ELLE remet ça

Il y a quarante ans, le magazine ELLE posait des questions cruchonnes à Lafâme.

Bonne nouvelle, ELLE recommence en 2010 !

Ah Lafâme ELLE en 2010… qui est elle donc ? En voilà une question qui nous démange. Rassurez-vous, je vous épargne l’insoutenable suspense : Lafâme sera toujours Lafâme, comme Lafrance sera toujours Lafrance. Non mais je préfère le préciser, parce qu’on va dire des trucs un peu tangents du style : La multiplicité des facettes de Lafâme s’exprime en 2010, blablabla, mais en fait, Lafâme fait toujours la lessive, elle nettoie toujours les chiottes et elle a toujours un salaire de merde. Hein, rassurez vous. Un peu comme lorsqu’on parle de la multiplicité des facettes de l’identité nationale, alors que dans le fond, on se rassure en se disant que la VRAIE identité, elle est blanche, un peu catho et elle mange du porc. C’est pas moi qui le dis, ce sont nos représentants démocratiquement élus. Donc on est d’accord, on va pouvoir faire semblant de s’interroger, semblant de donner la parole à des vraies gens et tout le tintouin. Mais en fait rien ne changera, surtout pas, et on fera tout pour que la France éternelle conserve des femelles éternelles.

Alors… il y a quarante ans, disais-je, ELLE posait des questions neuneues à des Lafâmes sélectionnées pour le grand jeu concours du « Lafâme prend la parole ». Comme ELLE n’est pas un magazine féminin comme les autres, mais un magazine engagé contre les méchancetés qu’on fait aux femmes (surtout celles qui viennent du sud), ELLE remet le couvert en 2010.

Et comme en 1970, Mademoiselle pourrait écrire :

« Cette campagne laisse croire aux femmes qu’on leur demande leur avis ; elle propose aux femmes des choix de détail qu’elle fait prendre pour des choix essentiels, quand les choix essentiels ont été pris pour elles et à leur place.

Leur oppression fondamentale reste. L’amour, le mariage, le couple, la féminité, l’instinct maternel, le travail ménager, etc., ne sont pas remis en question.

Ils essayent d’imposer l’idée que ces conceptions appartiennent à la « nature éternelle de la femme », ce que nous contestons violemment. »

(extrait tiré de « mlf textes premiers« )

Les questions étaient tellement cruchonnes et pas menaçantes, disais-je, que Parisot ou Fillon n’ont pas hésité à venir, leur féminisme tout frais sous le bras, pour se prendre un ou deux flashs de bonne conscience et des petits fours pas chers.

Sont y pas mignons ?

Pour illustrer le comble de la subversion féministe du magazine, je ne résiste pas au plaisir d’une citation choisie (et le choix est grand) :

« La présidente du MEDEF a pris position et vraiment. Bien campée sur la scène, en pantalon bleu marine et chemisier en soie verte, elle sait ce qu’elle veut. Elle soutient haut et fort les 24 propositions du Livre Blanc des États Généraux de La Femme et a décidé de s’engager envers l’ensemble des participantes. »

Nous voilà rassuréEs. Merci ELLE. Lafâme touchée par le précariat forcené voulu par Parisot respire :

 »Si je suis réélue le 1er juillet, je vais saisir le Comité Éthique du Medef »

Vlan !

Outre le comité de Mme Parisot, qui est à l’éthique ce que le poisson pané est à la faune océane, le magazine ELLE n’hésite pas à faire violemment bouger les lignes avec des questions sur… la fameuse conciliation entre vie professionnelle et vie privée.

Traduction.

D’abord, il n’y a que les femmes qui concilient. Les hommes eux, ils vivent.

Conciliation = la nature t’a doté d’un utérus ? Cet utérus hurle la nuit « remplis moi et tu deviendras une vraie Lafâme ? », pas d’hésitations, tu es bien une Lafâme. Par nature. C’est incontestable. La nature t’appelle donc à un certain nombre de tâches comme :


Malgré tout cela, tu as VOULU travailler (connasse)… Dans notre grande mansuétude, nous t’avons autorisé à le faire, à condition que tes tâches naturelles, comme celles du zèbre ou du léopard, n’en pâtissent pas. Un peu comme avec les enfants : Kévin a le droit d’aller s’amuser avec ses copains, à condition que ses devoirs soient faits. Brenda a le droit de prendre des cours de chant pour devenir chanteuse à condition que sa scolarité n’en pâtisse pas. Ben c’est pareil pour toi Lafâme.

Comme nous sommes modernes, on appelle ça « conciliation », ça fait joli, ça a l’air sympa, et surtout, ça ne sonne pas comme :

En rentrant de ton boulot de merde en CDD que tu as pris à la va-vite après avoir élevé Kevin et Brenda, avec ton salaire pourri et ta petite voiture (monsieur en a une plus grosse c’est bien connu), tu vas avoir le temps de passer faire des courses, récupérer les mômes, donner un coup de ménage tout en faisant la cuisine et en surveillant les devoirs (avec un peu de chance tu es caissière et tu peux faire tes courses sur ton lieu de travail, veinarde).

Et même si la conciliation lui casse les pattes de fatigue le soir venu, même si la conciliation lui donne envie de baffer Kévin l’hyperactif qui demande un énième verre d’eau avant de faire dodo, même si la conciliation lui verse un salaire amputé de 25%, Lafâme ne peut que se réjouir qu’on l’aide. D’autant plus que les hommes donnent de plus en plus un coup de main à Lafâme. C’est ce qu’a retenu Pujadas des États Généraux de ELLE, et ce qu’il a annoncé béat à l’ouverture du 20 heures la semaine dernière… Rien d’étonnant à cela, c’est ce que le magazine sous-entend avec ces questions minables :

« Pour chacune des tâches suivantes, dites-moi si votre mari ou compagnon vous aide à (ou vous a aidée à)… »

Qu’on pourrait traduire par :

« Dans votre lot quotidien de tâches naturelles qui vous reviennent naturellement, est-ce que votre compagnon ou mari a-t-il eu la grande gentillesse au moins une fois dans sa vie d’attraper une éponge, ou de passer l’aspirateur quand vous aviez une sciatique carabinée ? Votre gentil mari a-t-il au moins une fois essuyé la vaisselle parce que vous étiez débordée ou répondu à Kévin quand il ne savait pas faire son devoir de mathématiques et que vous étiez trop occupée à aider Brenda qu’est en CP à ne pas confondre le « p » et le « b » ? »

Résultat, ELLE se réjouit : « Bonne nouvelle : les hommes ont accompli beaucoup de progrès ». Tu m’étonnes.

On apprend donc que ce qui caractérise Lafâme 2010, c’est « sa détermination à tout concilier »… où comment réinventer le triptyque « maman, putain, sainte » en y ajoutant « salariée sous payée ».

Tiens, ben qu’est-ce que je disais :

 

Mais ce qui reste le plus rigolo, ce sont les injonctions contradictoires du magazine…
ELLE lance par exemple un petit cri improbable contre les « DIKTATS » imposés aux femmes :

« CORPS

À BAS LES DIKTATS !

Femmes libérées mais corps sous contrôle ?

Elles sont nombreuses à se plaindre des injonctions à la minceur et à la jeunesse.

Leur rêve ? Se débarrasser de ces contraintes qu’elles s’imposent souvent à elles-mêmes »

On croit rêver. Une page après ce miaulement, la publicité d’une femme à l’incroyable tignasse teinte. Les diktats de la coloration ne sont visiblement pas au programme…

Le dossier est d’ailleurs parsemé de publicités contre les « Diktats » :

Et en feuilletant les pages du magazine, oh surprise, on trouve des « fesses anti-diktats »…

Des « cuisses anti-diktats »…

Des « culottes anti-diktats »…

Des « messages à caractère informatif anti-diktats »…

D’ailleurs, le dossier « États Généraux de la femme » annonce bien la couleur, puisqu’il ouvre sur l’image d’une jeune fille de 16 ans qui doit faire trente kilos toute mouillée, et dont l’image a dû passer par des outils des retouche informatique. Convenez que de bouffer de la salade verte et des carottes ne lui donne pas l’air très vif… Supposons que cela représente la multiplicité des facettes complexes de Lafâme moderne un peu fragile et forte à la fois (tu sais c’est pas si facile d’être une Lafâme libérée)…

 

Si le magazine annonce qu’il redonne la parole aux femmes, pardon à Lafâme, ce qui saute aux yeux, ce sont plutôt les bouches ouvertes, muettes et passives des « femmes-cintres » représentées par les publicités.

Lafâme de ménage

Lafâme de Georges

Lafâme douce

Lafâme enfant

Lâfame chaude comme la braise

Lâfame compliquée

(Le fameux syndrome de la bouche ouverte sévit donc toujours)
Les quelques femmes qui émettent des bruits avec leur bouche sont appelées « Les vigilantes ». Et on regrette presque qu’elles parlent.

« Elles sont enseignante, blogueuse, chef d’entreprise et ont accepté d’être nos vigilantes… »

(elles ne sont pas caissières ni chômeuses hein, et bien blanches dans l’ensemble)

« Pendant six mois, ces citoyennes avisées ont observé avec nous le travail des associations qui aident les femmes. Elles nous racontent leur expérience… « 

Parmi ces vigilantes, une directrice de je ne sais quoi, animatrice de blog (enchantée si tu nous lis) bave qu’il faut être « humanistes plutôt que féministes », parce que « le temps n’est plus à l’idéologie ni aux clivages rigides mais au pragmatisme ». On dirait du Sarkozy dis donc.

Eh bien soit.

Regardons pragmatiquement sur la page d’à côté. Tiens une publicité pour un supplément bouffe.

Le supplément propose « 80 recettes pour croquer les beaux jours », et non pour faire 80 fois la bouffe, ne soyons pas idéologique (berk pas bien), et tout un tas de recettes qui ne font pas faire la cuisine, mais voyager, découvrir et être tendance.

On se demande juste si la recette de l’andouille momolle et son accompagnement de mini truc flashy antioxydants bio dégradés est au programme, histoire de confirmer que quarante ans après, ELLE est toujours aussi ramollie.

 

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