Décomplexées !

Toutes les images utilisées dans l'articles sont extraites de l'anthologie "Le Torchon brûle", 6 volumes, parue en 2010. Cliquez sur l'image si vous voulez commander l'anthologie.

Bientôt un mois que le blog « IVG, je vais bien merci ! » recueille des témoignages de femmes. Il y a en a déjà plus d’une centaine, de quoi être littéralement enthousiasmée ! Et émue… aussi.

J’ai lu des témoignages qui m’ont  réellement touchés. J’aurais pu en écrire certains, utiliser exactement les mêmes mots pour décrire des situations identiques. J’ai été touchée de voir émerger des régularités : non, nous ne sommes pas toutes différentes, chacune reléguée et isolée dans notre tête, dans notre ventre. Oui, nous avons toutes emprunté des chemins similaires, entendu les mêmes phrases. Nous avons toutes compris qu’il ne fallait pas la ramener. Nous avons toutes justifié cette grossesse accidentelle, comme pour nous excuser d’avoir failli ; nous avons été obligées de souffrir, certaines l’acceptant comme une punition, d’autres se révoltant contre cette maltraitance médicale. Nous avons vécu des choses très proches, chacune isolée dans le silence, n’osant à peine en parler.

Image extraite de l'anthologie "Le Torchon brûle", 6 volumes, parue en 2010.

J’ai été touchée de constater que ces femmes venaient témoigner malgré la pression qui leur pèse sur les épaules : vouées à la maternité dans les médias et leurs familles, berçant du mioche depuis l’enfance, confrontées aux articles qui, année après année, décrivent l’avortement comme une atroce souffrance, elles sont pourtant venues affirmer leur choix, et dire « je vais bien, merci ! ».

Elles ont osé dire cela, elles ont osé parler de leur avortement sur un blog qui affiche des couleurs vives, gaies, et un ton différent de celui habituellement employé. Pas de petits bruits étouffés, de chuchotements et de mines déconfites. Ici, on sourit, on parle fort et on se permet de relever la tête. Cela ne va pas de soi.

Quand ce blog est né, on pouvait s’attendre à des réactions violentes d’anti-IVG. Mais ce qui est finalement le plus intéressant, ce sont les autres, ceux et celles qui sont « pour le droit à l’avortement… mais« … mais discrètement, pas sur un ton aussi « décomplexé », comme j’ai pu le lire sous la plume de quelques un.es.

Décomplexé ?

"La pilule oubliée, le stérilet s'est barré, le diaphragme mal placé"

Mais qu’est-ce qu’un ton « décomplexé » ? Un complexe est un « sentiment d’infériorité qui génère une conduite timide, inhibée. » (Petit Larousse, 2003). Une conduite inhibée, serait celle d’un « Individu complexé, impuissant à agir, victime de diverses inhibitions. » (Trésor)

Oups ! Voilà donc ce qui choque : nous avons cessé d’être inhibées et complexées. Nous avons cessé de nous regarder les pieds, nous avons eu l’outrecuidance de parler et d’agir ! Et c’est vrai que c’est inquiétant lorsqu’il s’agit de femmes. Parce que les femmes, on ne sait jamais ce qu’elles font quand on ne les contrôle plus. Si ? Ah oui, pardon, on le sait : elles vivent leur vie. C’est là que ça devient grave. Gravissime, même.

Un blog aussi décomplexé sur l’avortement me gêne un peu car j’ai peur que certaines jeunes filles se disent que ce n’est rien et qu’elle se mettent à considérer l’avortement comme un moyen de contraception. Ce n’en est pas un. Ça ne doit pas en être un. (…) ça ne doit pas être pensé comme « Oups j’ai pas de capote. Bah tant pis, au pire j’avorterais ! ». Comme si c’était banal. Comme si toutes les femmes le faisaient au petit dej, entre 2 tartines.
Et j’ai juste dit que j’avais peur (juste peur, j’ai pas dit que ça allait être forcément le cas) qu’avec un blog pareil, les jeunes filles se mettent à penser comme ça. (extrait d’un commentaire sur RUE89)

"Jules s'est pas retiré, la capote a crevé, le bidet, ça a raté..."

C’est LA GRANDE PEUR des « je suis pour le droit à l’avortement MAIS » : que les femmes se mettent à faire N’IMPORTE QUOI si on cesse de faire planer une ombre inquiétante sur l’IVG (un commentateur sur RUE89 se rassure tout de même : « la majorité des femmes ne sont pas si « bêtes ». » OUF !).

Comme si la culpabilisation des femmes contenait le recours à l’avortement, jouant comme un garde fou. Comme si les femmes agissaient en fonction de cette peur, tels des petits animaux craintifs.

Mais les femmes ont toujours avorté, et avorteront toujours.

Elles avortaient même quand elles risquaient la prison ou la mort. Elles avorteront même si vous les humiliez, même si vous leur faites payer par la douleur, même si vous les culpabilisez, même si vous les forcez à retourner sur la table de cuisine d’une faiseuse d’anges…

C’est ce qui dérange les tenants de « pour le droit à l’avortement MAIS ». Pour eux, l‘avortement, c’est mal et il faut tout faire pour l’éviter. Pour eux, si vous ne pensez pas que l’avortement est mal,  si vous ne dites pas, n’écrivez pas « oui, c’est mal », c’est que vous pensez forcément que c’est « génial » et qu’il faut courir se faire avorter tous les mois, en riant. Vous « banalisez » l’avortement.

La banalisation

Bref, je suis contre la banalisation de l’avortement… Je milite pour sa prise en charge, son encadrement, son remboursement, l’accompagnement des femmes dans les meilleurs conditions, sans culpabilisation, mais sans banalisation non plus ! (extrait d’un commentaire sur RUE89)

Dire « j’ai avorté et je vais bien », banaliserait donc l’avortement. Dire « j’ai avorté et j’en souffre » serait en revanche un comportement normal, en adéquation avec ce que l’on attend d’une femme qui a avorté : qu’elle ne dise rien, ou qu’elle porte son choix comme une croix.

On attend donc des femmes qui ont avorté qu’elles se taisent, ou au mieux qu’elles se lamentent. Parce que l’avortement, c’est mal, et qu’elle sont coupables. De quoi ? D’avoir fauté.

"Ah ! vraiment qu' c'est embêtant d'être toujours enceinte ! Ah ! vraiment qu' c'est embêtant tous ces avortements !!!"

Avoir fauté ne signifie plus « avoir eu des relations sexuelles hors mariage ». Cela ne signifie pas non plus « être tombée enceinte accidentellement et décider de poursuivre cette grossesse ».

Avoir fauté signifie « être tombée enceinte accidentellement et décider d’avorter ». Et comme les tenants de « pour le droit à l’avortement, mais » ont horreur de parler d’avortement, ils se concentrent alors sur la contraception.

La contraception, c’est un peu l’alpha et l’oméga de leurs discours.

Évidemment que la contraception est une question très importante. Mais l’avortement ne se résume pas à la question de la contraception. L’avortement, c’est la possibilité d’interrompre un processus biologique entamé, sur décision de la femme concernée. Point. Comme le dit Léa, sur le site « IVG, je vais bien merci ! » :

L’avortement « ce n’est pas une déro­ga­tion que l’on nous accorde, c’est un droit que l’on exerce. » (Léa)

Ce n’est pas une session de rattrapage pour mauvaises élèves, avec justificatifs et excuses à fournir. C’est un droit. Il est évidemment nécessaire que les femmes aient au mieux accès à la contraception, qu’elles puissent s’informer et être informées par des professionnels qui savent de quoi ils parlent [1. sur la formation des médecins, voir l’ouvrage de Maud Gelly Avortement et contraception dans les études médicales. Une formation inadaptée. Paris, L’Harmattan, 2006, 244 p ]. Cela signifie que les femmes doivent pouvoir choisir leurs contraceptifs, choisir d’en changer, choisir ce qui leur paraît le mieux adapté à leur vie, leur corps. [2. Concernant les différentes contraceptions  possibles, consulter le site http://www.choisirsacontraception.fr/ ]. Ce qui est encore loin d’être le cas.

"l'Angleterre c'est trop cher ! la Roumanie c'est fini / le persil inutile, et la sonde vagabonde."

Mais à propos de contraception et d’avortement, les discours les plus courants consistent à asséner  « qu’avec les moyens de contraception actuels », il faut presque le faire exprès pour « se retrouver enceinte accidentellement ».

Dans la bouche des femmes, il est particulièrement terrible d’entendre cela. Il y a des femmes persuadées qu’elles n’avorteront jamais, parce qu’elles contrôleront toujours parfaitement leur contraception. Que sur les 396 cycles qu’elles vont vivre de leur 17 à leur 50 ans, pas un ne donnera lieu à une grossesse non désirée, et qu’en conséquence, elles ne se retrouveront jamais à se demander « je le garde ou non ? ».

C’est pour les connes.

Moi aussi, je croyais ça. Petite prétentieuse que j’étais. Ce genre d’accident, dans ma tête, ce n’était que pour les imbéciles, les ignorantes, les connes, pour être claire.

Et pourtant, ça m’est arrivé, à moi. Je me suis « retrouvée enceinte », comme on dit.

« J’ai eu honte que ça m’arrive à moi, ingé­nieur de 23 ans. Quand j’écris ça je me rends compte du matra­quage que l’on subit : non les gros­sesses indé­si­rées n’arrivent pas qu’aux filles de 14 ans de milieux défa­vo­ri­sés ! ». Extrait du témoignage de Mathoo, sur le site « IVG, je vais bien, merci ! »

J’avais 17 ans, la loi Aubry permettant aux mineures d’avorter sans le consentement de leurs parents n’étaient pas encore passée. J’ai donc été obligée de leur en parler.

Ma mère était féministe. Mais elle a très mal pris la nouvelle. Pas question de me dire : « c’est un accident, ça arrive, on va trouver une solution, on s’est battus pour ça ! », non. J’ai eu le droit à une humiliation en règle : mais quelle abrutie faut-il être pour se retrouver enceinte avec les moyens de contraception actuels.

J’étais donc une abrutie. C’était la honte.

Mais il y a des tas de raisons pour que la contraception ne marche pas. Nous ne sommes pas des robots, et certaines d’entre nous ont moins le droit à l’erreur que d’autres.  Si certaines galèrent des mois voire des années pour être enceintes, pour d’autres, il suffit de pas grand chose. Une interaction avec un médicament, une pilule vomie, un décalage dans la prise, un oubli,  un préservatif qui glisse, une pilule du lendemain qui ne marche pas… Et PAF. Voilà. Parce que « C’est plus facile de devenir enceinte que l’inverse » :

Je ne vois pas pour­quoi je devrais me jus­ti­fier et expli­quer pour­quoi je suis tom­bée enceinte. Ne PAS tom­ber enceinte est dif­fi­cile, pas l’inverse. C’est vivre et faire l’amour des années sans tom­ber enceinte l’exception, pas l’inverse.
Mon mec ne se pose pas la ques­tion non plus, et pour­tant on était deux res­pon­sables, alors pour­quoi tout le monde me demande pour­quoi ou com­ment je suis tom­bée enceinte? (Que répondre: Un ange blanc? Un miracle? Du sperme dans l’eau de la pis­cine?? Mais non, j’ai fait l’amour, c’est dingue, tu connais d’autres moyens toi?) Extrait du témoignage de « C’est plus facile de devenir enceinte que l’inverse », sur le site « IVG, je vais bien, merci ! »

« Ce qui était plus dur à sup­por­ter, c’était le regard sup­posé des gens bien pen­sant prô­nant l’auto-responsabilité : si l’on avorte, c’est qu’on a fait quelque chose de mal. On n’a pas fait atten­tion, donc il faut bien en payer les consé­quences. Ça, ce sen­ti­ment dif­fus qui ne s’exprimait pas en paroles autour de moi mais que je sen­tais pré­sent, était déran­geant. »

Extrait du témoignage de M., sur le site « IVG, je vais bien, merci ! »

D’un point de vue technique…

"la quinine t'as bonne mine / le cheval c'est brutal / la seringue ça rend dingue / les tuyaux c'est bien beau !!"

D’un point de vue technique, tout s’est très bien passé. J’ai avorté sous anesthésie générale, par aspiration. Après l’opération, je me suis réveillée dans une sorte de placard à balais, sombre. Mon lit était disposé en travers de ce réduit, à côté du lit d’une femme d’une trentaine d’années. Elle m’a tenu la main, je crois que j’étais effrayée parce que c’était ma première « opération ».

Je n’ai pas eu mal, enfin pas plus que ça. Comme des grosses règles. Je ne crois pas qu’on m’ait donné ne serait-ce qu’un peu de paracétamol. J’ai pris un truc en rentrant à la maison. J’ai juste eu un petit malaise à cause de l’anesthésie. Dans la chambre, mon père était assis à côté de moi. Il n’a pas dit grand chose, j’ai vraiment eu le sentiment qu’il me soutenait, sans rien dire. Il m’a accompagné partout, avec ma mère.

L’ambiance a été assez terrible, par contre. La salle d’attente était un bout de couloir, dans lequel on avait disposé quelques chaises marronnasses entre deux portes. Toutes les filles avaient les yeux baissés, personne n’a dit un mot.

L’anesthésiste était hautain et dédaigneux, la psychologue (l’entretien pré-IVG étant obligatoire) [3. Depuis la loi Aubry, l’entretien dit « pré-IVG » n’est plus obligatoire pour les femmes majeures. Il reste en revanche obligatoire pour les femmes mineures] ne m’a rien dit d’autre que « oui, c’est difficile ». Pauvre conne. Moi j’étais en larmes. Ce n’était pas des larmes de tristesse, mais des larmes de colère. J’étais en colère parce qu’on m’avait traitée comme une débile, depuis le début parce que je n’avais pas pu prendre ma décision seule, parce que j’avais été obligée d’en parler à mes parents. Parce que je n’avais pas pu assumer tout cela dignement, calmement. Parce que ça avait fait toute une histoire, que ça avait pris des allures de faute, de péché, de drame.

J’étais en colère contre le gynécologue, qui m’a parlé comme à une trépanée puis qui a fait entrer trois internes pour venir se faire la main sur moi, jeune femme de 17 ans, nue, les jambes dans les étriers ; en colère contre la psychologue, aveuglée par sa croyance, qui ne m’a pas permis de dire ma colère, et qui m’a fait passer pour une pauvre chose à l’instinct maternel blessé ; en colère contre le géniteur, qui est resté au chaud, loin des conflits, et qui n’a rien assumé ; et enfin, en colère contre ma mère, qui a eu honte de moi… enfin, c’est ce que j’ai longtemps pensé.

Au début, si j’étais en colère contre la manière dont on m’avait traitée, je me suis rapidement mise à regretter, à me sentir mal, malheureuse, à penser tout le temps à cette IVG. J’ai été une traumatisée de l’avortement. J’étais certaine que si je tombais à nouveau enceinte accidentellement, je le garderais. J’étais certaine que je ne voudrais plus jamais avorter.

Et puis un jour, plus rien. En quelques jours, plus rien. Plus de larmes en en parlant, plus de doutes, plus de tristesse.

Moi, je me sens cou­pable d’être enceinte et de ne pas vou­loir le gar­der. Comme si j’étais lâche. Comme si, en avor­tant, je criais au monde entier mon irres­pon­sa­bi­lité et mon inca­pa­cité à avoir une sexua­lité maî­tri­sée. Comme si je n’étais pas digne d’être aidée après avoir fait un faux pas.

Et puis j’ai dans la tête tous les dis­cours : « une femme qui avorte ne s’en remet jamais vrai­ment », « c’est un ter­rible trau­ma­tisme », « une femme qui avorte est trop faible pour être mère un jour ». Ils sont forts, ces mots, mine de rien. Moi qui avais tou­jours pensé et dit que l’avortement est une chance pour grand nombre de femmes et de couples, qu’un enfant ça se désire, j’en étais à me lais­ser enva­hir par le doute : « et s’ils avaient rai­son ? et si je ne devais jamais m’en remettre? »

Le déclic vient d’un ami : sa mère a avorté long­temps avant de l’avoir et elle ne regrette pas, n’a jamais regretté, en a parlé avec ses enfants, et va bien, merci. Son récit dédra­ma­tise ma situa­tion, je réus­sis enfin à pen­ser à tout ça serei­ne­ment et à envoyer bala­der les doutes. Nous en par­lons aussi beau­coup avec mon copain : nous par­lons de nous, parents, dans le futur, quand nous serons mûrs pour ça. Nous avons besoin de temps. Tout s’éclaire enfin : ma déci­sion est prise. Et c’est parti.

Extrait du témoignage de Momo, sur le site « IVG, je vais bien, merci ! »

Je n’ai pas eu la chance d’entendre une femme dont le « récit dédra­ma­tise ma situa­tion ».  Je n’ai pas eu ce « déclic » là, mais j’en ai eu un autre. Il a fallu que  je découvre la sociologie, l’anthropologie et l’histoire, que je lise des auteures féministes pour démonter le mythe de l’instinct maternel, pour comprendre que la féminité et la masculinité n’avaient rien de « naturels », pas plus que la maternité, la reproduction, le « désir d’enfant »… ou l’avortement. C’est là que j’ai compris ce que signifiait « socialement construit ». J’ai compris qu’on pouvait ressentir très fort des choses qui ne sont en rien  « naturelles ».

Un miroir déformant

J’ai compris que ce qui était socialement construit pouvait être déconstruit. J’ai compris que la maternité, l’enfance, la représentation de la vie, de son début, avaient varié dans le temps, que tout cela s’était construit historiquement, que tout cela n’était pas « naturel », mais était bien le fruit d’une construction socio-historique. Que l’avortement n’avait pas toujours été condamné, réprimé.

J’ai compris qu’il n’y avait rien d’automatique, d’obligatoire et que je n’étais pas obligée de vivre cet avortement comme un drame. Je me suis demandée pourquoi je le ressentais comme ça. Et là, j’ai arrêté d’avoir mal et honte. J’ai eu l’impression d’avoir découvert le pot aux roses.

"Ah ! vraiment qu' c'est embêtant d'être toujours enceinte ! Ah ! vraiment qu' c'est embêtant tous ces avortements !!!"

Voilà le chemin que j’ai pris. Ça m’a fait l’effet d’une bonne claque, salutaire, libératrice.

J’ai éclaté de rire quand j’ai compris. Quel soulagement ! J’ai dit tout haut : je n’en voulais pas de cette grossesse ! J’ai bien fait d’avorter ! J’ai bien fait ! Jamais je n’avais voulu garder cette grossesse, jamais je n’avais eu de projet d’enfant avec le géniteur. Il était gentil, mais j’avais toujours su que ça ne durerait pas avec lui.

La colère ressentie pendant l’avortement est remontée. Non, je ne me sentais pas effondrée d’avoir avorté, j’étais en colère contre ceux qui m’avaient maltraités.

Comment avais-je pu oublier cela ? Comment avais-je pu étouffer cette colère pour finalement la retourner contre moi ?

Pour­quoi vivais-je l’avortement comme une tra­gé­die ? Certes, il y avait ces pro­blèmes phy­siques, dif­fi­ciles à sup­por­ter, mais si je n’avais pas inté­gré tous ces dis­cours mora­li­sa­teurs à pro­pos de l’avortement qui est *for­cé­ment* vécu comme une tra­gé­die, peut-être l’aurais-je vécu dif­fé­rem­ment. Vous par­lez de pro­phé­tie auto-réalisatrice sur votre site, c’est tout à fait cela. Ces dis­cours ont éveillé chez moi de la souf­france (…) Extrait du témoignage de M., sur le site « IVG, je vais bien, merci ! »

J’ai compris que cette maltraitance, ces discours sur l’avortement m’avaient isolée. Être en colère toute seule, ce n’est jamais facile. Je devais forcément me tromper. On me disait que j’avais mal agi, que j’avais fauté, et que l’avortement était dramatique psychologiquement. Tout était fait pour que je me sente mal, coupable, malheureuse. On écoute votre malheur quand vous avortez, pas votre colère d’être traitée comme de la merde. On vous tend un miroir déformant : vous vous y voyez comme une femme flasque, défaite, éparpillée sur le sol, brisée. Alors que vous essayez de lever le poing, on vous tend un mouchoir et on vous prédit les larmes.

On fait croire aux femmes que leurs choix, leur prise d’autonomie, leur liberté ne sont pas des preuves de force et de courage, mais des aveux de faiblesse, des actes qui vont engendrer de la souffrance ou des preuves d’immaturité ou de folie. Vous avez divorcé ? Vos serez malheureuse, seule, isolée, faible. Vous êtes sortie seule dans la rue la nuit ? Vous êtes inconsciente, vous cherchez les problèmes. Vous avez refusé d’avoir un enfant ? Vous êtes immature, vous allez souffrir et mourir seule dévorée par vos chats. Vous avez avorté ? Vous allez être marquée à vie.

J’étais donc très en colère, mais qui m’aurait écouté ? Et puis d’abord, quand on est en colère, c’est que quelque chose ne tourne pas rond, hein. Dans le fond, n’est-ce pas votre souffrance d’avoir avorté qui se traduit par cette colère ? N’avez-vous pas interprété le comportement des médecins ? Étaient-ils si désagréables ? Où avez-vous tout pris de travers PARCE QUE vous étiez malheureuse d’avorter ?

Quel aplomb faut-il à 17 ans pour dire : Mais merde ! Vous me traitez comme une coupable ! C’est vous le problème, pas moi.

Je me suis pourtant tournée et retournée, j’ai cherché des femmes en colère. Je n’en n’ai pas trouvé, à l’époque, avec mes petits moyens et mes petites lectures, dans le petit lycée de ma petite ville.

Et puis, il fallait garder le silence, ne pas en parler. Je devais vraiment avoir fait quelque chose d’atroce pour devoir me cacher. J’en ai parlé à une amie, qui m’a regardé comme la pire des merdes. Je me suis sentie en dessous de tout. Dix ans plus tard, elle est venue me voir affolée, parce qu’elle pensait être enceinte, et ne souhaitait pas le garder. Cela faisait dix ans que nous ne nous parlions plus. Je l’ai aidée quand même, sans lui dire « ah tu vois connasse, ça arrive à tout le monde ». Mais je l’ai pensé très fort.

Et puis j’ai pardonné. J’ai cherché un mot pour dire cela autrement. Mais c’est vraiment ça : j’ai pardonné. À ma mère, en tous cas. J’ai compris qu’elle avait été prise dans la même nasse que moi. Elle s’était sentie coupable de ne pas m’avoir protégée, d’avoir failli à son devoir de mère. Elle a dû se sentir extrêmement mal de me voir vivre ce qu’elle pensait être un affreux drame : l’avortement. Mais le drame, ça n’a pas été l’avortement mais bien la condamnation à vivre l’avortement comme un drame : on m’a fait perdre des années de ma vie à me sentir coupable, mal, honteuse et malheureuse. C’est ça qui attise toujours ma colère, bien vivace encore aujourd’hui, qui aiguise ma détermination.

Je suis émue de voir qu’il y a des femmes qui peuvent dire :

« J’ai 17 ans, je suis lycéenne et je ne regrette pas une seconde ma décision. » Lou.

« Je n’ai jamais regretté ce choix. Je sais que cer­taines per­sonnes m’en ont voulu. Je n’en ai rien à foutre. J’ai conservé ma liberté, mon indé­pen­dance. » Vanillette .

Je suis ravie de lire :

« s’il y a une pro­chaine fois et que je tombe encore sur une per­sonne comme cette sage-femme, je n’hésiterai plus à lui dire ce que je pense et à me défendre plus et lui dire : ÇA VA, JE VAIS BIEN, MERCI ! » Rosetta.

« aucun regret ni remords.… si, un seul, ne pas être retourné voir le pre­mier gynéco pour lui col­ler mon poing dans la gueule ! » Clémentine.

Je suis fière de lire :

« Merci à vous d’avoir fait ce site, s’il avait existé il y a quelques mois il m’aurait beau­coup aidé j’en suis sûre. » Angélique.

« Merci à ce blog d’exister, c’est un poids qui me tombe des épaules » Moi aussi.

« merci pour ce blog, ça me per­met de ne pas être déso­lée : non, je ne suis pas désolée ! » Lucie.

« Et merci, merci pour ce blog, parce que je com­prend que je ne suis pas un monstre de ne pas avoir de peine à avoir avor­té » Makous

Alors, oui… le blog a adopté une posture décomplexée. Certainement. C’est même le but : qu’une autre parole puisse émerger sur l’avortement. Que les femmes puissent engueuler les médecins qui les maltraitent, les copines qui les regardent de haut, et exercer leur droit sans baisser la tête.

Grâce à des femmes qui ont pris le temps d’écrire, de penser, de militer, de mettre les pieds dans le plat, je peux dire : j’ai avorté, et je vais très bien, merci ! Comme le dit une femme dans un témoignage : « je vais bien quand je vois qu’il y’a de l’espace pour les filles qui gueulent.  »

Avorter a même été une des meilleures décisions que j’ai pu prendre, un des actes volontaires les plus importants pour moi : refuser un destin qui s’imposait à moi, prendre ma vie en main, me laisser le temps de faire des études, de devenir indépendante.

Si j’étais à nouveau face à une grossesse non désirée, là, actuellement, je ferais le même choix. J’avorterais. Mais cette fois-ci, je serais armée pour faire face à l’échographiste, le gynécologue, l’infirmière ou la copine hautaine. Je leur dirais très clairement : « Je vous emmerde ».

 

Notes :

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105 réponses à Décomplexées !

  1. Antisexisme dit :

    Très bon article

    A noter que dans le cas des IVG (pas des IMG), le système nerveux du fœtus n’est pas encore fonctionnel. On peut donc difficilement parler d’une personne à proprement parler.

    « mais quelle abru­tie faut-il être pour se retrou­ver enceinte avec les moyens de con­tra­cep­tion actuels. »
    C’est très bien de le rappeler : même bien pris, aucun moyen de contraception n’est fiable à 100% et ce ne sont pas seulement les idiotes qui tombent enceintes !
    Le préservatif, ça peut casser facilement
    Et la pilule, il faut surtout pas oublier de la prendre ! et ça, c’est difficile ; je pense que c’est arrivé à toutes les femmes au moins une fois…
    A noter qu’il existe des pilules pour hommes qui sont bcp plus pratique, puisqu’avec une seule prise, l’effet contraceptif s’étend jusqu’à 6 mois. Pourtant, les études de marché montrent que les gens n’en veulent pas (peur d’une perte de virilité ?) et elles ne sont donc pas commercialisées… :(

  2. lilou dit :

    oui, mille fois oui. Je suis pour l’avortement, pour qu’il soit accompagné, remboursé, organisé, je fais chaque jours le choix de travailler dans un planning familial qui veut que les femmes, quel que soit leur âge et leurs raisons de ce choix soit respectées et médicalement accompagnée. Mon « MAIS  » est un peu différent, j’ai du mal à l’exprimer: j’ai juste parfois l’impression que certaines femmes sont déçues/incomprises dans leur souffrance à travers notre démarche. Peut être sont-elles juste étonnées de ne pas être culpabilisées, je ne sais pas. Mais j’entends leur douleur, sans savoir comment y faire face.
    L’avortement est un droit, en parler est aussi un droit. chacun qui y est confronté à le droit d’être entendu dans son ressenti, quel qu’il soit.

    • Mademoiselle S. dit :

      évidemment.
      Il y a des femmes pour lesquelles la décision est compliquée parce que leur vie l’est : elles n’ont pas de perspectives, un enfant leur donnerait une raison de vivre/ elles voudraient cet enfant mais le futur père n’est plus là, déjà marié, n’en veut pas, le couple se délite etc.
      Et puis, il y a la pression à la maternité, la pression sur le traumatisme supposé que crée l’IVG. Comment le vivre bien, si on ne voit pas de femmes qui l’ont bien vécu ? Si les modèles d’épanouissements de femmes sont uniquement/surtout ceux de femmes qui ont des enfants ? Pas de figures, pas de possibles.

      Il n’est pas question de remplacer une discours par un autre, de remplacer le discours de femmes qui ont souffert par le « je vais bien », mais de faire émerger une AUTRE parole, de sortir du discours unique, justement.
      Quand il sera possible de dire qu’on va mal ou qu’on va bien, là on pourra dire qu’on entend « cha­cunE dans son ressenti, quel qu’il soit. »…

  3. Isa dit :

    C’est l’évidence, le risque de minimiser l’avortement. Prendre rendez-vous avec un médecin, lui expliquer la tête haute, payer la consultation, se rendre à l’hôpital, ouvrir les jambes, une anesthésie générale ne présente jamais aucun risque et se faire aspirer un embryon de vie par le minou c’est Disneyland! C’est la teuf globale! C’est coolos, c’est chouettos! C’est les vacances à Ibiza l’hôpital avec tous ces gens au teint buriné dans leur chambre et cette odeur de plage dans les couloirs!
    Je propose de rendre l’usage des mitraillettes fréquent. Au point où nous en sommes des conversations devraient pouvoir se régler ainsi.
    Samedi soir une jeune fille extraordinairement belle se confiait à moi. Son père qui avait fort bien réussi professionnellement et qui avait amassé une sacrée fortune, avait tendance à défouler la violence cumulée et contenue pendant le travail, sur sa fille. La dernière fois il lui a pété la mâchoire. Il y a trois ans cette fille était d’une grande froideur et elle est reparue complètement désinhibée, souriante, communicative et ainsi fort belle. J’étais ému de la trouver ainsi d’autant qu’à l’évidence c’est parce qu’elle s’était émancipée de la tutelle familiale. Seule ombre au tableau elle a pour copain un jeune homme dont je me demande quelle sorte de sympathie on peut éprouver pour lui. Il a le regard éternellement noir, ne parle jamais, il semble toujours vous accuser et j’avais déjà ressenti chez lui, voilà trois ans,une personnalité assez fourbe. De fait il avait abusé un peu plus tard d’une jeune fille de 15 ans. Pas exactement un viol mais il a profité qu’elle s’était évanouie pour la désaper et quand elle s’éveillait il avait mis ses doigts dans sa vulve. Elle a eu une espèce de « black out » mais elle se souvient qu’elle avait repoussé ses avances. Je pense que la jeune fille nouvellement épanouie est venue chercher une caution morale samedi soir quand elle s’est confiée à moi. Mais que fait-elle avec ce type? Il est beau voilà tout?

  4. Christine dit :

    Ben alors Isa, tu trouves ça désagréable quand les femmes exercent leurs droits SANS SOUFFRIR ? Les femmes tu les aimes jeunes, belles et malheureuses ?

  5. Laurence dit :

    Excellent article.
    ça me fait du bien de lire ça.
    merci, merci !!

  6. Yelle dit :

    Ils sont salés les commentaires de rue89! Honte sur vous, néo-féministes branchouilles libérale-libertaires extrémistes qui tuez des bébés et poussez à l’utilisation massive de l’avortement comme moyen de contraception! (quel age il a cet argument?)

  7. Floppy dit :

    Je n’ai jamais avorté mais je suis très émue en lisant cet article: vous êtes très fine, Mademoiselle.
    « Alors que vous essayez de lever le poing, on vous tend un mouchoir et on vous prédit les larmes. » Cette phrase illustre parfaitement le sentiment que je peux éprouver au quotidien face à des gens bien intentionnés qui veulent absolument trouver dans ma colère une explication psychologique dramatique… Et c’est là que la colère ne cesse de prendre de l’ampleur, que je commence à avoir du mal à m’exprimer… et qu’on me taxe d’hystérique!

  8. aléatoire dit :

    Un site dédié à une autre parole taboue :

    SANS ENFANT VOLONTAIREMENT :
    http://childfree.moonfruit.fr/#/childfree/2672511

    Pour ce qui concerne l’IVG, cette fameuse « semaine de réflexion obligatoire » appliquée à toutes les femmes sans distinction, c’est un pur scandale. Je fais partie de ces femmes QUI NE VEULENT PAS D’ENFANTS. point barre. Que certaines femmes aient besoin de « réfléchir » et bien soit, elles prennent le délai qu’elles veulent. Mais l’appliquer à toutes les femmes qui avortent c’est du totalitarisme, et un contrôle sur notre corps par la société qui est INACCEPTABLE. Je sais pas s’il y a des volontés politiques de revoir ce délais obligatoire et de l’éradiquer, mais ce serait JUSTICE que d’enlever cette épreuve moralisatrice et insupportable qui nous est fait.

  9. Isa dit :

    Le commentaire de Christine m’est incompréhensible. Je n’ai malheureusement pas l’esprit aussi corrompu… Mais il me semble que je discerne à travers ses mots quelques traits de flétrissures qui me rappellent le portrait de Dorian Gray….
    Pour répondre à antisexisme et bien que je rechigne à l’exégèse. Mais à une époque où les gens ne lisent pas, « l’analphabétisme » oblige à des explications de textes du niveau du collège… nous dirons que l’insistance sur sa beauté marque l’émotion et il est vrai que le fasciste ne s’émeut plus, il parle et il agit « utile »… Par ailleurs insister sur cette émotion signifiait qu’elle avait beaucoup changé depuis la première fois. La parole libérée et les actes libres (sa rupture avec son père) y sont pour beaucoup. Quel rapport? Un élève de 6ème qui voit le mot « décomplexé » le trouverait sans peines, de même qu’il trouverait quantité de liens …
    Ce qui est drôle c’est qu’un pitoyable con qui s’extasie devant une beauté qui lui est inacessible et qui conçoit de l’émotion pour une femme effectivement « décomplexée », ce pitoyable con suscite les railleries des sexistes et des piques des féministes. Ce qui tend à prouver que sexistes et féministes ont en commun le mépris du pauvre con. C’est tout à fait dans l’époque…

    • antisexisme dit :

      Je suis peut-etre analphabete mais au moins mes phrases comportent une proposition principale… Et quand j’essaye d’argumenter, j’avance des faits verifiables et je tente d’etre concise. J’evite en general de me lancer dans une logoree ecoeurante et remplie de mepris. En attendant j ai toujours pas compris en quoi l’apparence de votre interlocutrice importait tant, ni le lien clair avec l’IVG. Surement parce que je ne suis pas assez maligne pour comprendre votre prose subtile et profonde.

  10. La Sonate à Kreutzer dit :

    Cette initiative semble tout à fait féconde.

    Mademoiselle joint son expérience à celle de ses camaradEs, merci pour cela !

    Si ce blog a permis de libérer la parole des femmes, régulièrement invitées à se taire ou à se déplorer – si possible pour longtemps, dans leur corps et leur psyché – qu’il, soit le bienvenu !

    J’imagine que les instigatrices de ce collectif ont à ferrailler avec de multiples professionnel(es), auxquel(les) l’idée de cette libératrice initiative n’est pas venue, et pour cause ! Sur ce sujet, je suis persuadé que l’on doit retrouver la même fermeture, opérée par le professionnalisme, que dans le champ politique classique, même si les sus-cité (és) (pure convention d’écriture, je suis convaincu que sur ce « segment », les meilleures ennemiEs sont des femmes, bien assises comme il faut dans La Contraception).

    C’est un peu marrant, pour tout dire, que Le Planning, ne soit pas dans le « coup », mais peut-être a-t-il signé sur Osez le Féminisme… qui m’a tout l’air d’être piloté par quelque socialiste en mal de quelque sujet « social »… Requiem pour celles-là…

    Oui, l’avortement est un fait social, et au moins, vous avez E. Durkheim avec vous.

    Solidairement;
    La Sonate à Kreutzer.

    • Mademoiselle S. dit :

      Beaucoup de militantes du planning ont signé la pétition.
      L’initiative des filles des 343 est spontanée, par d’organisations derrière nous.

      « je suis con­va­incu que sur ce «seg­ment», les meilleures enne­miEs sont des femmes, bien assises comme il faut dans La Contraception » : c’est bien ce qui me désole le plus…

      • aléatoire dit :

        «je suis con­va­incu que sur ce «seg­ment», les meilleures enne­miEs sont des femmes, bien assises comme il faut dans La Con­tra­cep­tion»

        c’est ce qui me scotch aussi. J’ai essayé de parler de cette pétition à une copine…même pas pu terminer ma phrase, elle s’est levée et m’a interdit d’en dire d’avantage. J’étais en train d’essayer de lui parler de cette semaine obligatoire de réflexion, que j’estime être une torture quand la décision est urgente et ferme, attendre que ce truc soit enlevé, attendre pendant 8 jours quand la grossesse va à toute allure, attendre pendant que les seins sont en train d’exploser, que toutes les odeurs écœurent, qu’on est crevée, attendre dans l’angoisse que sa vie soit foutue en l’air si ça part pas dans les délais… De quel droit la société m’a imposé cette semaine de torture.

        Je vous remerciais jamais assez Mademoiselle d’avoir initié cette pétition et cette parole. Merci à vous et a toutes celles qui gèrent magnifiquement cette initiative.

        • Mademoiselle S. dit :

          merci pour les encouragements. Et pas de découragements !
          ça me scotche aussi, mais comme le dit Christine, ces femmes sont prises dans ces discours dramatisants et culpabilisants, elles aussi.

  11. Isa dit :

    Antisexisme: Je suppose…. Et ce n’est pas du mépris mais un humour corrosif. J’apprécie beaucoup l’invraisemblable incapacité de mes semblables à lier les choses entre elles. C’est un exercice de logique qui suppose qu’on ait lu plutôt que d’avoir pratiqué l’informatique. Quelques auteurs avaient vu venir qu’on manquerait de logique à l’avenir.
    Voulez-vous vraiment que je vous explique ce qui relie le mot « décomplexé » dans les deux cas: IVG et mon épisode de jeune fille battue? Comment voulez-vous que je vous explique autrement que par des mots qu’on puisse ressentir une émotion si grande de voir une jeune fille, autrefois froide et distante, désormais libérée, amicale, souriante parce qu’elle est « décomplexée » et déculpabilisée? Mon quiqui en érection ferait-il l’affaire? Il faudra que j’y pense la prochaine fois: les mots n’étant rien dans la civilisation de l’image une photographie de ma zezette en érection illustrera mieux l’émotion. Et dites madame ne vous arrive-t-il jamais de trouver une extraordinaire beauté dans la mutation d’un être humain? Quand il est manifestement plus amical, plus chaleureux et d’autant plus que vous pourriez l’avoir mal jugé en ignorant pourquoi il était si froid de prime abord? Tu veux des tofs poulettes?

  12. Isa dit :

    Erratum: il ne fallait pas dire « les féministes » mais « DES féministes »

  13. Mademoiselle S. dit :

    Bon ! Je n’aime pas le travail de modération, mais il serait bien que vos engueulades ne découragent pas ceux qui ont envie de dire quelque chose sur l’IVG, par exemple. Donc stop. On s’arrête là.

    • SupaMémé dit :

      Je laisse rarement des commentaires mais des fois c’est plus fort que moi…
      Je ne comprends pas la présence de Isa sur ce site, il est tout simplement dégoutant!

      Voilà bonne journée!

      Sinon beau travail les meufs!

      • Mademoiselle S. dit :

        Un peu compliqué. Pour le connaître, je sais qu’il se fait mal comprendre, ici.. alors que ce qu’il est et pense n’est pas du tout en contradiction avec moi, nous. Bref, compliqué, pour moi. Et je comprends.
        Mais on s’arrête là pour les commentaires, sinon ça dérape encore plus, je commence à avoir l’habitude.

  14. Christine dit :

    A propos des meilleures ennemies bien assises sur la contraception. Peut-être qu’elles sont seulement victimes du discours « une IVG c’est un drame » et qu’elles n’arrivent pas à en sortir, et que du coup pour défendre le droit à l’IVG elles se sentent socialement obligées d’en rajouter dans le « mais la contraception c’est mieux ». Peut-être qu’elles ont aussi besoin d’un coup de mains pour assumer d’être pro-IVG sans conseils complémentaires…

    Les ennemis restent en priorité les religieux de tous bords. Et les hommes qui dirigent les religions.

    • Mademoiselle S. dit :

      Qu’elles soient enfermées par ce discours, pas de doutes. Qu’elles acceptent d’entendre autre chose, certaines peut-être… certaines, peut-être.

    • celba dit :

      Je ne vois pas pourquoi les religieux seraient les ennemis en priorité. Les ennemis ce sont les adversaires du droit à l’avortement, point barre. Pourquoi y aurait-il des raisons plus valables que d’autres d’être contre le droit à l’avortement, c’est ridicule. Après, qu’on fasse la différence entre les hommes et les femmes qui sont contre ce droit, je comprends mais entre les religieux ou les non religieux, c’est clairement pas la question ici.

  15. jean dit :

    Salut,
    super les illustrations, vous avez une version audio de cette magnifique reprise de Je n’suis pas bien portant?

    Jean

  16. Lorni thorinque dit :

    ***Je lis sou­vent des références à cette fameuse pilule pour homme, mais de ce que j’en ai lu pour le moment aucune solu­tion util­is­able n’a été trou­vée, on en serait au mieux au stade des tests. Alors est-ce qu’une autre source d’info existe ?***

    D’après mes lectures ,Daniel Welzer lang et qqs. comparses ont essayés la pilules pour hommes dans les années 80( je crois me souvenir) . A leur satisfaction .
    Cependant, à l’époque ,il n’y avait pas grande demande de la part des hommes et l’essai à été abandonné.
    Un des commentaire pour cet abandon à été:On ne touche pas au corps des hommes.
    Si de plus en plus d’hommes seraient demandeurs d’une contraception masculine je pense qu’il devront l’exiger …

    Pourquoi ne pas créer un collectif ^^

    • Romane dit :

      Que les mecs soient pas demandeurs en tant que tels, soit. Mais rien n’est jamais fait pour les y inciter. Or, si on s’y prenait dans les règles de l’art, je suis persuadée qu’un certain nombre d’hommes ouvrirait la voie. Ce n’est pas impossible. Faudrait pê commencer par en débattre, quitte à ce que ça foute le boxon. Mais ça finira tjs par rentrer dans les caboches. Mais bon, dans un avenir lointain…

  17. mouais dit :

    Au nom de la moralité, on empêche la science d’avancer & de nous guérir… il y a des solutions puor le cancer bcp moins contraignante qu’une chimio mais non les bien pensants préfèrent laisser crever les cancéreux pendant des années… Vivement que les politiques soit touchés par les pires maladies qu’on puisse espérer un peu de bon sens… (film à voir sur le sujet > 8eme Wonderland … film pourrit … mais concept pas mal)

  18. Isa dit :

    Il y a mieux que la pillule contraceptive: Lysistrata d’Aristophane: http://fr.wikipedia.org/wiki/Lysistrata

    Personnellement ça ne me dérange pas, j’ai pas fourré depuis 2003.
    Je suis l’incarnation de la méthode contraceptive la plus efficace; je suis fort laid! Ah ah ah!

    Si vous aimez les chansons détournées, vous en avez de fameuses (dans les milieux anarchistes) et d’excellentes (pour tous) ici: http://fr.wikipedia.org/wiki/Pour_en_finir_avec_le_travail

  19. Isa dit :

    Toutes mes excuses Mademoiselle S… Mais quand je me montre un tantinet émotif, sensible et romantique, certaines de vos consoeurs me piquent. Me voilà dans l’obligation de faire insincèrement mon mâle pour en imposer… Il vaut encore mieux passer pour un mâle dominant, haï et méprisé que pour une lopette sentimentale… La crainte des baffes fait fermer les gueules… Je sais qu’en votre présence je pourrai libre cours à ma sensibilité. Mais vous êtes rare….

  20. lilou dit :

    Je ne me suis pas très bien exprimée, mais je suis contente de voir que mademoiselle S. a bien compris: je suis issue de la génération des décomplexées, de celles qui ont eu la chance d’avoir des parents clairs et respectueux , de celles qui le vivent très bien et ont choisi d’en faire un métier. Du coup, j’ai parfois du mal à comprendre les autres, celles qui culpabilisent, avec des arguments que je ne comprends pas.
    Par contre, je me permets d’insister: l’on peut entendre chacun, pas seulement chacune.
    Beaucoup d’hommes se posent des questions. Je les entends, je tente de les comprendre. Ils ont aussi le droit à la parole, même s’ils n’ont pas droit au choix qui n’engage que nos coprs de femme!

    • Mademoiselle S. dit :

      bien entendu.

      J’aurais dû écrire chacun.e ou chacun(e) ou chacun/chacune, j’ai écris chacunE comme ça. c’était pour dire chacun / chacune.

  21. Christine dit :

    L’idée de ne pas « fourrer » pour remplacer la pilule contraceptive est plutôt une bonne idée (à part qu’être fourrée n’est effectivement pas une perspective hyper excitante ;-)) Mais oublions cette petite question de vocabulaire…

    On peut aussi penser une sexualité sans coït, ce qui a le mérite de libérer l’imagination…

    • Yelle dit :

      J’imagine un cours d’éducation sexuelle ou le prof promouvrais le sexe oral et la sodomie. J’imagine aussi les hordes de parents déchaînés. (quand on voit que la peep digère mal qu’on puisse donner la pilule à leur gosse sans la bénédiction des parents…)
      Non, la solution, c’est de convaincre Hollywood de rendre glamour les « alternatives ». Si ça marche, dans 30 ans le mec qui préfère le sexe vaginal (même sans reproduction souhaitée) passe pour un pervers et/ou un homme des cavernes. Et dans 40 ans ça revient à la mode comme LE truc exotique et dangereux (donc excitant) de la décennie.

  22. sean dit :

    Salut,

    Je n’ai pas mis mon témoignage sur le site « je vais bien, merci », mais j’ai avorté, et je vais bien, merci. Sauf que j’étais de l’autre côté de la canule, et que j’y retournerai bientôt.
    Ce qui veut dire : je n’ai pas avorté moi-même, mais j’ai avorté d’autres femmes. Et je vais bien, merci. Pas de cauchemars, pas de culpabilité.
    Seulement la question à chaque fois que je recevais une femme en consultation ou pour l’écho : est-ce que je me comporte bien ? Y at’il une seule bonne façon de se comporter quand on est le médecin qui reçoit une femme qui veut avorter ? Comment faire pour la laisser choisir de voir la grossesse sur l’écho si elle le veut, comment faire pour ne pas minimiser ses douleurs, comment savoir si elle souffre moralement ?
    Cet acte est banal pour moi. Parce que j’y ai réfléchi avant de décider de pratiquer des « IVG » (c’est plus beau qu’avortement, non ? c’est moins connoté, y a moins d’affect, c’est plus technique…). La décision a été rapide : pourquoi obliger une femme à avoir un enfant, avec tout ce que cela implique, alors qu’on a les moyens de lui permettre de choisir si elle en veut vraiment un, et quand elle le veut. Il est banal également parce que c’est un petit acte chirurgical (ou médical) que les gynécos réalisent régulièrement, que ce soit pour des avortements, ou pour des fausses couches (qui sont, en fait, également des avortements, mais non choisis). Et d’un point de vue médical, c’est un acte majoritairement bénin : très peu de complications.
    S’il est banal pour moi, il ne l’est pas forcément pour d’autres femmes. Notamment parce que ce n’est pas moi qui prends la décision, je n’apporte que le support technique. Notamment parce que je ne subis pas la pression sociale, ou la « prophétie ». Notamment parce qu’elles ne le pratiquent pas tous les jours (vu le temps que ça prend, tant mieux).
    Et donc, dans ma pratique quotidienne, je jongle souvent entre différents comportements, parce que j’aimerais bien ne pas aggraver/générer la souffrance (c’est à dire la douleur morale) d’une femme, mais ne pas non plus banaliser la démarche si la femme qui est en face de moi souffre. C’est dur de ne pas avoir un discours unique, mais ce blog « je vais bien merci » va beaucoup m’aider, sûre.

    Sinon, quand j’étais bébé-doctoresse, j’y ai eu droit, à toutes ces remarques bien nulles (et de la part du personnel médical, hein) : « avec tous les moyens de contraception qu’on a, tomber enceinte, faut l’faire » ou « faut pas non plus que ça devienne une contraception » (bon techniquement, ça ne sera jamais une contra-ception, puisque ça vient après la con-ception, justement), « ah bah voilà qu’elle chiale maintenant, fallait y penser avant d’avorter ! » ou d’autres trucs aussi géniaux (!) les uns que les autres.

    Mais parler de l’avortement, ne pas le cacher, ne pas en faire un truc honteux, ça aidera à changer des choses. Bravo à celles qui le font, et soutien à celles qui n’osent pas du fait des réactions des gens en face.

    • Amélie dit :

      Moi non plus je n’ai pas (encore) publié mon témoignage sur le blog mais j’ai aussi avorté et je vais bien ! Je voulais dire un grand merci à Sean pour son intervention, parce qu’au gré des conversations que j’ai pu suivre sur le net concernant l’IVG je n’ai quasiment jamais lu de « témoignage » de quelqu’un de l’autre côté de la canule, justement !
      J’ai trouvé ce témoignage très intéressant parce que j’ai souvent eu envie, depuis mon avortement, d’en parler avec des « professionnels », d’entendre leur vécu de l’avortement, pas pour savoir ce qu’ils en pensent mais pour discuter de ces expériences qu’on vit (ou qu’on a vécues) en commun, chacun depuis un côté du tuyau.

      Quand je suis « tombée » enceinte, c’était à moitié par étourderie, à moitié par flemme, et surtout parce qu’après plus de 10 ans de vie sexuelle « pilulée » mais pas hyper sérieuse (avec de nombreux oublis) ça ne m’était jamais arrivé, et j’en étais venue à penser que j’étais peut-être stérile (pour des raisons médicales, on m’avait dit que c’était possible).
      Bref, donc c’était peut-être aussi inconsciemment à moitié pour « tester » ma capacité biologique à être enceinte, et tester également la réaction de mon partenaire. J’avais un réel désir d’enfant, mon compagnon pas du tout, il était même complètement contre (aux dernières nouvelles). J’ai ressenti tout d’abord une grande culpabilité d’être « tombée » enceinte alors que j’avais les moyens de l’éviter, et limite d’avoir provoqué la situation.
      Au bout de 10 jours passés à tourner en rond tous les deux, mon compagnon et moi, chacun coincé dans nos petites pensées, nous avons décider d’appeler à l’aide les pro : le planning familial.
      Je précise que nous étions des grandes personnes de plus de 30 ans, stables et tout, et que ce cliché du « planning familial c’est fait pour les petites ados paumées qui n’ont pas d’autres solution » me collait au cerveau (re-culpabilité) et c’est mon compagnon qui m’a poussée à aller plus loin que le bout de mon nez.
      Là nous avons rencontré des conseillères extraordinaires, qui nous ont aidés à créer un espace de discussion où lui et moi nous avons pu trouver ensemble le chemin qui nous paraissait le bon. C’est dans ce bureau du planning familial que j’ai entendu mon amoureux me dire qu’il n’avait finalement rien contre le fait de faire un enfant avec moi, mais qu’il aurait préféré un autre moment. Pour moi (et mon désir de faire un enfant avec lui) c’était la révélation du millénaire !
      Et c’est d’autant plus génial que cette conversation sur l’IVG ait été tournée, grâce à l’écoute et à la compétence de ces conseillères, dans une direction positive (au sens « trouver une solution qui soit la bonne pour tous les deux, sans que l’un des deux ait l’impression de se faire avoir »).
      Ces conseillères (on en a rencontré deux différentes) m’ont montré à quel point ma culpabilité d’être enceinte changeait ma perception de mon désir d’enfant, et m’empêchait de voir la réaction de mon ami. Je leur suis très reconnaissante d’avoir su me montrer que malgré mes 30 ans, ma pilule et mes soi-disant connaissances en contraception, j’avais tout de même ma place en face d’elles, en train de demander de l’aide, et que j’avais le droit, malgré mon désir « dans l’absolu » d’enfant de remettre en question cette grossesse pourtant désirée, de préférer l’IVG. Que ce n’était pas de la schizophrénie, ni un avortement de confort.

      Bref, par la suite (je vais pas tout raconter, c’est trop long) nous avons pris notre décision, nous avons été très bien aiguillés, reçus, conseillés, renseignés.
      Le jour J la sage-femme qui nous a accueillis nous a tout bien expliqué, elle m’a également prévenue avec beaucoup de douceur « je vais sans doute vous faire pleurer » : sans trop savoir ce qu’elle entendait par là, ça m’a aidée. Je me suis sentie autorisée à me sentir peinée et triste. Ma décision avait été si difficile à prendre que je m’étais blindée pour ne plus ressentir la moindre chose, pas la moindre tristesse, j’avais peur en me laissant aller de laisser entrer un doute, une autre culpabilité.
      Ces sentiments contradictoires étaient hyper fatigants, presque impossibles à exprimer. Alors de l’entendre me dire ça, dans cette chambre d’hôpital tranquille où il n’y avait que mon compagnon et moi, ça m’a incroyablement aidée à pleurer, à passer le cap.
      Je me rappelle assez bien de l’intervention en elle-même, même si j’étais un peu shootée : peu de personnes dans la salle (au bloc, j’imagine), beaucoup de calme et d’apaisement, des voix rassurantes… j’ai entre autres le souvenir précis du gynéco-obstétricien qui m’a « aspirée » me dire « Vous avez été formidable, madame, bravo » quand tout était fini.
      Cette phrase m’est revenue plusieurs jours après, et ne m’a pas quittée depuis.

      Du coup, mon expérience de l’IVG a été un réel accompagnement dans une décision qui a été la mienne. Je n’ai rencontré que des professionnels ultra compétents et très à l’écoute, et je les remercie infiniment.

      Depuis j’ai souvent envie de parler de cette période, comme d’un tournant très positif dans ma vie, même si c’était un cap difficile à passer et pour moi, et pour mon ami. Quand j’aborde le sujet, les gens qui m’entourent sont d’abord un peu tendus, mais ça passe. C’est quand même encore délicat pour moi de dire naturellement dans une conversation au café devant les copains « ah ben ouais en mai 2009 on y était pas à l’anniv de Machin, rappelle-toi chéri, on a avorté ».

      Ceci dit, je me bats encore un peu avec ma culpabilité, parce que j’ai beau la ramener, je l’ai encore pas raconté à ma mère, par exemple…

    • Mademoiselle S. dit :

      Merci Amélie pour ce témoignage. Ton témoignage serait très précieux au blog « IVG, je vais bien », si tu souhaites voir comment participer, tu peux écrire en te rendant ici. http://blog.jevaisbienmerci.net/nous-contacter/

    • Mademoiselle S. dit :

      Merci sean !
      Ce serait un plaisir d’avoir ta participation au blog « IVG, je vais bien »…

  23. Get72 dit :

    Moi aussi, j’avorte « de l’autre côté de la canule », ou juste du bureau dans mon cas (sage-femme, je n’ai pas le droit pour l’instant de pratiquer l’ivg chirurgicale, seulement la médicamenteuse). Et j’en suis très fière, parce qu’au sein d’un milieu médical frileux sur le sujet, où le manque de rentabilité de l’acte cache des réticences autrement plus profondes à pratiquer les ivg, je le fais par conviction, malgré les regards de travers.
    Je rejoins tout à fait sean sur cette difficulté à être dans un accompagnement juste, qui laisse la place autant aux femmes qui souffrent qu’à celles qui vont très bien. J’essaye de faire attention à tous mes mots, parce qu’il suffit de rien pour blesser la femme en face de moi. Je justifie mes questions, pour qu’elles ne soient pas prises comme des inquisitions ou des demandes de justification mais pour les propositions d’aide qu’elles sont.

    Sachez qu’un mail circule entre défenseurs médicaux acharnés de l’ivg pour faire connaître votre initiative. Sobre et efficace : « Je vous propose d’aller surfer sur ce blog.
    Un encouragement magistral pour nous autres avorteurs de choc. »

    • Mademoiselle S. dit :

      Merci Get72. C’est vraiment chouette que les deux côtés de la canule s’expriment… On sent qu’il n’y a pas que les femmes qui se trouvent soulagées de pouvoir parler différemment de l’avortement. Ce serait bien que vous puissiez participer, vous aussi au blog. Vous pouvez nous écrire ici : http://blog.jevaisbienmerci.net/nous-contacter/

      Et merci pour ce témoignage.

  24. Iyhel dit :

    Concernant la contraception masculine, il n’existe pas aujourd’hui de contraceptif comparable à la pilule, du moins aussi fiable ; les effets « secondaires » inhérents à toute bidouille hormonale de l’organisme sont également plus visibles à priori, d’où le peu de développements dont la pilule masculine fait l’objet. (la maternité c’est sacré, la virilité apparente aussi, peut-être même plus…)
    Le RISUG s’apparente plus aux dispositifs intra-utérins mais pour en bénéficier, à part en profitant d’un voyage en Inde, sous nos longitudes c’est mission impossible.
    Reste la vasectomie, très répandue dans les pays anglo-saxons, pas beaucoup en France ; elle est légale depuis 1999 (avant en tant que mutilation, même volontaire, elle était proscrite) mais plutôt découragée, probablement comme la ligature des trompes, du fait de son irréversibilité quasi-totale et d’autant plus que l’homme est plus ou moins fertile jusqu’à sa mort. Je ne désespère pas de tomber un jour sur un médecin français avec qui en parler sans q’il me prenne pour un détraqué.

  25. Jamed Lavy dit :

    « Il est évidemment nécessaire que les femmes aient au mieux accès à la contraception, qu’elles puissent s’informer et être informées par des professionnels qui savent de quoi ils parlent 1. Cela signifie que les femmes doivent pouvoir choisir leurs contraceptifs, choisir d’en changer, choisir ce qui leur paraît le mieux adapté à leur vie, leur corps. 2. Ce qui est encore loin d’être le cas ».

    > Et arrêter de foutre des centaines de barrières à toutes celles qui veulent une contraception définitive (Essure, ligature voire hystérectomie), qu’elles soient jeunes, en couple, nullipares ou pas. Il y en a qui sont tombées enceintes faute de pouvoir trouver une personne à l’écoute, capable de simplement (!) respecter leurs choix… et la loi.

  26. Isa dit :

    @ Get72: Vous avez, si j’ose dire, mis le doigt dessus: « où le manque de rentabil­ité de l’acte cache des réti­cences autrement plus pro­fondes à pra­ti­quer les ivg »
    Les chiffres sont en effet d’une grande commodité et la guerre des chiffres est piégeuse, parce qu’elle ne révèle pas les sous bassements idéologiques du pouvoir comme la critique sociale, la littérature et la poésie se proposent de le faire.
    La rentabilité est un des arguments des chiffres, autrement dit de la primauté de l’économique sur l’homme. Mais j’ai toujours pensé, contrairement à beaucoup de militants, que le règne de l’économique cache de profondes raisons psychologiques et je ne pense pas que l’indifférence qu’on a coutume de corréler à l’économique, est aujourd’hui la profonde raison psychologique de ce règne. Le film de Pasolini « Salo » révèle plus explicitement les sous bassements psychologiques de la bourgeoisie et de son pouvoir. J’ai pour ma part commis une « discipline de la haine » qui se propose d’aller plus avant dans l’exploration des mécanismes psychologiques qui sous tendent le pouvoir dans la société spectaculaire et marchande. Je ne pense qu’on puisse aujourd’hui régner sans proprement jouir et il suffit de voir ce qu’implique ce règne pour faire plus présumer de la jouissance infini du pouvoir en face de la souffrance.

  27. Michelle dit :

    J’ai beaucoup apprécié votre explication sur cette « construction socio-historique » et c’est bien là où le bât blesse. Je suis décue de constater que certaines femmes de ma génération n’ont pas inculqué à leur progéniture les valeurs que nous avions, à l’époque, tant défendues entre autres, ne pas être obligées de se marier ni d’avoir des enfants à tout prix sauf si tel est leur choix. Il est regrettable que certaines jeunes-femmes ne soient pas mieux « armées » et qu’elles ne revendiquent pas, au sein de leur couple, leurs droits de femmes. J’ai lu des commentaires d’hommes sur des sites féministes qui m’ont sidérés. En 40 ans, certains n’ont, décidément, rien compris. L’éducation arriérée et dépassée par des mères qui auraient dû redresser la barre, est-elle encore et toujours d’actualité? Je me dis parfois que les combats que nous avons menés n’auront servi à rien!

  28. Yelle dit :

    Ça ne concerne pas la France mais beaucoup de choses sont pertinentes:
    http://jezebel.com/5798180/truefax-about-abortion

  29. Marguerin dit :

    Merci Mademoiselle pour cet article puissant qui me touche autant sur le fond, of course, que dans cette leçon de militantisme et d’éveil politique que tu donnes: quand tu parles de tes 17 ans et tout, je me reconnais tellement là-dedans!! La nécessité de s’armer intellectuellement, de se regrouper, de se donner de la force, du courage etc… Merci! 😉 Amitiés queer et révolutionnaires

  30. PS dit :

    merci merci merci merci, ad.lib.

  31. Je m’excuse de venir m’esbaudir sur la forme de ton article alors que nous causons d’un sujet sérieux mais je l’ai trouvé remarquablement bien structuré. On suit ton cheminement perso et on s’instruit au passage tout en réfléchissant à sa propre posture, y’a pas à dire, voilà de la lecture active. De quoi aussi ouvrir les yeux sur ce qui manque cruellement à de nombreux articles prétendument de fond (en particulier concernant lafâme) : la parole des intéresséEs. Un grand bravo à toi pour ce travail.
    Je crois que ce qui m’a fait du bien en te lisant, c’est de pouvoir dépasser la posture défensive du moment (des luttes difficiles mais pas vaines, cf. la réouverture du centre IVG de Tenon à Paris après des mois de mobilisation, yes !) et réfléchir à TOUT ce qui reste encore à faire pour améliorer l’existant.
    Perso, depuis mon adolescence, l’expression réac d’IVG « de confort » m’a toujours mise en colère. Cette image de femme qui va à son centre IVG avec sa carte fidélité… La tentation d’y opposer la souffrance des femmes qui avortent n’est pas bête, mais tu replaces les causes au bon endroit : l’avis de la société entière qui spécule sur ce qui t’arrive, la supposée « faute », c’est là qu’il est, le poids. Tu le montres superbement. Merci pour ton témoignage.

  32. Bernard Bel dit :

    Un article remarquable et de formidables témoignages ! Qui vont dans le sens de la liberté de choix si souvent bafouée quand elle percute avec les croyances et les « valeurs » conservatrices, encore plus quand elle est revendiquée par des femmes…

  33. Gabibou dit :

    Quel soulagement de lire un tel article! Et quel soulagement de découvrir que des gens ont osé affronter l’opinion populaire pour ouvrir ce blog!
    Je ne suis jamais tombée enceinte involontairement, et n’ai jamais été confrontée, dans mon entourage proche à un cas d’avortement, et mon désir le plus cher est d’avoir un jour un enfant. Et pourtant, lorsque le sujet arrive au détour d’une conversation, j’ai ressenti instinctivement cette colère que vous décrivez, la culpabilisation que le monde impose à la femme, l’impression qu’elle est la seule « fautive », alors qu’il faut être deux pour faire un enfant, et la manière dont elles sont rabaissées, foulées aux pieds comme des moins que rien, ou alors prises en pitié avec une pathétique écœurante… Alors que ces filles ont besoin d’aide, de soutien et de compréhension, pas qu’on se mouche dans leur jupon ou qu’on leur crache à la figure!
    Alors oui, je suis pour l’avortement, comme un droit inaliénable, et sans restriction, car personne, éduqué ou pas, ne peut s’imaginer qu’il peut être agréable ou « pratique » de se faire avorter. Je ne pense donc pas qu’on puisse tomber dans l’excès en le confondant avec un moyen de contraception.
    Vous me direz sans doute que n’étant pas concernée, je suis à des km de prendre conscience du poids que la civilisation impose à ces jeunes femmes. Sans doute. Mais ce sont ces témoignages et ce genre de blogs qui me permettront de prendre pleinement conscience de leur situation, et qui, à terme du moins je l’espère, aideront le monde à avancer dans sa vision de l’avortement.
    Merci pour elles, mais surtout merci pour nous tous!

  34. Tout mon soutien à ces femmes trop connes pour se rendre compte de la chance immense qu’elles ont de bénéficier de moyens de contraception certes imparfaits, mais bon elles vont pas se plaindre, déjà qu’on ne les oblige plus à rester à la maison avec une tripotée de mioches.

    J’ai du mal à comprendre que l’on puisse imaginer un instant qu’une personne normale et pas maso préfère se fader les entretiens psychologiques, le risque de ne pas rentrer dans les délais, l’humiliation des personnels de santé moralisateurs et de l’entourage, les règles qui durent deux semaines, plutôt que de prendre un truc aussi simple que la pilule. A ces gens, j’ai envie de leur demander : vous pensez pas que si c’était aussi simple, l’IVG ne serait pas nécessaire?

    Le choix que l’on nous donne aujourd’hui, c’est prendre un médoc qui peut te couper la libido, te filer de l’acné jusque dans le cul, te rendre les cheveux tellement gras qu’effectivement, t’as un effet contraceptif immédiat puisque t’as pas envie. Et comme ça au moins, t’avorte pas grosse conne. Sauf qu’il faut gérer la vie de couple, quand t’as jamais envie, ou seulement pendant tes règles.

    Je mets au défi n’importe quelle personne de ne jamais jamais jamais oublier sa pilule (ou la sortir un jour de gastro, que ce soit en gerbant ou en se tapant une grosse courante). Partir en vacances, et devoir, toujours, se ballader avec son portable et son sac, parce que t’as besoin de ta pilule et du réveil pour te la rappeler. Ou structurer tes journées pour être sure d’être chez toi quand c’est l’heure. Oui, parce que selon les pilules, on peut être à trois heures près! TROIS PUTAINS D’HEURES!

    Quand tu crois avoir trouvé la solution (un anneau ou un DIU par exemple), t’entendre dire que c’est pas confortable pour ton mec qui le sens au bout de son zizi. Parce que c’est confortable pour toi d’avoir un corps étranger dans la foufoune.

    Après, t’as les femmes qui ne veulent pas d’enfant. Les pauvres, IVG ou pas, on s’en fout, elle sont pas normales. Comme si tu ne devenais une vraie femme -et donc une vraie personne entière – qu’après avoir chié par la moule un truc de la taille d’une pastèque.
    J’ai une copine de 29 ans, on lui rappelle régulièrement qu’elle va bientôt être périmée si elle en sort pas un bientôt. A commencer par ses beaux-parents.

    Le monde dans lequel je vis laisse rêveur. Et on n’est pas sorti(e)s de l’auberge.

  35. Emelire dit :

    Je me permets d’intervenir sur un sujet qui n’a rien à voir avec l’ivg sur ce lien, donc tu peux me modérer après lecture ;o) mais je me suis exprimée sur ce sujet sur mon blog, à ma manière et j’ai relayé ce blog IVG je vais bien merci, pour moi il est indispensable que l’IVG existe et soit pratiquée au mieux des intérêts et de la santé des femmes. Et que les très jeunes sachent que cela existe, que c’est la porte de secours, j’ai failli en finir parce que je ne le savais pas, malgré ma solidité, c’est très vieux heureusement mais je n’ai pas oublié cependant.

    donc voilà rien à voir avec l’ivg… mais avec le traitement sexiste autour de ‘l’affaire dsk’ signature et rassemblement (paris demain 22) si tu veux signer ou le relayer auprès de connaissances féministes, mais peut être es tu déjà au courant….
    http://www.osezlefeminisme.fr/article/sexisme-ils-se-lachent-les-femmes-trinquent

  36. Isa dit :

    Emelire: Oui mais… J’ai vu quelques noms des signataires de cet appel et je ne les trouve pas engageants… Parmi elles des dames qui oeuvrent pour ce régime, qui en vivent bien et qui consacrent ses effarantes disparités. Or si l’ivresse du pouvoir conduit quantité d’hommes à négliger les femmes ou à en abuser, les grandes misères portent des humiliations et une oppression qui favorisent malheureusement le mauvais traitement des femmes et les coups qu’elles reçoivent… Audrey Pulvar en parangon de la cause féministe c’est schizophrénique…. Excusez du peu

  37. Matou dit :

    Joli article, émouvant

    Mais je vais jeter un pavé dans la mare, car je me suis reconnue dans les « je suis pour l’avortement MAIS ». Et pas loin du « je suis contre l’avortement mais ».

    Je vais essayer d’éviter de faire un couplet pro-vie, ce n’est pas mon but. Mais le fait est que je considère l’embryon comme une personne en devenir. C’est une conviction qui vient de mon éducation religieuse (j’ai été une catholique jusqu’à mes 18 ans environ, je viens d’en fêter 20) et qui m’est restée par la suite. Absurde ? pas pour moi. Mais force est de constater que tout le monde ne pense pas comme moi.
    Ca me désole, mais je n’y peux pas grand-chose.

    Du coup je ne peux retenir mon malaise devant un blog comme celui des 343 salopes. Parce que beaucoup disent ne s’être même pas posées la question. Et que je pense qu’il y a question, même si la réponse à apporter dépend de chacune (et chacun : il est regrettabe que les hommes soient si souvent absents dans ces situations)

    Mais il est vrai que je ne peux pas affirmer que je n’avorterai jamais. je refuse les avortements dits « de confort », où on aurait pu s’occuper de et aimer l’enfant. Mais aujourd’hui à 20 ans, en pleines études, si je tombe enceinte ? Je ne veux pas d’enfants. Mais je ne veux pas avorter non plus. Et ça m’étonnerait que ce soit si facile de faire comme Juno ou d’accoucher sous X. Alors je croise les doigts en avalant ma pilule.

    Est-ce que la religion m’empêche de considérer l’avortement comme un droit ? Ou est-ce la société issue de la lutte féministe qui m’empêche de voir l’avortement comme une abomination ? je ne sais pas, et ça m’est un peu égal. Je considère l’avortement comme la pire des solutions, mais cela reste une solution.

    J’espère ne pas avoir fâché trop de monde ici, mais j’avais besoin de donner mon avis.

    • Mademoiselle S. dit :

      je comprends ce que tu écris.. mais j’y vois quelques incohérences. Tu sembles attacher beaucoup d’importance à « la vie »; mais en même temps, tu parles d’avortements de « confort ». Eh bien je trouve que justement, quand on attache beaucoup d’importance à « la vie », on n’appelle pas cette décision du « confort » : est-ce du confort que de décider ce que sera sa vie ? C’est justement ne pas prendre à la légère sa vie et celle d’un potentiel enfant ou comme tu le dis, d’une personne en devenir, que de vouloir qu’il arrive dans les meilleures conditions (ou pas, si l’on ne veut pas d’enfants). C’est justement attacher beaucoup d’importance à « la vie » que de refuser qu’elle soit le jeu du hasard, d’une erreur, d’un oubli, et essayer de faire en sorte qu’elle s’inscrive dans une perspective sereine, un contexte de désir d’enfant, d’amour. (ou sans désir d’enfants)
      Par ailleurs, ne pas hésiter à avorter n’est pas le signe d’une inconséquence, ou d’un manque de réflexion. C’est simplement que la décision s’impose, est ferme, forte ; que le refus est sans appel ; que les femmes savent quelle vie elles veulent, pour elle et pour leurs enfants nés ou les futurs (ou sans enfant, toutes les femmes n’en veulent pas forcément).

      Je ne pense pas qu’il y ait de différence entre ceux/celles qui sont « pour la vie » et les autres. Mais en revanche, je pense que nous n’avons pas la même conception de « la vie ». Moi, et beaucoup de féministes, pensons que les femmes peuvent choisir une vie qui les épanouisse, sans devoir se soumettre au hasard d’une pilule inefficace ou d’un préservatif qui glisse ; sans devoir accueillir un enfant qu’elles n’ont pas désiré ; sans devoir suspendre leurs rêves pour un stérilet qui s’est déplacé ou une pilule oubliée.

      C’est très bien que tu aies donné ton avis. Peut-être que, si tu es un jour face à cette décision, tu seras comme ces femmes qui pensaient être « pour l’avortement, mais » (voire contre l’avortement) et qui face à une grossesse non désirée, se disent immédiatement « c’est impossible, je ne peux pas le garder ». J’espère qu’à ce moment là tu comprendras intimement que la vie que nous souhaitons aux femmes, sur ce blog, c’est simplement une vie qu’elles choisissent, c’est la possibilité de décider pour elles ce qu’elles jugent le meilleur, dans de bonnes conditions, sans pressions, douleurs, angoisses. Parce que nous ne prenons pas à la légère le fait de s »occuper d’un enfant, de l’élever, de l’aimer. On ne fait pas ça avec plaisir sans l’avoir désiré. C’est, à mon sens, une grande marque de respect de « la vie ».

      • Matou dit :

        Merci beaucoup de ta réponse Mademoiselle S.

        Effectivement nous n’avons pas tout à fait la même conception du mot « vie ». Tu l’entends dans le sens « projet de vie » celui de la femme et de ses éventuels enfants, et moi dans un sens plus brut, biologique. Le foetus/l’embryon est là, il a une existence plus tangible que le simple projet (ou non-projet) d’enfant.

        Je pense que le hasard a une place fondamentale dans la vie (par exemple par les rencontres). Il est vrai qu’en avortant, on peut réduire, éliminer un facteur de hasard… Mais contrôlera-t-on sa vie pour autant ? Enfin, la question n’est pas vraiment là.

        Il y a des cas où l’arrivé d’un enfant bouleverserait tout, voire briserait des rêves : carrière sportive, carrière tout court, volonté de vivre sans contraintes, histoire sentimentale compliquée… Mais j’ai l’impression que ce n’est pas la majorité. Je suis surprise, voire choquée que des femmes qui avortent aient un enfant à peine un an plus tard. Le faire venir un peu plus tôt que prévu aurait-il fondamentalement tout remis en cause ?
        Je suis évidemment mal placée pour juger, chaque histoire est différente, et il n’y a guère que la femme et son compagnon/co-géniteur pour savoir ce que l’arrivée d’un enfant changera. Et je n’ai moi-même jamais été dans cette situation. Mais j’ai du mal à comprendre.

        Je lis parfois des témoignages de femmes qui ont un enfant alors qu’elles ne s’y attendaient pas, voire dans des circonstances dramatiques (viol). A chaque fois, l’enfant né est perçu comme un bonheur, une raison de vivre. Aucune ne semble regretter. Vous me direz, si elles disaient « Je regrette d’avoir eu cet enfant » elles seraient considérées comme des monstres… Tout au plus auraient-elles préféré qu’il arrive à un autre moment. Mais reviendraient-elles en arrière ? Apparrement pas. Et l’avoir « à un autre moment », ce n’est plus avoir le même enfant.

        Mais je suis d’accord sur le fait qu’il faut défendre le droit à l’avortement, au nom de toutes celles (et ceux) qui ne peuvent/veulent faire autrement. Et refuser la culpabilisation gratuite qui ne fera jamais revenir l’embryon avorté. Mais si on pouvait en même temps éviter de considérer l’IVG comme un simple acte chirurgical, il me semble qu’on aurait atteint un bon compromis.

        • Christine dit :

          Donc en fait, que des femmes avortent sans s’en sentir coupables ça t’emmerde ?
          Tu es pour le droit à l’IVG seulement pour des raisons vraiment sérieuses, sérieux dont tu es bonne juge, pas les femmes concernées.
          Et si tu ne comprends pas, c’est que tu n’es sensible qu’aux témoignages qui te parlent de maternité heureuse.
          Tu balances ta conception morale (avoir un enfant c’est forcément tellement que du bonheur que même après un viol, ça peut le faire) en faisant semblant d’être pour le droit à l’IVG
          T’es contre, faut assumer !

          • Matou dit :

            On peut dire que je suis moralement contre. Ou que dans l’absolu je suis contre.
            Mais je suis pour la légalité de l’avortement sans condition. Je suis pour l’avortement quand le couple ou la femme estime que c’est la seule solution, situation à laquelle je risque d’être confrontée moi-même un jour. Morale/Légistlation, absolu/relatif.

            Je n’ai pas à me porter juge des motivations de chacune pour avorter. mais je ne peux réprimer un frisson d’autant plus fort que mon incompréhension est grande, de même que je ne peux retenir un frisson devant le récit d’un fait divers.
            Mais pour répondre à Nath, je ne prétends décider pour personne d’autre que moi-même.

        • Nath (encore une) dit :

          Il est heureux effectivement qu’à chaque déclaration de grossesse on ne demande pas aux femmes (aux couples ?) de certifier que c’est une grossesse archive-volontaire 😉

          Je respecte en effet a 100% le cheminement et la réflexion de quelqu’un qui considérerait, a l’instant t de sa propre vie, le poids de cette vie potentielle vs le déroulement de sa propre vie. Sa propre vie, pas celle des autres. Je respecte celles qui décident de transformer cette grossesse en bébé, j’abhorre ceux et celles qui prétendent décider pour les autres.

  38. Chrysa dit :

    EXCELLENT article !! Que ça fait du bien !! Bravo !! Et vive les 343 ! !

  39. Delphy dit :

    C’est super ET ton article ET les commentaires.

  40. Jérémie dit :

    Merci, texte très intéressant et instructif.

  41. c dit :

    Et il n’y a pas que pour les IVG, la pharmacienne m’a obligée à me justifier pour daigner me vendre la pilule du lendemain, histoire sûrement de me « responsabiliser » et sur le coup, je n’étais pas vraiment à l’aise et je me suis sentie obligée de me justifier comme une gamine prise en faute par un « c’est la première fois » alors que j’aurais du lui dire que cela ne la regardais pas… J’avais « fauté » et je devais certainement selon elle adopter une mine contrite de circonstance et non pas un grand sourire…

  42. Thomas dit :

    Bonjour,
    Je suis arrivé sur cette page par hasard (via le blog de Tanxxx) et je me suis parfaitement reconnu dans « ceux et celles qui sont « pour le droit à l’avortement… mais »… »
    Merci de me faire un peu réfléchir.
    J’ai les mains moites.
    Je me sens con.

  43. emilie dit :

    je n’ai pas lu l’article en entier, je le ferai, mais un premier commentaire quand même :

    Vous faites répondre à l’extrait de rue89 dans lequel quelqu’un parle de sa peur que les filles considèrent l’IVG comme un moyen de contraception quelqu’un qui se choque qu’on puisse penser que les femmes soient aussi bêtes.

    vous serez sans doute d’accord que fille n’est pas sémantiquement égal à femme et par conséquent cette réponse n’a rien de rassurant pour quelqu’un qui a peur pour les filles, dans la mesure où une fille qui pense l’avortement comme un moyen de contraception a des chances de devenir une femme qui le pense aussi.

    • Yelle dit :

      Et juste par curiosité, comment on passe de « fille » à « femme »? En couchant, en se mariant, en avortant, en accouchant, le permis, un boulot, en prenant la pilule, en n’oubliant pas la pilule, en ayant 18 ans, tout à la fois?
      Personnellement, j’utilise « fille » et « garçon » comme familier de « femme » et « homme », et je suis sûre que je ne suis pas la seule.

  44. Lise-ou-Lili dit :

    Je ne suis pas enceinte. La capote à craqué, j’ai pris la pilule du lendemain, mes règles ne sont pas arrivées et j’ai eu peur. Il y a eu les chuchotements dans les couloirs du lycée, les « Qu’est-ce que tu vas faire si le locataire s’installe? » et les « J’crois que je serais incapable de m’en débarrasser ». Il y a eu le sentiment d’être une trainée, ou quelque chose d’approchant, une mauvaise fille ou une pauvre conne irresponsable. Il y a eu le désir d’avoir cet enfant avec lui, aussi, ses excuses pour « avoir merdé », comme si il avait pu maitriser ce stupide bout de latex, son inquiétude parce que je
    m’inquiétais et son aveu un peu honteux de s’être pris à espérer que je sois enceinte. On a 20 et 21 ans, je suis lycéenne et lui étudiant. J’ai été soulagée de ne pas être enceinte, pas seulement ni même principalement pour le choix que cela m’épargnait, je crois, mais aussi pour cette honte et cet échec que je n’avais pas à afficher.

    Ah mais ouais. Je suis pas particulièrement conne. J’ai pas mal agi. Je suis pas irresponsable. Ni coupable. Ah merde, c’est vrai, j’ai droit à une vie sexuelle et j’ai pas à me justifier pour une contraception qui foire. Nom de Dieu, mes organes génitaux ne sont pas livrés avec une notice d’utilisation indiquant qu’ils sont faits pour la reproduction, qu’en faire usage pour des plaisirs douteux est tolérée, mais que l’opprobre sera méritée si jamais la nature reprend ses droits, car le cas échéant j’aurais failli.

    Merci pour cet article. J’ai envoyée paître la petite voix dans ma tête qui m’injuriait, j’ai rétabli à la place qu’elle avait usurpée le respect que je me dois.
    Si je tombe enceinte sans le vouloir, je sais pas quel choix je ferai. Mais ce sera la tête haute.

  45. De passage dit :

    L’article date de quelque temps déjà mais je voulais réagir. Pour l’histoire : j’ai avorté. Il faisait soleil et j’étais plutôt joyeuse. J’ai passé la matinée au planning, on m’a fait prendre deux petits cachetons, puis conseillé de rentrer m’enfermer, me reposer, attendre que « ça » tombe. Mais par ce soleil… je suis plutôt allée boire un verre en terrasse. C’est là que j’ai senti comme une petite bille dégringoler de l’intérieur de mon ventre, puis une grande chaleur : le sang. En réalité, j’étais plutôt fière de mon pantalon tout crade, comme un énergumène qui refuse l’asile pour exhiber ce qui l’habite. Tout ça pour dire que l’avortement je l’ai très bien vécu. Les deux mois de grossesse aussi. Je ne voulais pas l’enfant, mais tant qu’il était là : j’en ai profité. J’ai senti mon corps comme je l’avais jamais senti, avec un odorat et une sensibilité démultipliés. J’étais émue par la vie qui se déployait dedans : cette espèce de nécessité, comme un signe de santé du corps. Mais la nécessité, ce n’est jamais plus que la rencontre de quelques hasards. Par hasard, j’ai croisé cet homme, par hasard c’était un jour de pleine lune, par hasard nous nous sommes aimés. Nécessairement : homme + lune favorable + amour = bébé. Et même si j’étais émerveillé par ce qui se traquait au fond de mon ventre, avortement sans scrupules, parce que ce n’était pas le moment. Mon émerveillement, c’est ce que les médecins ne comprenaient pas. Effectivement, on vous prend pour une victime. On vous fait voir un psychologue pour « dédramatiser ». Mais pour dédramatiser, faut-il encore qu’il y ait drame ! Mon absence de drame et ma joie ont fait l’incompréhension du psychologue. A l’époque, j’ai juste pensé que ces gens étaient faibles : c’est-à-dire qu’obnubilés par le petit désagrément personnel (prise de médicaments, etc) ils ne savaient plus voir la grande vie (putain … c’est quand même incroyable d’avoir un corps à même de donner la vie) De lire cet article je réalise que dans cette dramatisation de l’avortement, ce sont des questions politiques et idéologiques qui se jouent, et effectivement une conception très conservatrice de la femme. Mais je reste sur ma première impression car je crois que le problème est plus profond que ça, qu’il est surtout d’ordre existentiel : aujourd’hui, les gens ne savant plus avoir le recul nécessaire sur leur petite vie personnelle pour voir ce qu’il y a de beaucoup plus grand derrière !

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  49. Nicolas dit :

    Toutes des salopes ! 😉

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