Décomplexées !

Toutes les images utilisées dans l'articles sont extraites de l'anthologie "Le Torchon brûle", 6 volumes, parue en 2010. Cliquez sur l'image si vous voulez commander l'anthologie.

Bientôt un mois que le blog "IVG, je vais bien merci !" recueille des témoignages de femmes. Il y a en a déjà plus d'une centaine, de quoi être littéralement enthousiasmée ! Et émue... aussi.

J'ai lu des témoignages qui m'ont  réellement touchés. J'aurais pu en écrire certains, utiliser exactement les mêmes mots pour décrire des situations identiques. J'ai été touchée de voir émerger des régularités : non, nous ne sommes pas toutes différentes, chacune reléguée et isolée dans notre tête, dans notre ventre. Oui, nous avons toutes emprunté des chemins similaires, entendu les mêmes phrases. Nous avons toutes compris qu'il ne fallait pas la ramener. Nous avons toutes justifié cette grossesse accidentelle, comme pour nous excuser d'avoir failli ; nous avons été obligées de souffrir, certaines l'acceptant comme une punition, d'autres se révoltant contre cette maltraitance médicale. Nous avons vécu des choses très proches, chacune isolée dans le silence, n'osant à peine en parler.

Image extraite de l'anthologie "Le Torchon brûle", 6 volumes, parue en 2010.

J'ai été touchée de constater que ces femmes venaient témoigner malgré la pression qui leur pèse sur les épaules : vouées à la maternité dans les médias et leurs familles, berçant du mioche depuis l'enfance, confrontées aux articles qui, année après année, décrivent l'avortement comme une atroce souffrance, elles sont pourtant venues affirmer leur choix, et dire "je vais bien, merci !".

Elles ont osé dire cela, elles ont osé parler de leur avortement sur un blog qui affiche des couleurs vives, gaies, et un ton différent de celui habituellement employé. Pas de petits bruits étouffés, de chuchotements et de mines déconfites. Ici, on sourit, on parle fort et on se permet de relever la tête. Cela ne va pas de soi.

Quand ce blog est né, on pouvait s'attendre à des réactions violentes d'anti-IVG. Mais ce qui est finalement le plus intéressant, ce sont les autres, ceux et celles qui sont "pour le droit à l'avortement... mais"... mais discrètement, pas sur un ton aussi "décomplexé", comme j'ai pu le lire sous la plume de quelques un.es.

Décomplexé ?

"La pilule oubliée, le stérilet s'est barré, le diaphragme mal placé"

Mais qu'est-ce qu'un ton "décomplexé" ? Un complexe est un "sentiment d'infériorité qui génère une conduite timide, inhibée." (Petit Larousse, 2003). Une conduite inhibée, serait celle d'un "Individu complexé, impuissant à agir, victime de diverses inhibitions." (Trésor)

Oups ! Voilà donc ce qui choque : nous avons cessé d'être inhibées et complexées. Nous avons cessé de nous regarder les pieds, nous avons eu l'outrecuidance de parler et d'agir ! Et c'est vrai que c'est inquiétant lorsqu'il s'agit de femmes. Parce que les femmes, on ne sait jamais ce qu'elles font quand on ne les contrôle plus. Si ? Ah oui, pardon, on le sait : elles vivent leur vie. C'est là que ça devient grave. Gravissime, même.

Un blog aussi décomplexé sur l'avortement me gêne un peu car j'ai peur que certaines jeunes filles se disent que ce n'est rien et qu'elle se mettent à considérer l'avortement comme un moyen de contraception. Ce n'en est pas un. Ça ne doit pas en être un. (...) ça ne doit pas être pensé comme "Oups j'ai pas de capote. Bah tant pis, au pire j'avorterais !". Comme si c'était banal. Comme si toutes les femmes le faisaient au petit dej, entre 2 tartines.
Et j'ai juste dit que j'avais peur (juste peur, j'ai pas dit que ça allait être forcément le cas) qu'avec un blog pareil, les jeunes filles se mettent à penser comme ça. (extrait d'un commentaire sur RUE89)

"Jules s'est pas retiré, la capote a crevé, le bidet, ça a raté..."

C'est LA GRANDE PEUR des "je suis pour le droit à l'avortement MAIS" : que les femmes se mettent à faire N'IMPORTE QUOI si on cesse de faire planer une ombre inquiétante sur l'IVG (un commentateur sur RUE89 se rassure tout de même : "la majorité des femmes ne sont pas si "bêtes"." OUF !).

Comme si la culpabilisation des femmes contenait le recours à l'avortement, jouant comme un garde fou. Comme si les femmes agissaient en fonction de cette peur, tels des petits animaux craintifs.

Mais les femmes ont toujours avorté, et avorteront toujours.

Elles avortaient même quand elles risquaient la prison ou la mort. Elles avorteront même si vous les humiliez, même si vous leur faites payer par la douleur, même si vous les culpabilisez, même si vous les forcez à retourner sur la table de cuisine d'une faiseuse d'anges...

C'est ce qui dérange les tenants de "pour le droit à l'avortement MAIS". Pour eux, l'avortement, c'est mal et il faut tout faire pour l'éviter. Pour eux, si vous ne pensez pas que l'avortement est mal,  si vous ne dites pas, n'écrivez pas "oui, c'est mal", c'est que vous pensez forcément que c'est "génial" et qu'il faut courir se faire avorter tous les mois, en riant. Vous "banalisez" l'avortement.

La banalisation

Bref, je suis contre la banalisation de l'avortement... Je milite pour sa prise en charge, son encadrement, son remboursement, l'accompagnement des femmes dans les meilleurs conditions, sans culpabilisation, mais sans banalisation non plus ! (extrait d'un commentaire sur RUE89)

Dire "j'ai avorté et je vais bien", banaliserait donc l'avortement. Dire "j'ai avorté et j'en souffre" serait en revanche un comportement normal, en adéquation avec ce que l'on attend d'une femme qui a avorté : qu'elle ne dise rien, ou qu'elle porte son choix comme une croix.

On attend donc des femmes qui ont avorté qu'elles se taisent, ou au mieux qu'elles se lamentent. Parce que l'avortement, c'est mal, et qu'elle sont coupables. De quoi ? D'avoir fauté.

"Ah ! vraiment qu' c'est embêtant d'être toujours enceinte ! Ah ! vraiment qu' c'est embêtant tous ces avortements !!!"

Avoir fauté ne signifie plus "avoir eu des relations sexuelles hors mariage". Cela ne signifie pas non plus "être tombée enceinte accidentellement et décider de poursuivre cette grossesse".

Avoir fauté signifie "être tombée enceinte accidentellement et décider d'avorter". Et comme les tenants de "pour le droit à l'avortement, mais" ont horreur de parler d'avortement, ils se concentrent alors sur la contraception.

La contraception, c'est un peu l'alpha et l'oméga de leurs discours.

Évidemment que la contraception est une question très importante. Mais l'avortement ne se résume pas à la question de la contraception. L'avortement, c'est la possibilité d'interrompre un processus biologique entamé, sur décision de la femme concernée. Point. Comme le dit Léa, sur le site "IVG, je vais bien merci !" :

L'avortement "ce n’est pas une déro­ga­tion que l’on nous accorde, c’est un droit que l’on exerce." (Léa)

Ce n'est pas une session de rattrapage pour mauvaises élèves, avec justificatifs et excuses à fournir. C'est un droit. Il est évidemment nécessaire que les femmes aient au mieux accès à la contraception, qu'elles puissent s'informer et être informées par des professionnels qui savent de quoi ils parlent 1. Cela signifie que les femmes doivent pouvoir choisir leurs contraceptifs, choisir d'en changer, choisir ce qui leur paraît le mieux adapté à leur vie, leur corps. 2. Ce qui est encore loin d'être le cas.

"l'Angleterre c'est trop cher ! la Roumanie c'est fini / le persil inutile, et la sonde vagabonde."

Mais à propos de contraception et d'avortement, les discours les plus courants consistent à asséner  "qu'avec les moyens de contraception actuels", il faut presque le faire exprès pour "se retrouver enceinte accidentellement".

Dans la bouche des femmes, il est particulièrement terrible d'entendre cela. Il y a des femmes persuadées qu'elles n'avorteront jamais, parce qu'elles contrôleront toujours parfaitement leur contraception. Que sur les 396 cycles qu'elles vont vivre de leur 17 à leur 50 ans, pas un ne donnera lieu à une grossesse non désirée, et qu'en conséquence, elles ne se retrouveront jamais à se demander "je le garde ou non ?".

C'est pour les connes.

Moi aussi, je croyais ça. Petite prétentieuse que j'étais. Ce genre d'accident, dans ma tête, ce n'était que pour les imbéciles, les ignorantes, les connes, pour être claire.

Et pourtant, ça m'est arrivé, à moi. Je me suis "retrouvée enceinte", comme on dit.

« J’ai eu honte que ça m’arrive à moi, ingé­nieur de 23 ans. Quand j’écris ça je me rends compte du matra­quage que l’on subit : non les gros­sesses indé­si­rées n’arrivent pas qu’aux filles de 14 ans de milieux défa­vo­ri­sés ! ». Extrait du témoignage de Mathoo, sur le site "IVG, je vais bien, merci !"

J'avais 17 ans, la loi Aubry permettant aux mineures d'avorter sans le consentement de leurs parents n'étaient pas encore passée. J'ai donc été obligée de leur en parler.

Ma mère était féministe. Mais elle a très mal pris la nouvelle. Pas question de me dire : "c'est un accident, ça arrive, on va trouver une solution, on s'est battus pour ça !", non. J'ai eu le droit à une humiliation en règle : mais quelle abrutie faut-il être pour se retrouver enceinte avec les moyens de contraception actuels.

J'étais donc une abrutie. C'était la honte.

Mais il y a des tas de raisons pour que la contraception ne marche pas. Nous ne sommes pas des robots, et certaines d'entre nous ont moins le droit à l'erreur que d'autres.  Si certaines galèrent des mois voire des années pour être enceintes, pour d'autres, il suffit de pas grand chose. Une interaction avec un médicament, une pilule vomie, un décalage dans la prise, un oubli,  un préservatif qui glisse, une pilule du lendemain qui ne marche pas... Et PAF. Voilà. Parce que "C'est plus facile de devenir enceinte que l'inverse" :

Je ne vois pas pour­quoi je devrais me jus­ti­fier et expli­quer pour­quoi je suis tom­bée enceinte. Ne PAS tom­ber enceinte est dif­fi­cile, pas l’inverse. C’est vivre et faire l’amour des années sans tom­ber enceinte l’exception, pas l’inverse.
Mon mec ne se pose pas la ques­tion non plus, et pour­tant on était deux res­pon­sables, alors pour­quoi tout le monde me demande pour­quoi ou com­ment je suis tom­bée enceinte? (Que répondre: Un ange blanc? Un miracle? Du sperme dans l’eau de la pis­cine?? Mais non, j’ai fait l’amour, c’est dingue, tu connais d’autres moyens toi?) Extrait du témoignage de "C'est plus facile de devenir enceinte que l'inverse", sur le site "IVG, je vais bien, merci !"

"Ce qui était plus dur à sup­por­ter, c’était le regard sup­posé des gens bien pen­sant prô­nant l’auto-responsabilité : si l’on avorte, c’est qu’on a fait quelque chose de mal. On n’a pas fait atten­tion, donc il faut bien en payer les consé­quences. Ça, ce sen­ti­ment dif­fus qui ne s’exprimait pas en paroles autour de moi mais que je sen­tais pré­sent, était déran­geant."

Extrait du témoignage de M., sur le site "IVG, je vais bien, merci !"

D'un point de vue technique...

"la quinine t'as bonne mine / le cheval c'est brutal / la seringue ça rend dingue / les tuyaux c'est bien beau !!"

D'un point de vue technique, tout s'est très bien passé. J'ai avorté sous anesthésie générale, par aspiration. Après l'opération, je me suis réveillée dans une sorte de placard à balais, sombre. Mon lit était disposé en travers de ce réduit, à côté du lit d'une femme d'une trentaine d'années. Elle m'a tenu la main, je crois que j'étais effrayée parce que c'était ma première "opération".

Je n'ai pas eu mal, enfin pas plus que ça. Comme des grosses règles. Je ne crois pas qu'on m'ait donné ne serait-ce qu'un peu de paracétamol. J'ai pris un truc en rentrant à la maison. J'ai juste eu un petit malaise à cause de l'anesthésie. Dans la chambre, mon père était assis à côté de moi. Il n'a pas dit grand chose, j'ai vraiment eu le sentiment qu'il me soutenait, sans rien dire. Il m'a accompagné partout, avec ma mère.

L'ambiance a été assez terrible, par contre. La salle d'attente était un bout de couloir, dans lequel on avait disposé quelques chaises marronnasses entre deux portes. Toutes les filles avaient les yeux baissés, personne n'a dit un mot.

L'anesthésiste était hautain et dédaigneux, la psychologue (l'entretien pré-IVG étant obligatoire) 3 ne m'a rien dit d'autre que "oui, c'est difficile". Pauvre conne. Moi j'étais en larmes. Ce n'était pas des larmes de tristesse, mais des larmes de colère. J'étais en colère parce qu'on m'avait traitée comme une débile, depuis le début parce que je n'avais pas pu prendre ma décision seule, parce que j'avais été obligée d'en parler à mes parents. Parce que je n'avais pas pu assumer tout cela dignement, calmement. Parce que ça avait fait toute une histoire, que ça avait pris des allures de faute, de péché, de drame.

J'étais en colère contre le gynécologue, qui m'a parlé comme à une trépanée puis qui a fait entrer trois internes pour venir se faire la main sur moi, jeune femme de 17 ans, nue, les jambes dans les étriers ; en colère contre la psychologue, aveuglée par sa croyance, qui ne m'a pas permis de dire ma colère, et qui m'a fait passer pour une pauvre chose à l'instinct maternel blessé ; en colère contre le géniteur, qui est resté au chaud, loin des conflits, et qui n'a rien assumé ; et enfin, en colère contre ma mère, qui a eu honte de moi... enfin, c'est ce que j'ai longtemps pensé.

Au début, si j'étais en colère contre la manière dont on m'avait traitée, je me suis rapidement mise à regretter, à me sentir mal, malheureuse, à penser tout le temps à cette IVG. J'ai été une traumatisée de l'avortement. J'étais certaine que si je tombais à nouveau enceinte accidentellement, je le garderais. J'étais certaine que je ne voudrais plus jamais avorter.

Et puis un jour, plus rien. En quelques jours, plus rien. Plus de larmes en en parlant, plus de doutes, plus de tristesse.

Moi, je me sens cou­pable d’être enceinte et de ne pas vou­loir le gar­der. Comme si j’étais lâche. Comme si, en avor­tant, je criais au monde entier mon irres­pon­sa­bi­lité et mon inca­pa­cité à avoir une sexua­lité maî­tri­sée. Comme si je n’étais pas digne d’être aidée après avoir fait un faux pas.

Et puis j’ai dans la tête tous les dis­cours : « une femme qui avorte ne s’en remet jamais vrai­ment », « c’est un ter­rible trau­ma­tisme », « une femme qui avorte est trop faible pour être mère un jour ». Ils sont forts, ces mots, mine de rien. Moi qui avais tou­jours pensé et dit que l’avortement est une chance pour grand nombre de femmes et de couples, qu’un enfant ça se désire, j’en étais à me lais­ser enva­hir par le doute : « et s’ils avaient rai­son ? et si je ne devais jamais m’en remettre? »

Le déclic vient d’un ami : sa mère a avorté long­temps avant de l’avoir et elle ne regrette pas, n’a jamais regretté, en a parlé avec ses enfants, et va bien, merci. Son récit dédra­ma­tise ma situa­tion, je réus­sis enfin à pen­ser à tout ça serei­ne­ment et à envoyer bala­der les doutes. Nous en par­lons aussi beau­coup avec mon copain : nous par­lons de nous, parents, dans le futur, quand nous serons mûrs pour ça. Nous avons besoin de temps. Tout s’éclaire enfin : ma déci­sion est prise. Et c’est parti.

Extrait du témoignage de Momo, sur le site "IVG, je vais bien, merci !"

Je n'ai pas eu la chance d'entendre une femme dont le "récit dédra­ma­tise ma situa­tion".  Je n'ai pas eu ce "déclic" là, mais j'en ai eu un autre. Il a fallu que  je découvre la sociologie, l'anthropologie et l'histoire, que je lise des auteures féministes pour démonter le mythe de l'instinct maternel, pour comprendre que la féminité et la masculinité n'avaient rien de "naturels", pas plus que la maternité, la reproduction, le "désir d'enfant"... ou l'avortement. C'est là que j'ai compris ce que signifiait "socialement construit". J'ai compris qu'on pouvait ressentir très fort des choses qui ne sont en rien  "naturelles".

Un miroir déformant

J'ai compris que ce qui était socialement construit pouvait être déconstruit. J'ai compris que la maternité, l'enfance, la représentation de la vie, de son début, avaient varié dans le temps, que tout cela s'était construit historiquement, que tout cela n'était pas "naturel", mais était bien le fruit d'une construction socio-historique. Que l'avortement n'avait pas toujours été condamné, réprimé.

J'ai compris qu'il n'y avait rien d'automatique, d'obligatoire et que je n'étais pas obligée de vivre cet avortement comme un drame. Je me suis demandée pourquoi je le ressentais comme ça. Et là, j'ai arrêté d'avoir mal et honte. J'ai eu l'impression d'avoir découvert le pot aux roses.

"Ah ! vraiment qu' c'est embêtant d'être toujours enceinte ! Ah ! vraiment qu' c'est embêtant tous ces avortements !!!"

Voilà le chemin que j'ai pris. Ça m'a fait l'effet d'une bonne claque, salutaire, libératrice.

J'ai éclaté de rire quand j'ai compris. Quel soulagement ! J'ai dit tout haut : je n'en voulais pas de cette grossesse ! J'ai bien fait d'avorter ! J'ai bien fait ! Jamais je n'avais voulu garder cette grossesse, jamais je n'avais eu de projet d'enfant avec le géniteur. Il était gentil, mais j'avais toujours su que ça ne durerait pas avec lui.

La colère ressentie pendant l'avortement est remontée. Non, je ne me sentais pas effondrée d'avoir avorté, j'étais en colère contre ceux qui m'avaient maltraités.

Comment avais-je pu oublier cela ? Comment avais-je pu étouffer cette colère pour finalement la retourner contre moi ?

Pour­quoi vivais-je l’avortement comme une tra­gé­die ? Certes, il y avait ces pro­blèmes phy­siques, dif­fi­ciles à sup­por­ter, mais si je n’avais pas inté­gré tous ces dis­cours mora­li­sa­teurs à pro­pos de l’avortement qui est *for­cé­ment* vécu comme une tra­gé­die, peut-être l’aurais-je vécu dif­fé­rem­ment. Vous par­lez de pro­phé­tie auto-réalisatrice sur votre site, c’est tout à fait cela. Ces dis­cours ont éveillé chez moi de la souf­france (...) Extrait du témoignage de M., sur le site "IVG, je vais bien, merci !"

J'ai compris que cette maltraitance, ces discours sur l'avortement m'avaient isolée. Être en colère toute seule, ce n'est jamais facile. Je devais forcément me tromper. On me disait que j'avais mal agi, que j'avais fauté, et que l'avortement était dramatique psychologiquement. Tout était fait pour que je me sente mal, coupable, malheureuse. On écoute votre malheur quand vous avortez, pas votre colère d'être traitée comme de la merde. On vous tend un miroir déformant : vous vous y voyez comme une femme flasque, défaite, éparpillée sur le sol, brisée. Alors que vous essayez de lever le poing, on vous tend un mouchoir et on vous prédit les larmes.

On fait croire aux femmes que leurs choix, leur prise d'autonomie, leur liberté ne sont pas des preuves de force et de courage, mais des aveux de faiblesse, des actes qui vont engendrer de la souffrance ou des preuves d'immaturité ou de folie. Vous avez divorcé ? Vos serez malheureuse, seule, isolée, faible. Vous êtes sortie seule dans la rue la nuit ? Vous êtes inconsciente, vous cherchez les problèmes. Vous avez refusé d'avoir un enfant ? Vous êtes immature, vous allez souffrir et mourir seule dévorée par vos chats. Vous avez avorté ? Vous allez être marquée à vie.

J'étais donc très en colère, mais qui m'aurait écouté ? Et puis d'abord, quand on est en colère, c'est que quelque chose ne tourne pas rond, hein. Dans le fond, n'est-ce pas votre souffrance d'avoir avorté qui se traduit par cette colère ? N'avez-vous pas interprété le comportement des médecins ? Étaient-ils si désagréables ? Où avez-vous tout pris de travers PARCE QUE vous étiez malheureuse d'avorter ?

Quel aplomb faut-il à 17 ans pour dire : Mais merde ! Vous me traitez comme une coupable ! C'est vous le problème, pas moi.

Je me suis pourtant tournée et retournée, j'ai cherché des femmes en colère. Je n'en n'ai pas trouvé, à l'époque, avec mes petits moyens et mes petites lectures, dans le petit lycée de ma petite ville.

Et puis, il fallait garder le silence, ne pas en parler. Je devais vraiment avoir fait quelque chose d'atroce pour devoir me cacher. J'en ai parlé à une amie, qui m'a regardé comme la pire des merdes. Je me suis sentie en dessous de tout. Dix ans plus tard, elle est venue me voir affolée, parce qu'elle pensait être enceinte, et ne souhaitait pas le garder. Cela faisait dix ans que nous ne nous parlions plus. Je l'ai aidée quand même, sans lui dire "ah tu vois connasse, ça arrive à tout le monde". Mais je l'ai pensé très fort.

Et puis j'ai pardonné. J'ai cherché un mot pour dire cela autrement. Mais c'est vraiment ça : j'ai pardonné. À ma mère, en tous cas. J'ai compris qu'elle avait été prise dans la même nasse que moi. Elle s'était sentie coupable de ne pas m'avoir protégée, d'avoir failli à son devoir de mère. Elle a dû se sentir extrêmement mal de me voir vivre ce qu'elle pensait être un affreux drame : l'avortement. Mais le drame, ça n'a pas été l'avortement mais bien la condamnation à vivre l'avortement comme un drame : on m'a fait perdre des années de ma vie à me sentir coupable, mal, honteuse et malheureuse. C'est ça qui attise toujours ma colère, bien vivace encore aujourd'hui, qui aiguise ma détermination.

Je suis émue de voir qu'il y a des femmes qui peuvent dire :

« J’ai 17 ans, je suis lycéenne et je ne regrette pas une seconde ma décision. » Lou.

« Je n’ai jamais regretté ce choix. Je sais que cer­taines per­sonnes m’en ont voulu. Je n’en ai rien à foutre. J’ai conservé ma liberté, mon indé­pen­dance. » Vanillette .

Je suis ravie de lire :

« s’il y a une pro­chaine fois et que je tombe encore sur une per­sonne comme cette sage-femme, je n’hésiterai plus à lui dire ce que je pense et à me défendre plus et lui dire : ÇA VA, JE VAIS BIEN, MERCI ! » Rosetta.

« aucun regret ni remords.… si, un seul, ne pas être retourné voir le pre­mier gynéco pour lui col­ler mon poing dans la gueule ! » Clémentine.

Je suis fière de lire :

« Merci à vous d’avoir fait ce site, s’il avait existé il y a quelques mois il m’aurait beau­coup aidé j’en suis sûre. » Angélique.

« Merci à ce blog d’exister, c’est un poids qui me tombe des épaules » Moi aussi.

« merci pour ce blog, ça me per­met de ne pas être déso­lée : non, je ne suis pas désolée ! » Lucie.

« Et merci, merci pour ce blog, parce que je com­prend que je ne suis pas un monstre de ne pas avoir de peine à avoir avor­té » Makous

Alors, oui... le blog a adopté une posture décomplexée. Certainement. C'est même le but : qu'une autre parole puisse émerger sur l'avortement. Que les femmes puissent engueuler les médecins qui les maltraitent, les copines qui les regardent de haut, et exercer leur droit sans baisser la tête.

Grâce à des femmes qui ont pris le temps d'écrire, de penser, de militer, de mettre les pieds dans le plat, je peux dire : j'ai avorté, et je vais très bien, merci ! Comme le dit une femme dans un témoignage : "je vais bien quand je vois qu’il y’a de l’espace pour les filles qui gueulent. "

Avorter a même été une des meilleures décisions que j'ai pu prendre, un des actes volontaires les plus importants pour moi : refuser un destin qui s'imposait à moi, prendre ma vie en main, me laisser le temps de faire des études, de devenir indépendante.

Si j'étais à nouveau face à une grossesse non désirée, là, actuellement, je ferais le même choix. J'avorterais. Mais cette fois-ci, je serais armée pour faire face à l'échographiste, le gynécologue, l'infirmière ou la copine hautaine. Je leur dirais très clairement : "Je vous emmerde".

 

Notes :

  1. sur la formation des médecins, voir l'ouvrage de Maud Gelly Avortement et contraception dans les études médicales. Une formation inadaptée. Paris, L'Harmattan, 2006, 244 p
  2. Concernant les différentes contraceptions  possibles, consulter le site http://www.choisirsacontraception.fr/
  3. Depuis la loi Aubry, l'entretien dit "pré-IVG" n'est plus obligatoire pour les femmes majeures. Il reste en revanche obligatoire pour les femmes mineures

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101 Responses to Décomplexées !

  1. Antisexisme says:

    Très bon article

    A noter que dans le cas des IVG (pas des IMG), le sys­tème nerveux du fœtus n’est pas encore fonc­tion­nel. On peut donc dif­fi­cile­ment par­ler d’une per­sonne à pro­pre­ment parler.

    « mais quelle abru­tie faut-il être pour se retrou­ver enceinte avec les moyens de con­tra­cep­tion actuels.« 
      C’est très bien de le rap­peler : même bien pris, aucun moyen de con­tra­cep­tion n’est fiable à 100% et ce ne sont pas seule­ment les idiotes qui tombent enceintes !
    Le préser­vatif, ça peut casser facile­ment
    Et la pilule, il faut surtout pas oublier de la pren­dre ! et ça, c’est dif­fi­cile ; je pense que c’est arrivé à toutes les femmes au moins une fois…
    A noter qu’il existe des pilules pour hommes qui sont bcp plus pra­tique, puisqu’avec une seule prise, l’effet con­tra­cep­tif s’étend jusqu’à 6 mois. Pour­tant, les études de marché mon­trent que les gens n’en veu­lent pas (peur d’une perte de viril­ité ?) et elles ne sont donc pas com­mer­cial­isées… :(

  2. lilou says:

    oui, mille fois oui. Je suis pour l’avortement, pour qu’il soit accom­pa­gné, rem­boursé, organ­isé, je fais chaque jours le choix de tra­vailler dans un plan­ning famil­ial qui veut que les femmes, quel que soit leur âge et leurs raisons de ce choix soit respec­tées et médi­cale­ment accom­pa­g­née. Mon « MAIS  » est un peu dif­férent, j’ai du mal à l’exprimer: j’ai juste par­fois l’impression que cer­taines femmes sont déçues/incomprises dans leur souf­france à tra­vers notre démarche. Peut être sont-elles juste éton­nées de ne pas être cul­pa­bil­isées, je ne sais pas. Mais j’entends leur douleur, sans savoir com­ment y faire face.
    L’avortement est un droit, en par­ler est aussi un droit. cha­cun qui y est con­fronté à le droit d’être entendu dans son ressenti, quel qu’il soit.

    • Mademoiselle S. says:

      évidem­ment.
      Il y a des femmes pour lesquelles la déci­sion est com­pliquée parce que leur vie l’est : elles n’ont pas de per­spec­tives, un enfant leur don­nerait une rai­son de vivre/ elles voudraient cet enfant mais le futur père n’est plus là, déjà marié, n’en veut pas, le cou­ple se délite etc.
      Et puis, il y a la pres­sion à la mater­nité, la pres­sion sur le trau­ma­tisme sup­posé que crée l’IVG. Com­ment le vivre bien, si on ne voit pas de femmes qui l’ont bien vécu ? Si les mod­èles d’épanouissements de femmes sont uniquement/surtout ceux de femmes qui ont des enfants ? Pas de fig­ures, pas de possibles.

      Il n’est pas ques­tion de rem­placer une dis­cours par un autre, de rem­placer le dis­cours de femmes qui ont souf­fert par le « je vais bien », mais de faire émerger une AUTRE parole, de sor­tir du dis­cours unique, juste­ment.
      Quand il sera pos­si­ble de dire qu’on va mal ou qu’on va bien, là on pourra dire qu’on entend « cha­cunE dans son ressenti, quel qu’il soit. »…

  3. Isa says:

    C’est l’évidence, le risque de min­imiser l’avortement. Pren­dre rendez-vous avec un médecin, lui expli­quer la tête haute, payer la con­sul­ta­tion, se ren­dre à l’hôpital, ouvrir les jambes, une anesthésie générale ne présente jamais aucun risque et se faire aspirer un embryon de vie par le minou c’est Dis­ney­land! C’est la teuf glob­ale! C’est coo­los, c’est chou­et­tos! C’est les vacances à Ibiza l’hôpital avec tous ces gens au teint bur­iné dans leur cham­bre et cette odeur de plage dans les couloirs!
    Je pro­pose de ren­dre l’usage des mitrail­lettes fréquent. Au point où nous en sommes des con­ver­sa­tions devraient pou­voir se régler ainsi.
    Samedi soir une jeune fille extra­or­di­naire­ment belle se con­fi­ait à moi. Son père qui avait fort bien réussi pro­fes­sion­nelle­ment et qui avait amassé une sacrée for­tune, avait ten­dance à défouler la vio­lence cumulée et con­tenue pen­dant le tra­vail, sur sa fille. La dernière fois il lui a pété la mâchoire. Il y a trois ans cette fille était d’une grande froideur et elle est reparue com­plète­ment dés­in­hibée, souri­ante, com­mu­nica­tive et ainsi fort belle. J’étais ému de la trou­ver ainsi d’autant qu’à l’évidence c’est parce qu’elle s’était éman­cipée de la tutelle famil­iale. Seule ombre au tableau elle a pour copain un jeune homme dont je me demande quelle sorte de sym­pa­thie on peut éprou­ver pour lui. Il a le regard éter­nelle­ment noir, ne parle jamais, il sem­ble tou­jours vous accuser et j’avais déjà ressenti chez lui, voilà trois ans,une per­son­nal­ité assez fourbe. De fait il avait abusé un peu plus tard d’une jeune fille de 15 ans. Pas exacte­ment un viol mais il a prof­ité qu’elle s’était évanouie pour la dés­aper et quand elle s’éveillait il avait mis ses doigts dans sa vulve. Elle a eu une espèce de « black out » mais elle se sou­vient qu’elle avait repoussé ses avances. Je pense que la jeune fille nou­velle­ment épanouie est venue chercher une cau­tion morale samedi soir quand elle s’est con­fiée à moi. Mais que fait-elle avec ce type? Il est beau voilà tout?

  4. Christine says:

    Ben alors Isa, tu trou­ves ça désagréable quand les femmes exer­cent leurs droits SANS SOUFFRIR ? Les femmes tu les aimes jeunes, belles et malheureuses ?

  5. Laurence says:

    Excel­lent arti­cle.
    ça me fait du bien de lire ça.
    merci, merci !!

  6. Yelle says:

    Ils sont salés les com­men­taires de rue89! Honte sur vous, néo-féministes bran­chouilles libérale-libertaires extrémistes qui tuez des bébés et poussez à l’utilisation mas­sive de l’avortement comme moyen de con­tra­cep­tion! (quel age il a cet argument?)

  7. Floppy says:

    Je n’ai jamais avorté mais je suis très émue en lisant cet arti­cle: vous êtes très fine, Made­moi­selle.
    « Alors que vous essayez de lever le poing, on vous tend un mou­choir et on vous prédit les larmes. » Cette phrase illus­tre par­faite­ment le sen­ti­ment que je peux éprou­ver au quo­ti­dien face à des gens bien inten­tion­nés qui veu­lent absol­u­ment trou­ver dans ma colère une expli­ca­tion psy­chologique dra­ma­tique… Et c’est là que la colère ne cesse de pren­dre de l’ampleur, que je com­mence à avoir du mal à m’exprimer… et qu’on me taxe d’hystérique!

  8. aléatoire says:

    Un site dédié à une autre parole taboue :

    SANS ENFANT VOLONTAIREMENT :
    http://childfree.moonfruit.fr/#/childfree/2672511

    Pour ce qui con­cerne l’IVG, cette fameuse « semaine de réflex­ion oblig­a­toire » appliquée à toutes les femmes sans dis­tinc­tion, c’est un pur scan­dale. Je fais par­tie de ces femmes QUI NE VEULENT PAS D’ENFANTS. point barre. Que cer­taines femmes aient besoin de « réfléchir » et bien soit, elles pren­nent le délai qu’elles veu­lent. Mais l’appliquer à toutes les femmes qui avor­tent c’est du total­i­tarisme, et un con­trôle sur notre corps par la société qui est INACCEPTABLE. Je sais pas s’il y a des volon­tés poli­tiques de revoir ce délais oblig­a­toire et de l’éradiquer, mais ce serait JUSTICE que d’enlever cette épreuve moral­isatrice et insup­port­able qui nous est fait.

  9. Isa says:

    Le com­men­taire de Chris­tine m’est incom­préhen­si­ble. Je n’ai mal­heureuse­ment pas l’esprit aussi cor­rompu… Mais il me sem­ble que je dis­cerne à tra­vers ses mots quelques traits de flétris­sures qui me rap­pel­lent le por­trait de Dorian Gray.…
    Pour répon­dre à anti­sex­isme et bien que je rechigne à l’exégèse. Mais à une époque où les gens ne lisent pas, « l’analphabétisme » oblige à des expli­ca­tions de textes du niveau du col­lège… nous dirons que l’insistance sur sa beauté mar­que l’émotion et il est vrai que le fas­ciste ne s’émeut plus, il parle et il agit « utile »… Par ailleurs insis­ter sur cette émotion sig­nifi­ait qu’elle avait beau­coup changé depuis la pre­mière fois. La parole libérée et les actes libres (sa rup­ture avec son père) y sont pour beau­coup. Quel rap­port? Un élève de 6ème qui voit le mot « décom­plexé » le trou­verait sans peines, de même qu’il trou­verait quan­tité de liens …
    Ce qui est drôle c’est qu’un pitoy­able con qui s’extasie devant une beauté qui lui est ina­ces­si­ble et qui conçoit de l’émotion pour une femme effec­tive­ment « décom­plexée », ce pitoy­able con sus­cite les rail­leries des sex­istes et des piques des fémin­istes. Ce qui tend à prou­ver que sex­istes et fémin­istes ont en com­mun le mépris du pau­vre con. C’est tout à fait dans l’époque…

    • antisexisme says:

      Je suis peut-etre anal­pha­bete mais au moins mes phrases com­por­tent une propo­si­tion prin­ci­pale… Et quand j’essaye d’argumenter, j’avance des faits ver­i­fi­ables et je tente d’etre con­cise. J’evite en gen­eral de me lancer dans une logoree ecoeu­rante et rem­plie de mepris. En atten­dant j ai tou­jours pas com­pris en quoi l’apparence de votre inter­locutrice impor­tait tant, ni le lien clair avec l’IVG. Sure­ment parce que je ne suis pas assez maligne pour com­pren­dre votre prose sub­tile et profonde.

  10. La Sonate à Kreutzer says:

    Cette ini­tia­tive sem­ble tout à fait féconde.

    Made­moi­selle joint son expéri­ence à celle de ses cama­radEs, merci pour cela !

    Si ce blog a per­mis de libérer la parole des femmes, régulière­ment invitées à se taire ou à se déplorer - si pos­si­ble pour longtemps, dans leur corps et leur psy­ché - qu’il, soit le bienvenu !

    J’imagine que les insti­ga­tri­ces de ce col­lec­tif ont à fer­railler avec de mul­ti­ples professionnel(es), auxquel(les) l’idée de cette libéra­trice ini­tia­tive n’est pas venue, et pour cause ! Sur ce sujet, je suis per­suadé que l’on doit retrou­ver la même fer­me­ture, opérée par le pro­fes­sion­nal­isme, que dans le champ poli­tique clas­sique, même si les sus-cité (és) (pure con­ven­tion d’écriture, je suis con­va­incu que sur ce « seg­ment », les meilleures enne­miEs sont des femmes, bien assises comme il faut dans La Contraception).

    C’est un peu mar­rant, pour tout dire, que Le Plan­ning, ne soit pas dans le « coup », mais peut-être a-t-il signé sur Osez le Fémin­isme… qui m’a tout l’air d’être piloté par quelque social­iste en mal de quelque sujet « social »… Requiem pour celles-là…

    Oui, l’avortement est un fait social, et au moins, vous avez E. Durkheim avec vous.

    Sol­idaire­ment;
    La Sonate à Kreutzer.

    • Mademoiselle S. says:

      Beau­coup de mil­i­tantes du plan­ning ont signé la péti­tion.
      L’initiative des filles des 343 est spon­tanée, par d’organisations der­rière nous.

      « je suis con­va­incu que sur ce «seg­ment», les meilleures enne­miEs sont des femmes, bien assises comme il faut dans La Con­tra­cep­tion » : c’est bien ce qui me désole le plus…

      • aléatoire says:

        «je suis con­va­incu que sur ce «seg­ment», les meilleures enne­miEs sont des femmes, bien assises comme il faut dans La Contraception»

        c’est ce qui me scotch aussi. J’ai essayé de par­ler de cette péti­tion à une copine…même pas pu ter­miner ma phrase, elle s’est levée et m’a inter­dit d’en dire d’avantage. J’étais en train d’essayer de lui par­ler de cette semaine oblig­a­toire de réflex­ion, que j’estime être une tor­ture quand la déci­sion est urgente et ferme, atten­dre que ce truc soit enlevé, atten­dre pen­dant 8 jours quand la grossesse va à toute allure, atten­dre pen­dant que les seins sont en train d’exploser, que toutes les odeurs écœurent, qu’on est crevée, atten­dre dans l’angoisse que sa vie soit foutue en l’air si ça part pas dans les délais… De quel droit la société m’a imposé cette semaine de torture.

        Je vous remer­ci­ais jamais assez Made­moi­selle d’avoir ini­tié cette péti­tion et cette parole. Merci à vous et a toutes celles qui gèrent mag­nifique­ment cette initiative.

        • Mademoiselle S. says:

          merci pour les encour­age­ments. Et pas de décourage­ments !
          ça me scotche aussi, mais comme le dit Chris­tine, ces femmes sont prises dans ces dis­cours drama­ti­sants et cul­pa­bil­isants, elles aussi.

  11. Isa says:

    Anti­sex­isme: Je sup­pose.… Et ce n’est pas du mépris mais un humour cor­rosif. J’apprécie beau­coup l’invraisemblable inca­pac­ité de mes sem­blables à lier les choses entre elles. C’est un exer­cice de logique qui sup­pose qu’on ait lu plutôt que d’avoir pra­tiqué l’informatique. Quelques auteurs avaient vu venir qu’on man­querait de logique à l’avenir.
    Voulez-vous vrai­ment que je vous explique ce qui relie le mot « décom­plexé » dans les deux cas: IVG et mon épisode de jeune fille battue? Com­ment voulez-vous que je vous explique autrement que par des mots qu’on puisse ressen­tir une émotion si grande de voir une jeune fille, autre­fois froide et dis­tante, désor­mais libérée, ami­cale, souri­ante parce qu’elle est « décom­plexée » et décul­pa­bil­isée? Mon quiqui en érec­tion ferait-il l’affaire? Il fau­dra que j’y pense la prochaine fois: les mots n’étant rien dans la civil­i­sa­tion de l’image une pho­togra­phie de ma zezette en érec­tion illus­tr­era mieux l’émotion. Et dites madame ne vous arrive-t-il jamais de trou­ver une extra­or­di­naire beauté dans la muta­tion d’un être humain? Quand il est man­i­feste­ment plus ami­cal, plus chaleureux et d’autant plus que vous pour­riez l’avoir mal jugé en igno­rant pourquoi il était si froid de prime abord? Tu veux des tofs poulettes?

  12. Isa says:

    Erra­tum: il ne fal­lait pas dire « les fémin­istes » mais « DES féministes »

  13. Mademoiselle S. says:

    Bon ! Je n’aime pas le tra­vail de mod­éra­tion, mais il serait bien que vos engueu­lades ne découra­gent pas ceux qui ont envie de dire quelque chose sur l’IVG, par exem­ple. Donc stop. On s’arrête là.

    • SupaMémé says:

      Je laisse rarement des com­men­taires mais des fois c’est plus fort que moi…
      Je ne com­prends pas la présence de Isa sur ce site, il est tout sim­ple­ment dégoutant!

      Voilà bonne journée!

      Sinon beau tra­vail les meufs!

      • Mademoiselle S. says:

        Un peu com­pliqué. Pour le con­naître, je sais qu’il se fait mal com­pren­dre, ici.. alors que ce qu’il est et pense n’est pas du tout en con­tra­dic­tion avec moi, nous. Bref, com­pliqué, pour moi. Et je com­prends.
        Mais on s’arrête là pour les com­men­taires, sinon ça dérape encore plus, je com­mence à avoir l’habitude.

  14. Christine says:

    A pro­pos des meilleures enne­mies bien assises sur la con­tra­cep­tion. Peut-être qu’elles sont seule­ment vic­times du dis­cours « une IVG c’est un drame » et qu’elles n’arrivent pas à en sor­tir, et que du coup pour défendre le droit à l’IVG elles se sen­tent sociale­ment oblig­ées d’en rajouter dans le « mais la con­tra­cep­tion c’est mieux ». Peut-être qu’elles ont aussi besoin d’un coup de mains pour assumer d’être pro-IVG sans con­seils complémentaires…

    Les enne­mis restent en pri­or­ité les religieux de tous bords. Et les hommes qui diri­gent les religions.

    • Mademoiselle S. says:

      Qu’elles soient enfer­mées par ce dis­cours, pas de doutes. Qu’elles acceptent d’entendre autre chose, cer­taines peut-être… cer­taines, peut-être.

    • celba says:

      Je ne vois pas pourquoi les religieux seraient les enne­mis en pri­or­ité. Les enne­mis ce sont les adver­saires du droit à l’avortement, point barre. Pourquoi y aurait-il des raisons plus val­ables que d’autres d’être con­tre le droit à l’avortement, c’est ridicule. Après, qu’on fasse la dif­férence entre les hommes et les femmes qui sont con­tre ce droit, je com­prends mais entre les religieux ou les non religieux, c’est claire­ment pas la ques­tion ici.

  15. jean says:

    Salut,
    super les illus­tra­tions, vous avez une ver­sion audio de cette mag­nifique reprise de Je n’suis pas bien portant?

    Jean

  16. Lorni thorinque says:

    ***Je lis sou­vent des références à cette fameuse pilule pour homme, mais de ce que j’en ai lu pour le moment aucune solu­tion util­is­able n’a été trou­vée, on en serait au mieux au stade des tests. Alors est-ce qu’une autre source d’info existe ?***

    D’après mes lec­tures ‚Daniel Welzer lang et qqs. com­parses ont essayés la pilules pour hommes dans les années 80( je crois me sou­venir) . A leur sat­is­fac­tion .
    Cepen­dant, à l’époque ‚il n’y avait pas grande demande de la part des hommes et l’essai à été aban­donné.
    Un des com­men­taire pour cet aban­don à été:On ne touche pas au corps des hommes.
    Si de plus en plus d’hommes seraient deman­deurs d’une con­tra­cep­tion mas­cu­line je pense qu’il devront l’exiger …

    Pourquoi ne pas créer un collectif ^^

    • Romane says:

      Que les mecs soient pas deman­deurs en tant que tels, soit. Mais rien n’est jamais fait pour les y inciter. Or, si on s’y pre­nait dans les règles de l’art, je suis per­suadée qu’un cer­tain nom­bre d’hommes ouvri­rait la voie. Ce n’est pas impos­si­ble. Faudrait pê com­mencer par en débat­tre, quitte à ce que ça foute le boxon. Mais ça finira tjs par ren­trer dans les caboches. Mais bon, dans un avenir lointain…

  17. mouais says:

    Au nom de la moral­ité, on empêche la sci­ence d’avancer & de nous guérir… il y a des solu­tions puor le can­cer bcp moins con­traig­nante qu’une chimio mais non les bien pen­sants préfèrent laisser crever les can­céreux pen­dant des années… Vive­ment que les poli­tiques soit touchés par les pires mal­adies qu’on puisse espérer un peu de bon sens… (film à voir sur le sujet > 8eme Won­der­land … film pour­rit … mais con­cept pas mal)

  18. Isa says:

    Il y a mieux que la pil­lule con­tra­cep­tive: Lysis­trata d’Aristophane: http://fr.wikipedia.org/wiki/Lysistrata

    Per­son­nelle­ment ça ne me dérange pas, j’ai pas fourré depuis 2003.
    Je suis l’incarnation de la méth­ode con­tra­cep­tive la plus effi­cace; je suis fort laid! Ah ah ah!

    Si vous aimez les chan­sons détournées, vous en avez de fameuses (dans les milieux anar­chistes) et d’excellentes (pour tous) ici: http://fr.wikipedia.org/wiki/Pour_en_finir_avec_le_travail

  19. Isa says:

    Toutes mes excuses Made­moi­selle S… Mais quand je me mon­tre un tan­ti­net émotif, sen­si­ble et roman­tique, cer­taines de vos con­soeurs me piquent. Me voilà dans l’obligation de faire insincère­ment mon mâle pour en imposer… Il vaut encore mieux passer pour un mâle dom­i­nant, haï et méprisé que pour une lopette sen­ti­men­tale… La crainte des baffes fait fer­mer les gueules… Je sais qu’en votre présence je pour­rai libre cours à ma sen­si­bil­ité. Mais vous êtes rare.…

  20. lilou says:

    Je ne me suis pas très bien exprimée, mais je suis con­tente de voir que made­moi­selle S. a bien com­pris: je suis issue de la généra­tion des décom­plexées, de celles qui ont eu la chance d’avoir des par­ents clairs et respectueux , de celles qui le vivent très bien et ont choisi d’en faire un métier. Du coup, j’ai par­fois du mal à com­pren­dre les autres, celles qui cul­pa­bilisent, avec des argu­ments que je ne com­prends pas.
    Par con­tre, je me per­mets d’insister: l’on peut enten­dre cha­cun, pas seule­ment cha­cune.
    Beau­coup d’hommes se posent des ques­tions. Je les entends, je tente de les com­pren­dre. Ils ont aussi le droit à la parole, même s’ils n’ont pas droit au choix qui n’engage que nos coprs de femme!

    • Mademoiselle S. says:

      bien entendu.

      J’aurais dû écrire chacun.e ou chacun(e) ou chacun/chacune, j’ai écris cha­cunE comme ça. c’était pour dire cha­cun / chacune.

  21. Christine says:

    L’idée de ne pas « four­rer » pour rem­placer la pilule con­tra­cep­tive est plutôt une bonne idée (à part qu’être four­rée n’est effec­tive­ment pas une per­spec­tive hyper exci­tante ;-) ) Mais oublions cette petite ques­tion de vocabulaire…

    On peut aussi penser une sex­u­al­ité sans coït, ce qui a le mérite de libérer l’imagination…

    • Yelle says:

      J’imagine un cours d’éducation sex­uelle ou le prof pro­mou­vrais le sexe oral et la sodomie. J’imagine aussi les hordes de par­ents déchaînés. (quand on voit que la peep digère mal qu’on puisse don­ner la pilule à leur gosse sans la béné­dic­tion des par­ents…)
      Non, la solu­tion, c’est de con­va­in­cre Hol­ly­wood de ren­dre glam­our les « alter­na­tives ». Si ça marche, dans 30 ans le mec qui préfère le sexe vagi­nal (même sans repro­duc­tion souhaitée) passe pour un per­vers et/ou un homme des cav­ernes. Et dans 40 ans ça revient à la mode comme LE truc exo­tique et dan­gereux (donc exci­tant) de la décennie.

  22. sean says:

    Salut,

    Je n’ai pas mis mon témoignage sur le site « je vais bien, merci », mais j’ai avorté, et je vais bien, merci. Sauf que j’étais de l’autre côté de la can­ule, et que j’y retourn­erai bien­tôt.
    Ce qui veut dire : je n’ai pas avorté moi-même, mais j’ai avorté d’autres femmes. Et je vais bien, merci. Pas de cauchemars, pas de cul­pa­bil­ité.
    Seule­ment la ques­tion à chaque fois que je rece­vais une femme en con­sul­ta­tion ou pour l’écho : est-ce que je me com­porte bien ? Y at’il une seule bonne façon de se com­porter quand on est le médecin qui reçoit une femme qui veut avorter ? Com­ment faire pour la laisser choisir de voir la grossesse sur l’écho si elle le veut, com­ment faire pour ne pas min­imiser ses douleurs, com­ment savoir si elle souf­fre morale­ment ?
    Cet acte est banal pour moi. Parce que j’y ai réfléchi avant de décider de pra­ti­quer des « IVG » (c’est plus beau qu’avortement, non ? c’est moins con­noté, y a moins d’affect, c’est plus tech­nique…). La déci­sion a été rapide : pourquoi obliger une femme à avoir un enfant, avec tout ce que cela implique, alors qu’on a les moyens de lui per­me­t­tre de choisir si elle en veut vrai­ment un, et quand elle le veut. Il est banal égale­ment parce que c’est un petit acte chirur­gi­cal (ou médi­cal) que les gyné­cos réalisent régulière­ment, que ce soit pour des avorte­ments, ou pour des fausses couches (qui sont, en fait, égale­ment des avorte­ments, mais non choi­sis). Et d’un point de vue médi­cal, c’est un acte majori­taire­ment bénin : très peu de com­pli­ca­tions.
    S’il est banal pour moi, il ne l’est pas for­cé­ment pour d’autres femmes. Notam­ment parce que ce n’est pas moi qui prends la déci­sion, je n’apporte que le sup­port tech­nique. Notam­ment parce que je ne subis pas la pres­sion sociale, ou la « prophétie ». Notam­ment parce qu’elles ne le pra­tiquent pas tous les jours (vu le temps que ça prend, tant mieux).
    Et donc, dans ma pra­tique quo­ti­di­enne, je jon­gle sou­vent entre dif­férents com­porte­ments, parce que j’aimerais bien ne pas aggraver/générer la souf­france (c’est à dire la douleur morale) d’une femme, mais ne pas non plus banaliser la démarche si la femme qui est en face de moi souf­fre. C’est dur de ne pas avoir un dis­cours unique, mais ce blog « je vais bien merci » va beau­coup m’aider, sûre.

    Sinon, quand j’étais bébé-doctoresse, j’y ai eu droit, à toutes ces remar­ques bien nulles (et de la part du per­son­nel médi­cal, hein) : « avec tous les moyens de con­tra­cep­tion qu’on a, tomber enceinte, faut l’faire » ou « faut pas non plus que ça devi­enne une con­tra­cep­tion » (bon tech­nique­ment, ça ne sera jamais une contra-ception, puisque ça vient après la con-ception, juste­ment), « ah bah voilà qu’elle chiale main­tenant, fal­lait y penser avant d’avorter ! » ou d’autres trucs aussi géni­aux (!) les uns que les autres.

    Mais par­ler de l’avortement, ne pas le cacher, ne pas en faire un truc hon­teux, ça aidera à changer des choses. Bravo à celles qui le font, et sou­tien à celles qui n’osent pas du fait des réac­tions des gens en face.

    • Amélie says:

      Moi non plus je n’ai pas (encore) pub­lié mon témoignage sur le blog mais j’ai aussi avorté et je vais bien ! Je voulais dire un grand merci à Sean pour son inter­ven­tion, parce qu’au gré des con­ver­sa­tions que j’ai pu suivre sur le net con­cer­nant l’IVG je n’ai qua­si­ment jamais lu de « témoignage » de quelqu’un de l’autre côté de la can­ule, juste­ment !
      J’ai trouvé ce témoignage très intéres­sant parce que j’ai sou­vent eu envie, depuis mon avorte­ment, d’en par­ler avec des « pro­fes­sion­nels », d’entendre leur vécu de l’avortement, pas pour savoir ce qu’ils en pensent mais pour dis­cuter de ces expéri­ences qu’on vit (ou qu’on a vécues) en com­mun, cha­cun depuis un côté du tuyau.

      Quand je suis « tombée » enceinte, c’était à moitié par étour­derie, à moitié par flemme, et surtout parce qu’après plus de 10 ans de vie sex­uelle « pilulée » mais pas hyper sérieuse (avec de nom­breux oub­lis) ça ne m’était jamais arrivé, et j’en étais venue à penser que j’étais peut-être stérile (pour des raisons médi­cales, on m’avait dit que c’était pos­si­ble).
      Bref, donc c’était peut-être aussi incon­sciem­ment à moitié pour « tester » ma capac­ité biologique à être enceinte, et tester égale­ment la réac­tion de mon parte­naire. J’avais un réel désir d’enfant, mon com­pagnon pas du tout, il était même com­plète­ment con­tre (aux dernières nou­velles). J’ai ressenti tout d’abord une grande cul­pa­bil­ité d’être « tombée » enceinte alors que j’avais les moyens de l’éviter, et lim­ite d’avoir provo­qué la sit­u­a­tion.
      Au bout de 10 jours passés à tourner en rond tous les deux, mon com­pagnon et moi, cha­cun coincé dans nos petites pen­sées, nous avons décider d’appeler à l’aide les pro : le plan­ning famil­ial.
      Je pré­cise que nous étions des grandes per­son­nes de plus de 30 ans, sta­bles et tout, et que ce cliché du « plan­ning famil­ial c’est fait pour les petites ados paumées qui n’ont pas d’autres solu­tion » me col­lait au cerveau (re-culpabilité) et c’est mon com­pagnon qui m’a poussée à aller plus loin que le bout de mon nez.
      Là nous avons ren­con­tré des con­seil­lères extra­or­di­naires, qui nous ont aidés à créer un espace de dis­cus­sion où lui et moi nous avons pu trou­ver ensem­ble le chemin qui nous parais­sait le bon. C’est dans ce bureau du plan­ning famil­ial que j’ai entendu mon amoureux me dire qu’il n’avait finale­ment rien con­tre le fait de faire un enfant avec moi, mais qu’il aurait préféré un autre moment. Pour moi (et mon désir de faire un enfant avec lui) c’était la révéla­tion du mil­lé­naire !
      Et c’est d’autant plus génial que cette con­ver­sa­tion sur l’IVG ait été tournée, grâce à l’écoute et à la com­pé­tence de ces con­seil­lères, dans une direc­tion pos­i­tive (au sens « trou­ver une solu­tion qui soit la bonne pour tous les deux, sans que l’un des deux ait l’impression de se faire avoir »).
      Ces con­seil­lères (on en a ren­con­tré deux dif­férentes) m’ont mon­tré à quel point ma cul­pa­bil­ité d’être enceinte changeait ma per­cep­tion de mon désir d’enfant, et m’empêchait de voir la réac­tion de mon ami. Je leur suis très recon­nais­sante d’avoir su me mon­trer que mal­gré mes 30 ans, ma pilule et mes soi-disant con­nais­sances en con­tra­cep­tion, j’avais tout de même ma place en face d’elles, en train de deman­der de l’aide, et que j’avais le droit, mal­gré mon désir « dans l’absolu » d’enfant de remet­tre en ques­tion cette grossesse pour­tant désirée, de préférer l’IVG. Que ce n’était pas de la schiz­o­phrénie, ni un avorte­ment de confort.

      Bref, par la suite (je vais pas tout racon­ter, c’est trop long) nous avons pris notre déci­sion, nous avons été très bien aigu­il­lés, reçus, con­seil­lés, ren­seignés.
      Le jour J la sage-femme qui nous a accueil­lis nous a tout bien expliqué, elle m’a égale­ment prév­enue avec beau­coup de douceur « je vais sans doute vous faire pleurer » : sans trop savoir ce qu’elle entendait par là, ça m’a aidée. Je me suis sen­tie autorisée à me sen­tir peinée et triste. Ma déci­sion avait été si dif­fi­cile à pren­dre que je m’étais blindée pour ne plus ressen­tir la moin­dre chose, pas la moin­dre tristesse, j’avais peur en me lais­sant aller de laisser entrer un doute, une autre cul­pa­bil­ité.
      Ces sen­ti­ments con­tra­dic­toires étaient hyper fati­gants, presque impos­si­bles à exprimer. Alors de l’entendre me dire ça, dans cette cham­bre d’hôpital tran­quille où il n’y avait que mon com­pagnon et moi, ça m’a incroy­able­ment aidée à pleurer, à passer le cap.
      Je me rap­pelle assez bien de l’intervention en elle-même, même si j’étais un peu shootée : peu de per­son­nes dans la salle (au bloc, j’imagine), beau­coup de calme et d’apaisement, des voix ras­sur­antes… j’ai entre autres le sou­venir pré­cis du gynéco-obstétricien qui m’a « aspirée » me dire « Vous avez été for­mi­da­ble, madame, bravo » quand tout était fini.
      Cette phrase m’est rev­enue plusieurs jours après, et ne m’a pas quit­tée depuis.

      Du coup, mon expéri­ence de l’IVG a été un réel accom­pa­g­ne­ment dans une déci­sion qui a été la mienne. Je n’ai ren­con­tré que des pro­fes­sion­nels ultra com­pé­tents et très à l’écoute, et je les remer­cie infiniment.

      Depuis j’ai sou­vent envie de par­ler de cette péri­ode, comme d’un tour­nant très posi­tif dans ma vie, même si c’était un cap dif­fi­cile à passer et pour moi, et pour mon ami. Quand j’aborde le sujet, les gens qui m’entourent sont d’abord un peu ten­dus, mais ça passe. C’est quand même encore déli­cat pour moi de dire naturelle­ment dans une con­ver­sa­tion au café devant les copains « ah ben ouais en mai 2009 on y était pas à l’anniv de Machin, rappelle-toi chéri, on a avorté ».

      Ceci dit, je me bats encore un peu avec ma cul­pa­bil­ité, parce que j’ai beau la ramener, je l’ai encore pas raconté à ma mère, par exemple…

    • Mademoiselle S. says:

      Merci Amélie pour ce témoignage. Ton témoignage serait très pré­cieux au blog « IVG, je vais bien », si tu souhaites voir com­ment par­ticiper, tu peux écrire en te ren­dant ici. http://blog.jevaisbienmerci.net/nous-contacter/

    • Mademoiselle S. says:

      Merci sean !
      Ce serait un plaisir d’avoir ta par­tic­i­pa­tion au blog « IVG, je vais bien »…

  23. Get72 says:

    Moi aussi, j’avorte « de l’autre côté de la can­ule », ou juste du bureau dans mon cas (sage-femme, je n’ai pas le droit pour l’instant de pra­ti­quer l’ivg chirur­gi­cale, seule­ment la médica­menteuse). Et j’en suis très fière, parce qu’au sein d’un milieu médi­cal frileux sur le sujet, où le manque de rentabil­ité de l’acte cache des réti­cences autrement plus pro­fondes à pra­ti­quer les ivg, je le fais par con­vic­tion, mal­gré les regards de tra­vers.
    Je rejoins tout à fait sean sur cette dif­fi­culté à être dans un accom­pa­g­ne­ment juste, qui laisse la place autant aux femmes qui souf­frent qu’à celles qui vont très bien. J’essaye de faire atten­tion à tous mes mots, parce qu’il suf­fit de rien pour blesser la femme en face de moi. Je jus­ti­fie mes ques­tions, pour qu’elles ne soient pas prises comme des inqui­si­tions ou des deman­des de jus­ti­fi­ca­tion mais pour les propo­si­tions d’aide qu’elles sont.

    Sachez qu’un mail cir­cule entre défenseurs médi­caux acharnés de l’ivg pour faire con­naître votre ini­tia­tive. Sobre et effi­cace : « Je vous pro­pose d’aller surfer sur ce blog.
    Un encour­age­ment magis­tral pour nous autres avor­teurs de choc. »

    • Mademoiselle S. says:

      Merci Get72. C’est vrai­ment chou­ette que les deux côtés de la can­ule s’expriment… On sent qu’il n’y a pas que les femmes qui se trou­vent soulagées de pou­voir par­ler dif­férem­ment de l’avortement. Ce serait bien que vous puissiez par­ticiper, vous aussi au blog. Vous pou­vez nous écrire ici : http://blog.jevaisbienmerci.net/nous-contacter/

      Et merci pour ce témoignage.

  24. Iyhel says:

    Con­cer­nant la con­tra­cep­tion mas­cu­line, il n’existe pas aujourd’hui de con­tra­cep­tif com­pa­ra­ble à la pilule, du moins aussi fiable ; les effets « sec­ondaires » inhérents à toute bidouille hor­monale de l’organisme sont égale­ment plus vis­i­bles à pri­ori, d’où le peu de développe­ments dont la pilule mas­cu­line fait l’objet. (la mater­nité c’est sacré, la viril­ité appar­ente aussi, peut-être même plus…)
    Le RISUG s’apparente plus aux dis­posi­tifs intra-utérins mais pour en béné­ficier, à part en prof­i­tant d’un voy­age en Inde, sous nos lon­gi­tudes c’est mis­sion impos­si­ble.
    Reste la vasec­tomie, très répan­due dans les pays anglo-saxons, pas beau­coup en France ; elle est légale depuis 1999 (avant en tant que muti­la­tion, même volon­taire, elle était pro­scrite) mais plutôt découragée, prob­a­ble­ment comme la lig­a­ture des trompes, du fait de son irréversibil­ité quasi-totale et d’autant plus que l’homme est plus ou moins fer­tile jusqu’à sa mort. Je ne dés­espère pas de tomber un jour sur un médecin français avec qui en par­ler sans q’il me prenne pour un détraqué.

  25. Jamed Lavy says:

    « Il est évidem­ment néces­saire que les femmes aient au mieux accès à la con­tra­cep­tion, qu’elles puis­sent s’informer et être infor­mées par des pro­fes­sion­nels qui savent de quoi ils par­lent 1. Cela sig­ni­fie que les femmes doivent pou­voir choisir leurs con­tra­cep­tifs, choisir d’en changer, choisir ce qui leur paraît le mieux adapté à leur vie, leur corps. 2. Ce qui est encore loin d’être le cas ».

    > Et arrêter de foutre des cen­taines de bar­rières à toutes celles qui veu­lent une con­tra­cep­tion défini­tive (Essure, lig­a­ture voire hys­térec­tomie), qu’elles soient jeunes, en cou­ple, nul­li­pares ou pas. Il y en a qui sont tombées enceintes faute de pou­voir trou­ver une per­sonne à l’écoute, capa­ble de sim­ple­ment (!) respecter leurs choix… et la loi.

  26. Isa says:

    @ Get72: Vous avez, si j’ose dire, mis le doigt dessus: « où le manque de rentabil­ité de l’acte cache des réti­cences autrement plus pro­fondes à pra­ti­quer les ivg« 
      Les chiffres sont en effet d’une grande com­mod­ité et la guerre des chiffres est piégeuse, parce qu’elle ne révèle pas les sous basse­ments idéologiques du pou­voir comme la cri­tique sociale, la lit­téra­ture et la poésie se pro­posent de le faire.
    La rentabil­ité est un des argu­ments des chiffres, autrement dit de la pri­mauté de l’économique sur l’homme. Mais j’ai tou­jours pensé, con­traire­ment à beau­coup de mil­i­tants, que le règne de l’économique cache de pro­fondes raisons psy­chologiques et je ne pense pas que l’indifférence qu’on a cou­tume de cor­réler à l’économique, est aujourd’hui la pro­fonde rai­son psy­chologique de ce règne. Le film de Pasolini « Salo » révèle plus explicite­ment les sous basse­ments psy­chologiques de la bour­geoisie et de son pou­voir. J’ai pour ma part com­mis une « dis­ci­pline de la haine » qui se pro­pose d’aller plus avant dans l’exploration des mécan­ismes psy­chologiques qui sous ten­dent le pou­voir dans la société spec­tac­u­laire et marchande. Je ne pense qu’on puisse aujourd’hui régner sans pro­pre­ment jouir et il suf­fit de voir ce qu’implique ce règne pour faire plus pré­sumer de la jouis­sance infini du pou­voir en face de la souffrance.

  27. Michelle says:

    J’ai beau­coup appré­cié votre expli­ca­tion sur cette « con­struc­tion socio-historique » et c’est bien là où le bât blesse. Je suis décue de con­stater que cer­taines femmes de ma généra­tion n’ont pas inculqué à leur progéni­ture les valeurs que nous avions, à l’époque, tant défendues entre autres, ne pas être oblig­ées de se marier ni d’avoir des enfants à tout prix sauf si tel est leur choix. Il est regret­table que cer­taines jeunes-femmes ne soient pas mieux « armées » et qu’elles ne revendiquent pas, au sein de leur cou­ple, leurs droits de femmes. J’ai lu des com­men­taires d’hommes sur des sites fémin­istes qui m’ont sidérés. En 40 ans, cer­tains n’ont, décidé­ment, rien com­pris. L’éducation arriérée et dépassée par des mères qui auraient dû redresser la barre, est-elle encore et tou­jours d’actualité? Je me dis par­fois que les com­bats que nous avons menés n’auront servi à rien!

  28. Yelle says:

    Ça ne con­cerne pas la France mais beau­coup de choses sont per­ti­nentes:
    http://jezebel.com/5798180/truefax-about-abortion

  29. Marguerin says:

    Merci Made­moi­selle pour cet arti­cle puis­sant qui me touche autant sur le fond, of course, que dans cette leçon de mil­i­tan­tisme et d’éveil poli­tique que tu donnes: quand tu par­les de tes 17 ans et tout, je me recon­nais telle­ment là-dedans!! La néces­sité de s’armer intel­lectuelle­ment, de se regrouper, de se don­ner de la force, du courage etc… Merci! ;) Ami­tiés queer et révolutionnaires

  30. PS says:

    merci merci merci merci, ad.lib.

  31. Je m’excuse de venir m’esbaudir sur la forme de ton arti­cle alors que nous cau­sons d’un sujet sérieux mais je l’ai trouvé remar­quable­ment bien struc­turé. On suit ton chem­ine­ment perso et on s’instruit au pas­sage tout en réfléchissant à sa pro­pre pos­ture, y’a pas à dire, voilà de la lec­ture active. De quoi aussi ouvrir les yeux sur ce qui manque cru­elle­ment à de nom­breux arti­cles pré­ten­du­ment de fond (en par­ti­c­ulier con­cer­nant lafâme) : la parole des intéresséEs. Un grand bravo à toi pour ce tra­vail.
    Je crois que ce qui m’a fait du bien en te lisant, c’est de pou­voir dépasser la pos­ture défen­sive du moment (des luttes dif­fi­ciles mais pas vaines, cf. la réou­ver­ture du cen­tre IVG de Tenon à Paris après des mois de mobil­i­sa­tion, yes !) et réfléchir à TOUT ce qui reste encore à faire pour améliorer l’existant.
    Perso, depuis mon ado­les­cence, l’expression réac d’IVG « de con­fort » m’a tou­jours mise en colère. Cette image de femme qui va à son cen­tre IVG avec sa carte fidél­ité… La ten­ta­tion d’y opposer la souf­france des femmes qui avor­tent n’est pas bête, mais tu replaces les causes au bon endroit : l’avis de la société entière qui spécule sur ce qui t’arrive, la sup­posée « faute », c’est là qu’il est, le poids. Tu le mon­tres superbe­ment. Merci pour ton témoignage.

  32. Bernard Bel says:

    Un arti­cle remar­quable et de for­mi­da­bles témoignages ! Qui vont dans le sens de la lib­erté de choix si sou­vent bafouée quand elle per­cute avec les croy­ances et les « valeurs » con­ser­va­tri­ces, encore plus quand elle est revendiquée par des femmes…

  33. Gabibou says:

    Quel soulage­ment de lire un tel arti­cle! Et quel soulage­ment de décou­vrir que des gens ont osé affron­ter l’opinion pop­u­laire pour ouvrir ce blog!
    Je ne suis jamais tombée enceinte involon­taire­ment, et n’ai jamais été con­fron­tée, dans mon entourage proche à un cas d’avortement, et mon désir le plus cher est d’avoir un jour un enfant. Et pour­tant, lorsque le sujet arrive au détour d’une con­ver­sa­tion, j’ai ressenti instinc­tive­ment cette colère que vous décrivez, la cul­pa­bil­i­sa­tion que le monde impose à la femme, l’impression qu’elle est la seule « fau­tive », alors qu’il faut être deux pour faire un enfant, et la manière dont elles sont rabais­sées, foulées aux pieds comme des moins que rien, ou alors prises en pitié avec une pathé­tique écœu­rante… Alors que ces filles ont besoin d’aide, de sou­tien et de com­préhen­sion, pas qu’on se mouche dans leur jupon ou qu’on leur crache à la fig­ure!
    Alors oui, je suis pour l’avortement, comme un droit inal­ién­able, et sans restric­tion, car per­sonne, éduqué ou pas, ne peut s’imaginer qu’il peut être agréable ou « pra­tique » de se faire avorter. Je ne pense donc pas qu’on puisse tomber dans l’excès en le con­fon­dant avec un moyen de con­tra­cep­tion.
    Vous me direz sans doute que n’étant pas con­cernée, je suis à des km de pren­dre con­science du poids que la civil­i­sa­tion impose à ces jeunes femmes. Sans doute. Mais ce sont ces témoignages et ce genre de blogs qui me per­me­t­tront de pren­dre pleine­ment con­science de leur sit­u­a­tion, et qui, à terme du moins je l’espère, aideront le monde à avancer dans sa vision de l’avortement.
    Merci pour elles, mais surtout merci pour nous tous!

  34. Tout mon sou­tien à ces femmes trop connes pour se ren­dre compte de la chance immense qu’elles ont de béné­ficier de moyens de con­tra­cep­tion certes impar­faits, mais bon elles vont pas se plain­dre, déjà qu’on ne les oblige plus à rester à la mai­son avec une tripotée de mioches.

    J’ai du mal à com­pren­dre que l’on puisse imag­iner un instant qu’une per­sonne nor­male et pas maso préfère se fader les entre­tiens psy­chologiques, le risque de ne pas ren­trer dans les délais, l’humiliation des per­son­nels de santé moral­isa­teurs et de l’entourage, les règles qui durent deux semaines, plutôt que de pren­dre un truc aussi sim­ple que la pilule. A ces gens, j’ai envie de leur deman­der : vous pensez pas que si c’était aussi sim­ple, l’IVG ne serait pas nécessaire?

    Le choix que l’on nous donne aujourd’hui, c’est pren­dre un médoc qui peut te couper la libido, te filer de l’acné jusque dans le cul, te ren­dre les cheveux telle­ment gras qu’effectivement, t’as un effet con­tra­cep­tif immé­diat puisque t’as pas envie. Et comme ça au moins, t’avorte pas grosse conne. Sauf qu’il faut gérer la vie de cou­ple, quand t’as jamais envie, ou seule­ment pen­dant tes règles.

    Je mets au défi n’importe quelle per­sonne de ne jamais jamais jamais oublier sa pilule (ou la sor­tir un jour de gas­tro, que ce soit en ger­bant ou en se tapant une grosse courante). Par­tir en vacances, et devoir, tou­jours, se bal­lader avec son portable et son sac, parce que t’as besoin de ta pilule et du réveil pour te la rap­peler. Ou struc­turer tes journées pour être sure d’être chez toi quand c’est l’heure. Oui, parce que selon les pilules, on peut être à trois heures près! TROIS PUTAINS D’HEURES!

    Quand tu crois avoir trouvé la solu­tion (un anneau ou un DIU par exem­ple), t’entendre dire que c’est pas con­fort­able pour ton mec qui le sens au bout de son zizi. Parce que c’est con­fort­able pour toi d’avoir un corps étranger dans la foufoune.

    Après, t’as les femmes qui ne veu­lent pas d’enfant. Les pau­vres, IVG ou pas, on s’en fout, elle sont pas nor­males. Comme si tu ne deve­nais une vraie femme -et donc une vraie per­sonne entière - qu’après avoir chié par la moule un truc de la taille d’une pastèque.
    J’ai une copine de 29 ans, on lui rap­pelle régulière­ment qu’elle va bien­tôt être périmée si elle en sort pas un bien­tôt. A com­mencer par ses beaux-parents.

    Le monde dans lequel je vis laisse rêveur. Et on n’est pas sorti(e)s de l’auberge.

  35. Emelire says:

    Je me per­mets d’intervenir sur un sujet qui n’a rien à voir avec l’ivg sur ce lien, donc tu peux me mod­érer après lec­ture ;o) mais je me suis exprimée sur ce sujet sur mon blog, à ma manière et j’ai relayé ce blog IVG je vais bien merci, pour moi il est indis­pens­able que l’IVG existe et soit pra­tiquée au mieux des intérêts et de la santé des femmes. Et que les très jeunes sachent que cela existe, que c’est la porte de sec­ours, j’ai failli en finir parce que je ne le savais pas, mal­gré ma solid­ité, c’est très vieux heureuse­ment mais je n’ai pas oublié cependant.

    donc voilà rien à voir avec l’ivg… mais avec le traite­ment sex­iste autour de “l’affaire dsk” sig­na­ture et rassem­ble­ment (paris demain 22) si tu veux signer ou le relayer auprès de con­nais­sances fémin­istes, mais peut être es tu déjà au courant.…
    http://www.osezlefeminisme.fr/article/sexisme-ils-se-lachent-les-femmes-trinquent

  36. Isa says:

    Emelire: Oui mais… J’ai vu quelques noms des sig­nataires de cet appel et je ne les trouve pas engageants… Parmi elles des dames qui oeu­vrent pour ce régime, qui en vivent bien et qui con­sacrent ses effarantes dis­par­ités. Or si l’ivresse du pou­voir con­duit quan­tité d’hommes à nég­liger les femmes ou à en abuser, les grandes mis­ères por­tent des humil­i­a­tions et une oppres­sion qui favorisent mal­heureuse­ment le mau­vais traite­ment des femmes et les coups qu’elles reçoivent… Audrey Pul­var en parangon de la cause fémin­iste c’est schiz­o­phrénique.… Excusez du peu

  37. Matou says:

    Joli arti­cle, émouvant

    Mais je vais jeter un pavé dans la mare, car je me suis recon­nue dans les « je suis pour l’avortement MAIS ». Et pas loin du « je suis con­tre l’avortement mais ».

    Je vais essayer d’éviter de faire un cou­plet pro-vie, ce n’est pas mon but. Mais le fait est que je con­sid­ère l’embryon comme une per­sonne en devenir. C’est une con­vic­tion qui vient de mon éduca­tion religieuse (j’ai été une catholique jusqu’à mes 18 ans env­i­ron, je viens d’en fêter 20) et qui m’est restée par la suite. Absurde ? pas pour moi. Mais force est de con­stater que tout le monde ne pense pas comme moi.
    Ca me désole, mais je n’y peux pas grand-chose.

    Du coup je ne peux retenir mon malaise devant un blog comme celui des 343 salopes. Parce que beau­coup dis­ent ne s’être même pas posées la ques­tion. Et que je pense qu’il y a ques­tion, même si la réponse à apporter dépend de cha­cune (et cha­cun : il est regret­tabe que les hommes soient si sou­vent absents dans ces situations)

    Mais il est vrai que je ne peux pas affirmer que je n’avorterai jamais. je refuse les avorte­ments dits « de con­fort », où on aurait pu s’occuper de et aimer l’enfant. Mais aujourd’hui à 20 ans, en pleines études, si je tombe enceinte ? Je ne veux pas d’enfants. Mais je ne veux pas avorter non plus. Et ça m’étonnerait que ce soit si facile de faire comme Juno ou d’accoucher sous X. Alors je croise les doigts en avalant ma pilule.

    Est-ce que la reli­gion m’empêche de con­sid­érer l’avortement comme un droit ? Ou est-ce la société issue de la lutte fémin­iste qui m’empêche de voir l’avortement comme une abom­i­na­tion ? je ne sais pas, et ça m’est un peu égal. Je con­sid­ère l’avortement comme la pire des solu­tions, mais cela reste une solution.

    J’espère ne pas avoir fâché trop de monde ici, mais j’avais besoin de don­ner mon avis.

    • Mademoiselle S. says:

      je com­prends ce que tu écris.. mais j’y vois quelques inco­hérences. Tu sem­bles attacher beau­coup d’importance à « la vie »; mais en même temps, tu par­les d’avortements de « con­fort ». Eh bien je trouve que juste­ment, quand on attache beau­coup d’importance à « la vie », on n’appelle pas cette déci­sion du « con­fort » : est-ce du con­fort que de décider ce que sera sa vie ? C’est juste­ment ne pas pren­dre à la légère sa vie et celle d’un poten­tiel enfant ou comme tu le dis, d’une per­sonne en devenir, que de vouloir qu’il arrive dans les meilleures con­di­tions (ou pas, si l’on ne veut pas d’enfants). C’est juste­ment attacher beau­coup d’importance à « la vie » que de refuser qu’elle soit le jeu du hasard, d’une erreur, d’un oubli, et essayer de faire en sorte qu’elle s’inscrive dans une per­spec­tive sere­ine, un con­texte de désir d’enfant, d’amour. (ou sans désir d’enfants)
      Par ailleurs, ne pas hésiter à avorter n’est pas le signe d’une incon­séquence, ou d’un manque de réflex­ion. C’est sim­ple­ment que la déci­sion s’impose, est ferme, forte ; que le refus est sans appel ; que les femmes savent quelle vie elles veu­lent, pour elle et pour leurs enfants nés ou les futurs (ou sans enfant, toutes les femmes n’en veu­lent pas forcément).

      Je ne pense pas qu’il y ait de dif­férence entre ceux/celles qui sont « pour la vie » et les autres. Mais en revanche, je pense que nous n’avons pas la même con­cep­tion de « la vie ». Moi, et beau­coup de fémin­istes, pen­sons que les femmes peu­vent choisir une vie qui les épanouisse, sans devoir se soumet­tre au hasard d’une pilule inef­fi­cace ou d’un préser­vatif qui glisse ; sans devoir accueil­lir un enfant qu’elles n’ont pas désiré ; sans devoir sus­pendre leurs rêves pour un stérilet qui s’est déplacé ou une pilule oubliée.

      C’est très bien que tu aies donné ton avis. Peut-être que, si tu es un jour face à cette déci­sion, tu seras comme ces femmes qui pen­saient être « pour l’avortement, mais » (voire con­tre l’avortement) et qui face à une grossesse non désirée, se dis­ent immé­di­ate­ment « c’est impos­si­ble, je ne peux pas le garder ». J’espère qu’à ce moment là tu com­pren­dras intime­ment que la vie que nous souhaitons aux femmes, sur ce blog, c’est sim­ple­ment une vie qu’elles choi­sis­sent, c’est la pos­si­bil­ité de décider pour elles ce qu’elles jugent le meilleur, dans de bonnes con­di­tions, sans pres­sions, douleurs, angoisses. Parce que nous ne prenons pas à la légère le fait de s« occuper d’un enfant, de l’élever, de l’aimer. On ne fait pas ça avec plaisir sans l’avoir désiré. C’est, à mon sens, une grande mar­que de respect de « la vie ».

      • Matou says:

        Merci beau­coup de ta réponse Made­moi­selle S.

        Effec­tive­ment nous n’avons pas tout à fait la même con­cep­tion du mot « vie ». Tu l’entends dans le sens « pro­jet de vie » celui de la femme et de ses éventuels enfants, et moi dans un sens plus brut, biologique. Le foetus/l’embryon est là, il a une exis­tence plus tan­gi­ble que le sim­ple pro­jet (ou non-projet) d’enfant.

        Je pense que le hasard a une place fon­da­men­tale dans la vie (par exem­ple par les ren­con­tres). Il est vrai qu’en avor­tant, on peut réduire, élim­iner un fac­teur de hasard… Mais contrôlera-t-on sa vie pour autant ? Enfin, la ques­tion n’est pas vrai­ment là.

        Il y a des cas où l’arrivé d’un enfant boule­verserait tout, voire bris­erait des rêves : car­rière sportive, car­rière tout court, volonté de vivre sans con­traintes, his­toire sen­ti­men­tale com­pliquée… Mais j’ai l’impression que ce n’est pas la majorité. Je suis sur­prise, voire choquée que des femmes qui avor­tent aient un enfant à peine un an plus tard. Le faire venir un peu plus tôt que prévu aurait-il fon­da­men­tale­ment tout remis en cause ?
        Je suis évidem­ment mal placée pour juger, chaque his­toire est dif­férente, et il n’y a guère que la femme et son compagnon/co-géniteur pour savoir ce que l’arrivée d’un enfant chang­era. Et je n’ai moi-même jamais été dans cette sit­u­a­tion. Mais j’ai du mal à comprendre.

        Je lis par­fois des témoignages de femmes qui ont un enfant alors qu’elles ne s’y attendaient pas, voire dans des cir­con­stances dra­ma­tiques (viol). A chaque fois, l’enfant né est perçu comme un bon­heur, une rai­son de vivre. Aucune ne sem­ble regret­ter. Vous me direz, si elles dis­aient « Je regrette d’avoir eu cet enfant » elles seraient con­sid­érées comme des mon­stres… Tout au plus auraient-elles préféré qu’il arrive à un autre moment. Mais reviendraient-elles en arrière ? Appar­rement pas. Et l’avoir « à un autre moment », ce n’est plus avoir le même enfant.

        Mais je suis d’accord sur le fait qu’il faut défendre le droit à l’avortement, au nom de toutes celles (et ceux) qui ne peuvent/veulent faire autrement. Et refuser la cul­pa­bil­i­sa­tion gra­tu­ite qui ne fera jamais revenir l’embryon avorté. Mais si on pou­vait en même temps éviter de con­sid­érer l’IVG comme un sim­ple acte chirur­gi­cal, il me sem­ble qu’on aurait atteint un bon compromis.

        • Christine says:

          Donc en fait, que des femmes avor­tent sans s’en sen­tir coupables ça t’emmerde ?
          Tu es pour le droit à l’IVG seule­ment pour des raisons vrai­ment sérieuses, sérieux dont tu es bonne juge, pas les femmes con­cernées.
          Et si tu ne com­prends pas, c’est que tu n’es sen­si­ble qu’aux témoignages qui te par­lent de mater­nité heureuse.
          Tu bal­ances ta con­cep­tion morale (avoir un enfant c’est for­cé­ment telle­ment que du bon­heur que même après un viol, ça peut le faire) en faisant sem­blant d’être pour le droit à l’IVG
          T’es con­tre, faut assumer !

          • Matou says:

            On peut dire que je suis morale­ment con­tre. Ou que dans l’absolu je suis con­tre.
            Mais je suis pour la légal­ité de l’avortement sans con­di­tion. Je suis pour l’avortement quand le cou­ple ou la femme estime que c’est la seule solu­tion, sit­u­a­tion à laque­lle je risque d’être con­fron­tée moi-même un jour. Morale/Légistlation, absolu/relatif.

            Je n’ai pas à me porter juge des moti­va­tions de cha­cune pour avorter. mais je ne peux réprimer un fris­son d’autant plus fort que mon incom­préhen­sion est grande, de même que je ne peux retenir un fris­son devant le récit d’un fait divers.
            Mais pour répon­dre à Nath, je ne pré­tends décider pour per­sonne d’autre que moi-même.

        • Nath (encore une) says:

          Il est heureux effec­tive­ment qu’à chaque déc­la­ra­tion de grossesse on ne demande pas aux femmes (aux cou­ples ?) de cer­ti­fier que c’est une grossesse archive-volontaire ;-)

          Je respecte en effet a 100% le chem­ine­ment et la réflex­ion de quelqu’un qui con­sid­ér­erait, a l’instant t de sa pro­pre vie, le poids de cette vie poten­tielle vs le déroule­ment de sa pro­pre vie. Sa pro­pre vie, pas celle des autres. Je respecte celles qui déci­dent de trans­former cette grossesse en bébé, j’abhorre ceux et celles qui pré­ten­dent décider pour les autres.

  38. Chrysa says:

    EXCELLENT arti­cle !! Que ça fait du bien !! Bravo !! Et vive les 343 ! !

  39. Delphy says:

    C’est super ET ton arti­cle ET les commentaires.

  40. Jérémie says:

    Merci, texte très intéres­sant et instructif.

  41. c says:

    Et il n’y a pas que pour les IVG, la phar­ma­ci­enne m’a obligée à me jus­ti­fier pour daigner me ven­dre la pilule du lende­main, his­toire sûre­ment de me « respon­s­abiliser » et sur le coup, je n’étais pas vrai­ment à l’aise et je me suis sen­tie obligée de me jus­ti­fier comme une gamine prise en faute par un « c’est la pre­mière fois » alors que j’aurais du lui dire que cela ne la regar­dais pas… J’avais « fauté » et je devais cer­taine­ment selon elle adopter une mine con­trite de cir­con­stance et non pas un grand sourire…

  42. Thomas says:

    Bon­jour,
    Je suis arrivé sur cette page par hasard (via le blog de Tanxxx) et je me suis par­faite­ment reconnu dans « ceux et celles qui sont « pour le droit à l’avortement… mais »…« 
      Merci de me faire un peu réfléchir.
    J’ai les mains moites.
    Je me sens con.

  43. emilie says:

    je n’ai pas lu l’article en entier, je le ferai, mais un pre­mier com­men­taire quand même :

    Vous faites répon­dre à l’extrait de rue89 dans lequel quelqu’un parle de sa peur que les filles con­sid­èrent l’IVG comme un moyen de con­tra­cep­tion quelqu’un qui se choque qu’on puisse penser que les femmes soient aussi bêtes.

    vous serez sans doute d’accord que fille n’est pas séman­tique­ment égal à femme et par con­séquent cette réponse n’a rien de ras­sur­ant pour quelqu’un qui a peur pour les filles, dans la mesure où une fille qui pense l’avortement comme un moyen de con­tra­cep­tion a des chances de devenir une femme qui le pense aussi.

    • Yelle says:

      Et juste par curiosité, com­ment on passe de « fille » à « femme »? En couchant, en se mari­ant, en avor­tant, en accouchant, le per­mis, un boulot, en prenant la pilule, en n’oubliant pas la pilule, en ayant 18 ans, tout à la fois?
      Per­son­nelle­ment, j’utilise « fille » et « garçon » comme fam­i­lier de « femme » et « homme », et je suis sûre que je ne suis pas la seule.

  44. Lise-ou-Lili says:

    Je ne suis pas enceinte. La capote à craqué, j’ai pris la pilule du lende­main, mes règles ne sont pas arrivées et j’ai eu peur. Il y a eu les chu­chote­ments dans les couloirs du lycée, les « Qu’est-ce que tu vas faire si le locataire s’installe? » et les « J’crois que je serais inca­pable de m’en débar­rasser ». Il y a eu le sen­ti­ment d’être une trainée, ou quelque chose d’approchant, une mau­vaise fille ou une pau­vre conne irre­spon­s­able. Il y a eu le désir d’avoir cet enfant avec lui, aussi, ses excuses pour « avoir merdé », comme si il avait pu maitriser ce stu­pide bout de latex, son inquié­tude parce que je
    m’inquiétais et son aveu un peu hon­teux de s’être pris à espérer que je sois enceinte. On a 20 et 21 ans, je suis lycéenne et lui étudi­ant. J’ai été soulagée de ne pas être enceinte, pas seule­ment ni même prin­ci­pale­ment pour le choix que cela m’épargnait, je crois, mais aussi pour cette honte et cet échec que je n’avais pas à afficher.

    Ah mais ouais. Je suis pas par­ti­c­ulière­ment conne. J’ai pas mal agi. Je suis pas irre­spon­s­able. Ni coupable. Ah merde, c’est vrai, j’ai droit à une vie sex­uelle et j’ai pas à me jus­ti­fier pour une con­tra­cep­tion qui foire. Nom de Dieu, mes organes géni­taux ne sont pas livrés avec une notice d’utilisation indi­quant qu’ils sont faits pour la repro­duc­tion, qu’en faire usage pour des plaisirs dou­teux est tolérée, mais que l’opprobre sera méritée si jamais la nature reprend ses droits, car le cas échéant j’aurais failli.

    Merci pour cet arti­cle. J’ai envoyée paître la petite voix dans ma tête qui m’injuriait, j’ai rétabli à la place qu’elle avait usurpée le respect que je me dois.
    Si je tombe enceinte sans le vouloir, je sais pas quel choix je ferai. Mais ce sera la tête haute.

  45. De passage says:

    L’article date de quelque temps déjà mais je voulais réa­gir. Pour l’histoire : j’ai avorté. Il fai­sait soleil et j’étais plutôt joyeuse. J’ai passé la mat­inée au plan­ning, on m’a fait pren­dre deux petits cachetons, puis con­seillé de ren­trer m’enfermer, me reposer, atten­dre que « ça » tombe. Mais par ce soleil… je suis plutôt allée boire un verre en ter­rasse. C’est là que j’ai senti comme une petite bille dégringoler de l’intérieur de mon ven­tre, puis une grande chaleur : le sang. En réal­ité, j’étais plutôt fière de mon pan­talon tout crade, comme un éner­gumène qui refuse l’asile pour exhiber ce qui l’habite. Tout ça pour dire que l’avortement je l’ai très bien vécu. Les deux mois de grossesse aussi. Je ne voulais pas l’enfant, mais tant qu’il était là : j’en ai prof­ité. J’ai senti mon corps comme je l’avais jamais senti, avec un odorat et une sen­si­bil­ité démul­ti­pliés. J’étais émue par la vie qui se déploy­ait dedans : cette espèce de néces­sité, comme un signe de santé du corps. Mais la néces­sité, ce n’est jamais plus que la ren­con­tre de quelques hasards. Par hasard, j’ai croisé cet homme, par hasard c’était un jour de pleine lune, par hasard nous nous sommes aimés. Néces­saire­ment : homme + lune favor­able + amour = bébé. Et même si j’étais émer­veillé par ce qui se traquait au fond de mon ven­tre, avorte­ment sans scrupules, parce que ce n’était pas le moment. Mon émer­veille­ment, c’est ce que les médecins ne com­pre­naient pas. Effec­tive­ment, on vous prend pour une vic­time. On vous fait voir un psy­cho­logue pour « dédrama­tiser ». Mais pour dédrama­tiser, faut-il encore qu’il y ait drame ! Mon absence de drame et ma joie ont fait l’incompréhension du psy­cho­logue. A l’époque, j’ai juste pensé que ces gens étaient faibles : c’est-à-dire qu’obnubilés par le petit désagré­ment per­son­nel (prise de médica­ments, etc) ils ne savaient plus voir la grande vie (putain … c’est quand même incroy­able d’avoir un corps à même de don­ner la vie) De lire cet arti­cle je réalise que dans cette drama­ti­sa­tion de l’avortement, ce sont des ques­tions poli­tiques et idéologiques qui se jouent, et effec­tive­ment une con­cep­tion très con­ser­va­trice de la femme. Mais je reste sur ma pre­mière impres­sion car je crois que le prob­lème est plus pro­fond que ça, qu’il est surtout d’ordre exis­ten­tiel : aujourd’hui, les gens ne savant plus avoir le recul néces­saire sur leur petite vie per­son­nelle pour voir ce qu’il y a de beau­coup plus grand derrière !

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