmes sont éduquées à intérioriser qu’elles valent moins que les hommes, et qu’on peut leur en demander, leur en faire supporter plus. Mais cette éducation n’est pas cohérente. La valeur d’une personne est donnée par le regard d’autrui, et il y a beaucoup d’autruis dans l’éducation d’une petite personne, et beaucoup de regards différents. Il suffit parfois qu’une personne aime, estime, fasse confiance à une petite fille pour qu’elle mette en cause l’indignité où la société en général veut la plonger ; en tous les cas, pour qu’elle ne se sente pas si indigne que ça, pour qu’elle mette des limites à ce qu’elle peut supporter.
C’est pour cela que, même avec un petit sentiment de sa dignité une femme peut encore se sentir blessée et humiliée, savoir qu’elle est traitée de façon injuste. Mais ce sentiment peut être si petit qu’il est carrément absent : et cela produit des femmes qui acceptent de coucher dans des malles.

"Entre la révolte et le sentiment de sa dignité, il existe une relation dialectique."

Entre la révolte et le sentiment de sa dignité, il existe une relation dialectique. S’il est nécessaire d’avoir ce sentiment pour se révolter, la révolte à son tour accroît, fait grandir ce sentiment, et donc le sentiment d’injustice qui conduit à plus de révolte.
Malheureusement, le patriarcat veille : et à chaque fois que les femmes se révoltent, collectivement, car individuellement ça ne sert à rien, il fomente des manœuvres pour contourner ce sentiment de dignité. Il attaque les points faibles, les failles de la cuirasse (l’armure ?) des femmes (qui sont très peu cuirassées). En visant, par exemple, leur désir de « réussir leur vie amoureuse » ; ou les justes revendications des femmes, ainsi celle du plaisir sexuel dans cette « vie amoureuse » qui nous a été vendue comme le plus grand bien sur terre. Cette revendication a été manipulée par les hommes, canalisée vers la vision dominante de la sexualité (la leur, celle où sexualité égale domination masculine), vers la pornographie, vers le sado-masochisme  revendiqué : le tour est joué, la perte du sentiment de sa dignité est resignifiée comme nécessaire au plaisir sexuel, au point d’ailleurs qu’on ne peut pas distinguer l’une de l’autre. On s’arrange pour que les femmes considèrent le sentiment de leur propre dignité comme un obstacle à une vie sexuelle et/ou amoureuse épanouie.

"Recon­naître et garder le sen­ti­ment de notre pro­pre dig­nité est un com­bat inces­sant "

Photographie par Donna Ferrato.

Ainsi, reconnaître et garder le sentiment de notre propre dignité est un combat incessant ; le mener seule, c’est le mener sans perspective de succès, et dans une solitude morale qui devient de plus en plus pesante, et conduit à l’abandon. Encore une fois, le pire tour qui nous a été joué, c’est de nous faire croire que nous avions « tout gagné » et pouvions « passer à autre chose », à une « vie normale » - sans copines et sans réunions : une vie où nous sommes à nouveau seules, face à des hommes qui eux ne sont jamais seuls, et qui ont un sens aigu de la solidarité.

Les Entrailles de Mademoiselle : Je vous remercie toutes les deux d'avoir pris le temps de répondre à mes questions.

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Biographies de Christine DELPHY et Patrizia ROMITO :

Christine Delphy est l’une des principales intellectuelles féministes françaises. Elle a participé en 1968 à la construction de l'un des groupes fondateurs du Mouvement de libération des femmes.

Auteure de L'ennemi principal (deux tomes), une collection d'essais sur la théorie féministe, Christine Delphy met en avant le mode de production domestique comme fondement de l’exploitation économique des femmes. Elle développe une théorie selon laquelle les hommes exploitent leurs compagnes ou épouses en profitant du travail gratuit de celles-ci (dans le ménage, les soins aux enfants, et dans l’entreprise – artisanale, agricole, ou libérale—du mari). Ainsi la société serait basée sur deux dynamiques parallèles - un mode de production capitaliste et un mode de production patriarcal (ou domestique). L’exploitation domestique des femmes entraîne leur surexploitation sur le marché du travail capitaliste. Cette théorie a eu une influence politique très considérable, notamment dans les milieux de militantes féministes.

Elle a co-fondé avec Simone de Beauvoir les revues Questions féministes et Nouvelles Questions Féministes (qu'elle codirige toujours actuellement). Elle a créé le terme féminisme matérialiste pour dénommer une démarche anti-naturaliste, anti-essentialiste; à ce courant on rattache Monique Wittig, Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Paola Tabet, et bien d’autres féministes qui dénoncent le différentialisme.

En 2004 elle fait partie de la minorité des féministes qui s'opposent à la loi excluant de l’école les élèves qui portent le foulard musulman. Elle a écrit plusieurs articles sur le sujet, (pour la plupart réédités dans Classer, dominer, dont "Race, caste et genre en France », et « Antisexisme ou anti-racisme : un faux dilemme »).

Bibliographie partielle :

  • Un troussage de domestique (dir.), Collection "Nouvelles Questions féministes", Syllepse, 2011.
  • Un universalisme si particulier, Collection "Nouvelles Questions féministes", Syllepse, 2010.
  • Classer, dominer, Qui sont les "autres" ?, La Fabrique, 2008.
  • Avec Sylvie Chaperon (dir.), Le Cinquantenaire du Deuxième Sexe, Collection "Nouvelles Questions féministes", Syllepse, 2002.
  • L’Ennemi principal 1, Économie politique du patriarcat, Collection "Nouvelles Questions féministes", Syllepse, 1998.
  • L’Ennemi principal 2, Penser le genre, Collection "Nouvelles Questions féministes", Syllepse, 2001.

Patrizia ROMITO est Professeure de psychologie sociale à l’université de Trieste. Elle a publié en français : La Naissance du premier enfant. Étude psychosociale de l'expérience de la maternité et de la dépression post-partum, Lausanne, Delachaux & Niestlé, 1990 et Un silence de mortes. La violence masculine occultée. Paris, Editions Syllepse, 2006 (également en italien, anglais et espagnol), ainsi que plusieurs articles, dont pour les plus récents :

  • Romito, P. (2011) Les violences conjugales post-séparation et le devenir des femmes et des enfants. Revue Internationale de l’Education Familiale, 29:87-195.
  • Romito, P. (2010) Du silence au bruit: l’occultation des violences masculines contre les femmes. Pp 144-154 in Luttes, oppression, rapports sociaux de sexe. Nouveaux Cahiers du Socialisme, n. 4, Automne 2010.
  • Romito, P. & Crisma, M. (2009) Les violences masculines occultées: Le syndrome d’aliénation parentale.  Revue EMPAN, 73, 31-39.
  • Romito, P. (2007) Recherches qualitatives et quantitatives dans l’étude des violences envers les femmes. Pp 59-73 dans Chetcuti, N. e Jaspard, M. (a cura di) Violences envers les femmes. L’Harmattan, Paris.
  • Romito, P. (2003) Les attaques contre les enquêtes sur les violences envers les femmes ou qui a peur des chiffres sur les violences commises par les hommes. Nouvelles Questions Féministes, 22(3), 82-87.

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Voici quelques uns des commentaires reçus suite à la publication de l'histoire de Caroline, violentée par son ex-mari :

« Elle aurait dû partir depuis longtemps !! Je ne comprends pas les femmes qui n'ont pas le courage de partir. Pour quelles raisons elles restent ? Par peur de perdre leur petit confort matériel, la jolie voiture, la belle maison... je ne vais pas les plaindre ! » Mathilde.

« Faut arrêter de caricaturer et de faire de l'histoire de cette nana un exemple ! C'est horrible pour cette Caroline, mais cette histoire est un cas rare et heureusement. » Nave

« Franchement, les cas que tu as a choisis n’arrangent pas la cause que tu plaides.
Dormir dans un coffre pour faire plaisir? N’importe quoi. Cette femme est une déséquilibrée. Avec tout ce qu’il y a comme réelles victimes sur terre (victimes de guerre etc.) je ne vais pas gaspiller mes larmes pour ces genres de gonzesses. » Anaïs.

« Vous feriez mieux de regarder du côté des quartiers dits « difficiles », mais il est vrai que vous ne leur trouvez aucun défaut, là bas, ou que vous ne voulez pas les voir ». K.

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Notes :

  1. Ces commentaires sont publiés en fin d'article
  2. Un silence de mortes. La violence masculine occultée, de Patrizia Romito, Éditions Syllepse, Collection « Nouvelles Questions Féministes », paru en novembre 2006.
  3. Voici son commentaire : "Vous feriez mieux de regarder du côté des quartiers dits « difficiles », mais il est vrai que vous ne leur trouvez aucun défaut, là bas, ou que vous ne voulez pas les voir"
  4. Association européenne contre les Violences Faites aux femmes au Travail. L'AFVT est une association dotée du statut consultatif spécial auprès du Conseil Économique et Social de l'ONU, voir le site : http://www.avft.org/index.php
  5. On peut retrouver un article de Saïd Bouamama sur le site LMSI, reprenant quelques unes des grandes lignes de l'analyse qu'il développe dans cet ouvrage : La production d’un racisme respectable, À propos de l’affaire du voile, par Saïd Bouamama
  6. Extrait de «Le patriarcat, le féminisme et leurs intellectuelles», in Nouvelles Questions Féministes, n°2, octobre 1981, repris dans «L’ennemi principal», Tome II, Penser le genre, Ed. Syllepse, février 2001.
  7. Le texte est à l'origine publié dans le n°3-4 de Nouvelles Questions Féministes (1997). Il est repris par la suite dans "Un universalisme si particulier. Féminisme et exception française", aux Éditions Syllepse, 2010.

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36 Responses to Violences masculines envers les femmes : entretien avec Christine DELPHY et Patrizia ROMITO

  1. La Sonate à Kreutzer says:

    Superbe entre­tien qui donne à penser la grande dif­fi­culté qu’il y a à s’émanciper de son statut inférieur, assigné par le dom­i­nant depuis les temps et les temps. Très préoc­cu­pantes ces réac­tions quasi-épidermiques (effet de miroir ?) de femmes qui blâ­ment leurs paires vic­times et qui, de façon tout à fait exem­plaire, mon­trent com­bien la classe femme est divisée de l’intérieur, con­tre elle-même. « Pas ici », « pas chez nous et surtout pas chez moi »… La mise à dis­tance cri­tique, si elle est insup­port­able n’est pas insur­montable, mal­gré « le bac, le vote, la pilule et La Red­oute », comme autant d’os sans moelle à ronger, en récu­rant le foyer et en élev­ant les mioches. Un tra­vail poli­tique qu’il faut con­stam­ment remet­tre sur le métier, en ces temps de back­lash même pas dissimulé.

    Très sol­idaire­ment.

  2. encore une hystérique says:

    merci de n’avoir pub­lié ces com­men­taires qu’avec les entre­tiens de CD et PR. Sinon je coris que j’aurais perdu les pédales. Ta réponse à ces pro­pos scan­daleux est bien plus con­struc­tive.
    Merci pour votre tra­vail, on se sent moins seule.

  3. Valérie says:

    Est-ce une vio­lence faite aux femmes de voir un hebdo (se dis­ant de gauche) pub­lier sans être gêné des pro­pos d’un repris de jus­tice par­lant de femmes comme du « matos »? http://vanessa-schlouma.blogspot.com/2011/11/le-gonze-bernard-tapie-et-le-matos.html

  4. celeste says:

    merci made­moi­selle d’avoir pub­lié cet entre­tien croisé!

    et baci!

  5. gibert says:

    Deux pistes :
    * la dom­i­na­tion mas­cu­line a le champ libre quand le puz­zle est en morceaux (geneviève Fraisse)
    * l’idéal con­ju­gal, mar­i­tal, est un masque incon­scient qui empêche d’entendre, voir, con­stater, com­pren­dre, la vio­lence sociale et indi­vidu­elle envers les femmes. Juges, avo­cates, gen­darmettes, assis­tantes sociales, médecins de ville, réveillez-vous !

  6. raja says:

    bril­lant, bril­lant, bril­lant … merci à toi pour cet inter­view enrichissant et merci à chris­tine DELPHY et Patrizia ROMITO

  7. Shambalah says:

    Un immense merci pour cet arti­cle très instruc­tif.
    Réfléchissons au fait que les hommes vio­lents ont été des petits garçons, élevés par des femmes…

  8. Bab says:

    Un grand merci pour cet arti­cle et cette belle idée d’interview croisée.
    cela a un peu calmé ma colère après avoir entendu ceci sur France Inter :
    http://www.franceinter.fr/emission-le-telephone-sonne-femmes-battues-violences-conjugales-comment-en-finir

    40 min­utes d’émission sans abor­der le prob­lème de nos sociétés phal­locrates et machistes qui hum­i­lient con­stam­ment les femmes,
    sans sig­naler une seule fois l’insupportable sin­gu­lar­ité de cette vio­lence exer­cée con­tre les femmes parce qu’elles sont des femmes,
    40 min­utes pen­dant lesquelles la vio­lence mas­cu­line con­tre les femmes a été can­ton­née à la vio­lence con­ju­gale,
    mais 40 min­utes d’émission pen­dant lesquelles on a longue­ment dis­cuté du fait que les femmes tar­dent à déposer plainte (alors que bien sûr si elles n’avaient pas laissé faire..), que les femmes per­me­t­tent que l’on trau­ma­tise leurs enfants en se lais­sant frap­per devant eux (j’exagère à peine).
    Pas une seule fois la sim­ple ques­tion « pourquoi cer­tains hommes se sen­tent autorisés à être vio­lents envers les (leur) femmes » n’a été posée.
    on n’est pas près d’en finir.…

  9. malvira says:

    @Shambalah

    tou­jours la même ren­gaine les petits gar­cons sont élevés par des femmes.
    Ver­sus c’est tout de même bel et bien leurs fautes.

    c’est faux et archi faux.

    les petits gar­cons font leur éduca­tion de mâle, dans: » les maisons des hommes » .Loin et à l’abri des regards des femmes.

    Au tra­vers de tout ce qui est masculin .

    Daniel Welzer Lang : Pour par­o­dier Simone de Beau­voir, on pour­rait dire en effet que « l’on ne nail pas homme, on le devient ». L’injonction à la viril­ité est un code de con­duite très puis­sant dans les représen­ta­tions et les pra­tiques sociales des hommes… Dans les travaux que j’ai menés, lorsque l’on demande aux hommes de racon­ter les événe­ments mar­quants de leur biogra­phie indi­vidu­elle, ils par­lent beau­coup d’une social­i­sa­tion mas­cu­line qui se fait dans les cours d’école, les clubs de sports, la rue ; tous ces lieux dont les garçons s’attribuent l’exclusivité d’usage, ce que j’ai appelé, par référence aux travauxde Mau­rice Gode­lier. « la mai­son des hommes ».

    C’est dans le groupe des pairs que, dès le plus jeune âge, les garçons appren­nent qu’ils doivent se dif­férencier des femmes : ne pas se plain­dre, appren­dre à se bat­tre, appren­dre aussi à être les meilleurs… Tout ce qui n’est pas con­forme à la con­duite vir­ile va être classé comme féminin Le garçon qui n’y adhère pas va être la risée des petits cama­rades, exclus du groupe des hommes, sou­vent vio­lenté. De fait, les hommes vont être social­isés à la vio­lence mas­cu­line des plus forts sur les plus faibles. C’est d’ailleurs cette même vio­lence qu’ils vont repro­duire par la suite dans le monde du tra­vail, dans le cou­ple… Les ordres de pou­voir mas­culin (poli­tiques, pro­fes­sion­nels, soci­aux) repro­duisent d’une façon ou d’une autre ces injonctions

    • m says:

      tou­jours déli­cat de citer Welzer Lang si le *privé* est effec­tive­ment poli­tique.
      http://1libertaire.free.fr/AbusdepouvoirFac.html
      Faudrait trou­ver quelqu’un.e qui ait des argu­ments aussi intéres­sants que lui, mais con­tre qui on n’a pas envie d’être en colère, juste­ment. A mon avis, ça doit pou­voir se trou­ver, sans chercher trop longtemps, même.

    • Anon says:

      @malvira
      C’est exacte­ment ce que je me tue à expli­quer à tout le monde, et per­sonne ne sem­ble penser que la social­i­sa­tion régit nos com­porte­ments en pro­por­tion bien plus grande que le reste…L’éducation venant des par­ents a bien entendu un rôle à jouer, mais l’enfant trouve des mod­èles soci­aux de partout, que ce soit dans la rue, à l’école, à la télé. Et comme tout le monde trans­met l’idée qu’un garçon doit être fort, viril, ne doit pas laisser transparaître ses émotions…

  10. DG says:

    Per­ti­nentes ques­tions et per­ti­nentes réponses !
    Et quelle belle idée que de don­ner à lire ici, d’une façon syn­thé­tique mais qui ne fait pas per­dre l’essentiel, ces deux penseuses incon­tourn­ables.
    Merci Made­moi­selle, de savoir trou­ver des façons aussi créa­tives et con­struc­tives de réa­gir à ce qui fait se sen­tir très impuis­sante.
    Parce que rester en colère, c’est pri­mor­dial, mais par­fois ça file la nausée sans trop savoir quoi en faire (tout par­ti­c­ulière­ment quand se sont des femmes qui se font, sans s’en ren­dre compte, per­ro­quets du patriarcat).

  11. Emeline says:

    J’ai trouvé cet entre­tien extrême­ment intéres­sant. Il fait réfléchir, et m’a donné des envies de lec­tures!
    Mais (oui il y a tou­jours un mais) il y un petit para­graphe qui a retenu mon atten­tion
    « Mais c’est pour les femmes hétéro­sex­uelles que c’est le plus dif­fi­cile. Beau­coup de femmes ont du mal à con­cevoir qu’elles ont cher­ché ou trouvé l’amour dans les rangs de la classe enne­mie. Faute de par­venir à faire coex­is­ter ces deux propo­si­tions, elles aban­don­nent la seconde.  »

    Com­ment ça classe enne­mie ? Je crois qu’il y a quelque chose que je ne com­prends pas. Les hommes serait donc nos enne­mis ? Tous ?
    Cela n’est pas légère­ment exagérée ?
    N’est-il pas aussi dan­gereux de tomber dans une oppo­si­tion hommes/femmes aussi rad­i­cales ?
    Je m’interroge ?!
    Je pense être plutôt fémin­iste, mais j’ai tou­jours refusé de tomber dans cette oppo­si­tion, et de con­sid­érer les hommes comme des enne­mis. Je trouve cela bien trop manichéen.
    Après, j’ai peut être mal com­pris ou inter­prété ce pas­sage… Si Made­moi­selle avait la gen­til­lesse de m’expliciter et de m’éclairer un peu plus ce pas­sage, ce serait avec plaisir :)

    • valerie says:

      la classe homme. pas les hommes.

      cette classe sociale là est évidem­ment enne­mie, comme l’est pour les LGBT la classe sociale hétéro, ou pour les non blancs, la classe blanche.
      On ne parle pas ici des indi­vidus la con­sti­tu­ant.
      On parle d’une classe sociale, donc con­stru­ite, par­faite­ment arti­fi­cielle­ment, dont la sim­ple exis­tence con­tribue à la dis­crim­i­na­tion de la classe « d’en face ».

  12. Badly Drawn Grrrl says:

    Merci pour cet entre­tien, dont j’apprécie par­ti­c­ulière­ment la conclusion.

    • christine says:

      L’entretien assorti des pho­tos est très clair et super éclairant. Il y a un point qui retient mon atten­tion, celui qui évoque le piège de la rela­tion amoureuse et du sexe. Je suis frap­pée de voir, le nom­bre de mes amies qui, tout en décrivant leurs insat­is­fac­tion rela­tion­nelle avec leur con­joint (« il arrête pas de faire des crises c’est chi­ant » et autre « on passe notre temps à s’engueuler ») ne parvi­en­nent pas à par­tir au nom de la rela­tion sex­uelle (« c’est le meilleur coup que j’ai eu jusqu’à lors »). Tout se passe comme si la réal­ité de la rela­tion sociale quo­ti­di­enne était effacée sinon rendu muette sous l’effet bruyant de la rela­tion sex­uelle. Je suis tou­jours éton­née de la dis­con­ti­nu­ité qu’il y a entre ces deux types de descrip­tions chez une meme femme (l’enfer quo­ti­dien et le « par­adis » sex­uel). Et plus que tout je me sens bien dému­nie en tant qu’amie à voir que les con­tra­dic­tions dont on dis­cute par­fois sont à ce point déniées ou non perçues comme révéla­teur ou prob­lé­ma­tique.…
      Je sais bien qu’on émancipe pas nos con­sœurs mal­gré elles, ni indi­vidu­elle­ment. Mais pour celles qui ont déjà été con­stru­ite sous le joug de l’idéologie patri­ar­cale, et qui voient mal­gré tout quelques pièces du puz­zle, existe-t-il des petits trucs et astuces pour les aider…un peu.
      (Je leurs passe des bouquins et autres arti­cles déjà…)

      Bien ami­cale­ment,
      C.

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  15. « élevés par des femmes », quelle idi­otie, comme si les femmes étaient toute-puissantes auprès de leurs enfants! Nous savons bien que pour les petits garçons, c’est beau­coup le com­porte­ment du père qui compte. Et le cer­cle des pairs, les autres petits garçons, ou jeunes hommes plus tard, qui font une très grosse pres­sion à la con­for­mité, et taclent sévère­ment ceux qui sor­tent du moule. Plus tout l’ensemble de la société.

    Bien sûr, en tant que femme, on n’est pas com­plète­ment impuis­sante à influ­encer l’éducation de nos enfants, garçons comme filles. Mais ce qui va compter surtout, plus que l’éducation au sens étroit, c’est le fait de se faire respecter en tant que femme, de don­ner l’image de quelqu’un qui ne fait pas de con­ces­sions sur sa dignité.

    Mais com­ment faire si pré­cisé­ment on est enfer­mée dans une sit­u­a­tion de destruc­tion qui nous empêche même d’en sortir?

  16. Berenice says:

    Sur la social­i­sa­tion d’un indi­vidu. Une étude (réal­isée en Israël) a mon­tré que les enfants d’immigrés ont plus de valeurs en com­mun avec les gens de leur pays d’adoption (de leur généra­tion mais aussi avec la généra­tion précé­dente) qu’avec leurs pro­pres par­ents. Je vous laisse méditer ce résul­tat. Ce ne sont pas les mères et/ou les pères qui façon­nent entière­ment leurs enfants. On ne parle pas de « parental­i­sa­tion », on parle bien de social­i­sa­tion, ce n’est pas un hasard.

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  18. Shambalah says:

    J’ai dû mal m’exprimer, excusez m’en…
    Je n’ai pas voulu dire que c’est de la faute des mères si les fils devi­en­nent des hommes violents.

    Quand je dis­ais que les hommes vio­lents étaient d’anciens petits garçons, « élevés par des femmes », j’aurais dû dire « aussi élevés par des femmes » (dans le sens : pas plus pas moins que les enfants filles). Je fai­sais allu­sion à la réflex­ion de Chris­tine Del­phy sur l’éducation des filles :

    « Recon­naître notre pro­pre dig­nité… c’est en effet la con­di­tion pour se révolter con­tre les atteintes à cette dig­nité. L’éducation des filles, c’est une for­ma­tion au con­traire de la dig­nité. (…)
    Les femmes sont éduquées à intéri­oriser qu’elles valent moins que les hommes, et qu’on peut leur en deman­der, leur en faire sup­porter plus. Mais cette éduca­tion n’est pas cohérente. »

    ((Et ce serait un contre-sens d’interpréter son pro­pos en dis­ant qu’elle insinue que « c’est la faute des mères si les filles devi­en­nent des femmes battues. » Du coup, je ne com­prends pas pourquoi mon com­men­taire a été inter­prété par certain-e-s dans ce sens))

    Ce que je voulais dire, c’est qu’il me sem­ble impor­tant de prêter aussi atten­tion à l’éducation des garçons, pas seule­ment à celle des filles. Mais cul­tive ton jardin le dit bien mieux que moi :
    « Mais ce qui va compter surtout, plus que l’éducation au sens étroit, c’est le fait de se faire respecter en tant que femme, de don­ner l’image de quelqu’un qui ne fait pas de con­ces­sions sur sa dignité.  »

    Enfin, j’aurais dû pré­ciser aussi l’importance à mes yeux du rôle des pères dans cette éduca­tion à la dig­nité et au respect de l’altérité, pour les filles comme pour les garçons…

  19. Bardamor says:

    - Les hommes priv­ilégient la vio­lence physique sur la vio­lence psy­chologique, cette dernière con­sis­tant avant tout dans la séduc­tion. Dans les sociétés où la vio­lence psy­chologique joue un rôle plus impor­tant, les pou­voirs publics braquent leurs caméras sur la vio­lence physique, pour les raisons qu’on devine aisé­ment.
    - Les pris­ons sont rem­plies à 99 % d’hommes ; pour­tant, la plu­part du temps, ceux-ci n’accusent pas les femmes de leur infor­tune, mais l’organisation sociale dans son ensem­ble. Ou bien les hommes sont coupables, ou c’est la société. Du point de vue mas­culin il est frap­pant de con­stater que les femmes se refusent sys­té­ma­tique­ment à inculper la société, y com­pris quand elle est man­i­feste­ment dans un état de pour­risse­ment avancé. Comme la cop­u­la­tion est le préam­bule de la société, on peut penser que c’est encore le même tabou ou la même dévo­tion sociale qui empêche cer­taines femmes de porter plainte.
    - Per­son­nelle­ment j’ai tou­jours respecté les femmes, c’est-à-dire craint. Car les femmes sans pitié, le plus souvent.

  20. julian says:

    Merci beau­coup pour cet entre­tien. J’ai trouvé le « dia­logue » entre Dieu et le Christ par­ti­c­ulière­ment drôle et juste. On peut le décliner pour d’autres groupes opprimé-e-s. Com­bien de fois dit-on aux travailleurs(es) qu’ailleurs c’est pire, plus com­péti­tif, moins de vacances, …
    Je vous pose la ques­tion en m’imaginant déjà la réponse: Serait-il pos­si­ble de trou­ver l’entretien en anglais ou en portugais?

  21. Nema says:

    Merci pour cet entre­tien extrême­ment enrichissant.
    Seule une phrase me sem­ble cri­ti­quable : « les psy­ch­an­a­lystes aident aussi, par exem­ple à trans­former le sou­venir d’un viol par inceste en fan­tasme de jeune fille. »
    Freud a cru à un moment donné que des sou­venirs d’inceste rap­portés par cer­taines femmes étaient des fan­tasmes. Mais il l’a cru de bonne foi. Et Freud est mort il y a longtemps. Les théories psy­ch­an­a­ly­tiques évolu­ent et con­tin­u­ent d’évoluer. Ce qui ne change pas, c’est que les psy­ch­an­a­lystes recueil­lent la parole des analysants, leurs sou­venirs, leurs rêves, ils ne trans­for­ment en rien. Ils essaient juste de com­pren­dre. C’est l’analysant qui peut transformer.

  22. Plop says:

    Inter­view très intéres­sante, merci !

  23. Lulu.sur.Les.Entrailles says:

    Merci pour cet entre­tien ! Mal­heureuse­ment, pour les femmes comme pour toutes les classes dom­inées, rien ne se fera tant qu’il n’y aura pas de prise de con­science d’elles-mêmes en tant que classe, et en tant que classe per­dante de la lutte.

    Et on en prend de moins en moins le chemin, de cette prise de con­science. De plus en plus les femmes elles-mêmes vien­nent troller les sites ou les arti­cles fémin­istes pour bien pré­ciser qu’elles, elles ne voient pas ce qu’il y a de mal à se faire traiter de made­moi­selle, qu’elles, elles trou­vent tris­tane banon lam­en­ta­ble, qu’elles, elles ont réussi à trou­ver un job payé cor­recte­ment et qu’elles ne voient pas où est le prob­lème, qu’elles, elles ont un mari qui fait la vais­selle (et elles y croient, le plus sou­vent, car main­tenant impos­si­ble d’avouer qu’on effectue 80% des tâches ménagères : on a donc des exploitées tout comme avant, mais qui main­tenant de sur­croit font des efforts pour le dis­simuler…), qu’elles, elles ne voient pas l’intérêt d’interdire la pros­ti­tu­tion et de pénaliser le client (car c’est la lib­erté des femmes de se pros­tituer si elles le veu­lent, bien sûr), qu’elles, elles sont con­tre les hommes, tout con­tre (pour par­o­dier quelqu’un), et font sou­vent par­tie de ceux qui cri­ent bien haut et fort que les fémin­istes ne sont que des mal-baisées qui veu­lent trans­former les femmes en victime.

    Bref, il faut trou­ver un moyen de redonner du glam­our au fémin­isme, afin que même les lec­tri­ces d’elle aient l’occasion de se ren­dre compte de la merde dans laque­lle elles se trou­vent, en tant que mem­bre de la classe femme. Parce qu’en face, la classe homme est bien organ­isée, même si tous les hommes (loin de là) ne défend­ent pas explicite­ment leurs intérêts pro­pres, et ils sont au pou­voir, donc en mesure de se protéger.

    Et cet arti­cle aide un peu à pren­dre conscience.

  24. pupuce says:

    amen.

    et merci, ça fait grand bien un peu d’honnêteté intel­lectuelle, enfin! trop d’années passées à encaisser, seule, et là je con­firme, en effet, toute femme qui tente de se libérer seule se retrouve de plus en plus isolée…malheureusement c’est le chemin pour les moins gâtées à la nais­sance d’entre nous, c’est seule qu’on doit avancer, on ne sera pas soutenues par les femmes de notre entourage qui n’ont aucune envie de remet­tre en ques­tion leur choix de vie à tra­vers le partage du nôtre, on ne sera pas soutenues davan­tage par celles qui ont eu la chance de la nais­sance dorée, et qui sou­vent sont déten­trice du pou­voir de faire changer les choses (juge, avo­cate, psy sco­laire, bon­jour bande de garces, je vous garde un chien) parce qu’elles refusent de se voir amal­gamées à des filles de basse extrac­tion qui doivent bien être hand­i­capées du neu­rone pour avoir autant encaissé de vio­lences, allons bon…
    c’est connu, une bonne vic­time c’est une vic­time morte. sinon si elle a subi c’est qu’elle devait avoir un truc, un poten­tiel vic­ti­maire, une petite ten­dance au masochisme, une crétinerie, une jupe trop courte, une rai­son, quoi, enfin, on ne va pas accepter que la vio­lence frappe au hasard des indi­vidus en visant sim­ple­ment une classe faible, ce serait tout de même Zola (filez moi un euro chaque fois que j’entends « Zola » quand je parle, je serai vite tirée de mes ronces, cimer).
    cette soli­tude de la colère, de la révolte, de la révo­lu­tion menée par une seule pour sa pomme parce que per­sonne ne le fera pour elle sinon et tout le monde s’en fout si elle meurt demain, je la vis. Celles que je con­nais qui ont tenté le coup égale­ment l’ont bien vécue aussi, la vivent encore.
    Nous sommes des femmes anonymes qui rament quo­ti­di­en­nement, qui paient de toutes part l’affront qu’elles ont com­mis de ne pas vouloir accepter, qui se font mal­traiter au carré voir au cube pour avoir voulu juste­ment refuser la mal­trai­tance. Accusées de col­lab­o­ra­tion avec notre ennemi, sur­veil­lées, épiées même, par des admin­is­tra­tions sen­sées nous pro­téger, mises sous tutelle de l’Etat quant à l’avenir de nos enfants, puisque nous ne pou­vons être qu’inaptes, con­traintes à des travaux igno­bles et peu rémunérés (quand ils le sont), con­traintes au carré et au cube pour avoir refusé la con­trainte pre­mière, l’obéissance au mâle, papa patron ou mari.
    Vous nous trou­ver­iez aisé­ment, mais vous ne nous cherchez pas, nous vous faisons peur. Nous sommes le miroir d’un réel qu’on veut nier.
    On nous taxe de stu­pid­ité, de folie si ça ne suf­fit pas, beau­coup d’entre nous peu­plent les asiles, il faut bien les rem­plir, ils com­men­cent même à nous empris­on­ner, main­tenant (opposez vous au droit de vis­ite d’un père sur demande de l’enfant vous ver­rez le résul­tat, Fleury direct sans toucher les vingt mille).
    Nous nous trou­vons entre nous, par­fois, au gré de nos blogs, nous n’avons que rarement la chance de pou­voir rester en con­tact tant la pres­sion pour nous diviser est forte. Une sera con­trainte de démé­nager, une autre sera coulée finan­cière­ment, une sera con­damnée en jus­tice, une autre cra­quera nerveuse­ment ne pourra plus partager avec quiconque… en voilà qua­tre dis­parues du réseau. Hop.
    Les unes après les autres, enfer­mées plus pro­fond dans la mal­trai­tance étatique volon­taire, j’insiste, volon­taire, organ­isée même, isolées, niées, muselées, sociale­ment tuées, tuées tout court au final, cer­taines plus vite que d’autres, ça va vite de se générer un can­cer quand on est dés­espérée. Il y a des sui­cides qui ne dis­ent pas leur nom.
    Au nom de toutes ces femmes que j’ai croisées, qui m’ont aidée, soutenue, qui ont dis­paru, au nom de celles que je sou­tiens à mon tour main­tenant pen­dant que je peux encore, et en vertu du fait que moi aussi je vais bien­tôt me faire aspirer dans mon isole­ment et que je con­nais la triste fin qui m’attend comme celle de mes copines de galère, si j’ai un mes­sage à passer aux intel­lectuelles fémin­istes plus pro­tégées que nous autres, pau­vresses, privées d’études, privées de mecs val­ables, oblig­ées de côtoyer des brutes, soumises de nais­sance, ce sera celui là :
    cherchez nous. Trou­vez nous. Aidez nous. Entourez nous. Empêchez les de nous faire dis­paraître. Lut­tez pour nous, avec nous. Nous sommes une légion. Groupées nous pour­rions tout changer en un temps record, groupées ils ne pour­raient plus nous nier, nous museler. Nous avons la volonté de nous grouper. Chaque femme vio­lée, battue, vio­len­tée psy­chologique­ment (tapez per­vers nar­cis­sique dans un moteur de recherche, nous sommes là) a envie de lut­ter pour les autres, pour ses filles, ses soeurs, sa mère, ses cousines, ses nièces, cha­cune d’entre nous sait qu’elle n’a pas mérité son sort, nous avons juste besoin de la force des instances exis­tantes qui pour le moment se groupent plus volon­tiers con­tre nous que pour nous même si le dis­cours offi­ciel dit le contraire.

    nous sommes anonymes, nous sommes légions, nous ne par­don­nons pas, nous n’oublions pas (aucun hasard dans cette phrase, non. ^^)…sachez nous trouver.

  25. A. says:

    Merci beau­coup pour cet entre­tien, très juste, comme d’habitude. Je ne con­nais­sais pas l’ouvrage de Patrizia Romito, qui me sem­ble cap­i­tal, car j’ai été con­fron­tée à cet aveu­gle­ment de la part de « témoins ».

    Il me reste une ques­tion, impor­tante: Com­ment par­ler à ces femmes qui refusent de voir les vio­lences faites aux femmes? Com­ment éveiller à la colère?
    Je me suis sou­vent emportée lors de dis­cus­sions avec des amies, des col­lègues -sans suc­cès, évidem­ment. J’en ai assez des dia­logues de sour­des, et de ces phrases banales que vous citez, le « quand même, on est bien ici et main­tenant » (et aussi le: « ça ne pourra jamais m’arriver, moi à sa place je serais par­tie tout de suite »)… Je me heurte tou­jours à ces argu­ments, et une fois qu’ils sont décon­stru­its, à cet aveu­gle­ment, ce refus de voir la dom­i­na­tion mas­cu­line. Par com­mod­ité, bien sûr, mais pas seule­ment - par peur aussi, par­fois; par dés­espoir peut-être (se sen­tir impuis­sante à lut­ter con­tre cette dom­i­na­tion). Com­ment en par­ler sans ris­quer de tomber dans la même con­de­scen­dance mépris­able et méprisante que les blanches appliquent aux non-blanches - « vous êtes opprimées mais vous ne le savez pas » - en met­tant à jour, avec la dom­i­na­tion, la capac­ité d’agir col­lec­tive­ment pour la changer?
    Je sais que ma ques­tion est naïve, mais cela me dés­espère sou­vent lorsque j’évoque ce sujet avec d’autres femmes. Et il me sem­ble que ça ne sert à rien d’avoir rai­son dans son coin, de se sen­tir en colère si la colère n’est pas contagieuse…

  26. Un super entre­tien !
    Quelle riche idée que de poser des ques­tions croisées à Patrizia Romito et Chris­tine Del­phy ! Merci !
    La con­science sociale des effets « con­science dom­inée » est aujourd’hui totale­ment absente, et ce n’est pas le moin­dre effet de la dom­i­na­tion… Et ces effets valent pour toutes les oppres­sions, et seraient d” « intérêt général » à vis­i­biliser…
    Il me sem­ble que c’est un sujet par­ti­c­ulière­ment impor­tant poli­tique­ment, sur lequel il nous faudrait revenir inlass­able­ment…
    Dans un autre domaine, deux per­son­nes ont récem­ment écrit un livret inti­t­ulé « la vio­lence sociale à l’encontre du végé­tarisme pour les ani­maux » (qui s’adresse avant tout aux végétarien-nes ani­mal­istes, dont la parole est délégitimée de bien des façons, et qui peinent à « sor­tir du plac­ard » ; il est télécharge­able sur inter­net), qui s’inspire notam­ment d’analyses fémin­istes et n’a eu aucun mal à les tran­scrire dans un autre domaine. Mais c’est que les mécan­ismes sont pour une part les mêmes, et les résul­tats sim­i­laires… Il en va de même avec l’ensemble des sys­tèmes d’oppressions, petits ou grands, qui tra­versent nos sociétés de domination.

  27. Berenice says:

    Bon, je sais que ce n’est pas légitime, que tu as une vie, les fêtes, que tu fais ça gra­tu­ite­ment, que rien ne t’oblige à le faire, tout ça tout ça… Que je salue ton action en faveur du fémin­isme etc.
    Mais, c’est quand le prochain bil­let?
    Je suis en manque, j’ai besoin de ma petite bouf­fée d’air fémin­iste, tou­jours per­ti­nente, quelque fois drôle, quelque fois trag­ique mais tou­jours bril­lante…
    S’il te plaît, hein, ne me fait pas lan­guir si longtemps!
    Ps: toutes mes excuses pour mon out­re­cuid­ance ;) et bonne année 2012, je te souhaite le meilleur et SURTOUT plein de chroniques sur ton blog :p

  28. rester aux aguets says:

    chère made­moi­selle, main­tenant ça fait vrai­ment long, à ouvrir chaque jour le blog des entrailles sans nou­vel arti­cle. ça laisse le temps de se pro­curer “un trous­sage de domes­tique”, de rat­i­boiser le net et de se faire un avis sur d’autres écrits, d’autres fémin­istes, mais on aimerait bien un bil­let de toi, quand-même.
    solidairement,

  29. Mademoiselle S. says:

    Euh, je suis là. J’arrive bientôt.

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