Spéciale dédicace à Lafâme

On va commencer par une spéciale dédicace à tous les crétins qui vont faire des blagues foireuses aujourd’hui 8 mars.

Préparez-vous, bande de femelles, ça va donner  aujourd’hui. On va avoir droit à « la journée d’ Lafâme, c’est pas le jour d’ouverture des soldes ? » ou « Chérie, aujourd’hui, c’est ta journée, laisse tomber la vaisselle, tu la feras demain », ah ah ah. Ah, ah, ah.  Maintenant que la spéciale dédicace aux lourdauds est faite, passons donc aux finauds qui se croient au dessus du lot. Vous savez, celui qui croit qu’il est respectueux comme pas deux, fin comme tout, et surtout, au dessus de tout soupçon. Il ne PEUT pas être misogyne, parce qu’il est pote avec une féministe (mais elle est sympa), que sa nana a bac plus cinq, et que merde, il est de gôche.

Lafâme, concentre toi bien, c’est une situation que tu as déjà vécue. Enfin, si comme moi, tu essaies de ne pas manger des trucs trop industriels, d’aller au cinéma art et essai parce que le grand cinéma, là bas en zone industrielle, on dirait une grande surfaaaace, que tu critiques tous les journalistes dès que t’allumes la télé etc, etc… Si tu fais tout cela, tu dois aussi de temps en temps, aller boire un coup avec des potes de gauche. Alors fais un effort, Lafâme, et rappelle toi cette situation vécue :

Le petit gauchiste est assis en face de toi, c’est ton pote. Il est « très ouvert » et avec lui, au moins, pas de batailles stériles sur l’Europe, les « nécessaires réformes » ou l’insécurité : il pense comme toi.

Il est là, il boit sa bière tranquillement face à toi, lorsqu’il balance une petite blague sur les femmes, avant de se mettre à rire doucement, vaguement conscient de sa petite transgression (une blague misogyne à une féministe, quel talent !). S’en suit alors un silence gêné, qui a l’air de ta fa faute : toi, tu n’as pas ri. Quelle outrecuidance, Lafâme ! Tu aurais pu faire un effort. Au lieu de ça, tu réfléchis à ce que t’a raconté ton pote quelques jours plus tôt, lorsqu’il t’a décrit avec moult détails comment s’était exprimé le racisme latent d’un abruti.

Ton pote t’avait expliqué que la blague qu’il avait entendue était raciste, qu’elle ne dépassait pas le premier degré, qu’elle renvoyait Mohammed à sa case, à ses gènes de voleur, à son caractère de grand enfant indolent. Il était découragé par ce racisme persistant. Ce qui lui avait le plus donné envie de vomir à ton pote, c’est que Mohammed ait dû rire à cette blague. Ça, ça l’avait flingué. L’est pas con ton pote, il a bien vu que ce qu’on a exigé de Mohammed, par le rire, c’était de plier, de se soumettre, de s’humilier. Il a bien senti que c’est le fond du fond la soumission par le rire, que c’est un peu comme de se faire pisser dessus et se sentir obligé de dire « merci ». Il ne s’agissait même pas de vie ou de mort, ni de garder un travail, non, Mohammed, il avait ri parce que s’il ne l’avait pas fait, il aurait eu l’air de résister, et qu’il n’était pas en position de le faire. Il sait tout ça ton pote de gauche, et s’il voit Mohammed ne pas rire à une blague raciste, la première chose qu’il lui viendra à l’esprit, ce n’est pas « tiens, Mohammed n’a pas d’humour ». Non, il se dira au contraire qu’il faut beaucoup de courage pour ne pas rire.

Par contre, ton pote, il aime bien blaguer à propos des femmes, qui sont chiantes, quand même, un peu hystériques, pas malines ou scolaires, qui changent tout le temps d’avis, qui sont compliquées, jamais contentes, vénales, allumeuses, superficielles, ou trop émotives. Mais toujours pour rire. Alors quand il fait sa blague face à toi et qu’il ajoute « non mais pas toi ! t’es pas comme ça toi ! l’prend pas mal ! », eh bien ton pote, amie femelle, tu trouves qu’il ressemble juste à l’abruti qu’aime pas les arabes sauf son copain Mohammed qui rit à ses blagues. C’est là que tu comprends que toi, c’est pareil, t’es un peu son arabe préféré, sa femelle élue : on se marre bien avec toi, pas comme avec ces connasses qu’ont pas d’humour. Sauf que toi, tu es comme tout le monde, tu n’aimes pas te faire pisser dessus. Et tu ne trouves pas non plus que ce soit une grande consolation d’être celle sur laquelle il ne pissera que trois gouttes, puisque dans sa grande mansuétude, il a décidé de t’élever au dessus des femelles du commun. Alors tu devrais dire merci, mais au lieu de ça, tu lui gâches son plaisir en lui disant à quel point ils te font violence ces poncifs misérables à propos de ton sexe, à quel point c’est pénible de ne pas pouvoir être tranquille avec tes potes, sans recevoir de temps à autre une vilaine douche froide. C’est en général là que tu redeviens une femelle comme les autres, ou pire, une féministe. Parce que c’est bien connu, les féministes n’ont pas d’humour.

Est-ce que ton pote comprend, lorsqu’il fait sa misérable blague, à quel point tu as envie de lui fracasser la tête sur la table de bistrot ? Si le mouvement féministe est un mouvement pacifiste, tu te dis aussi que cracher à la gueule, verser de la bière froide sur de viriles testicules ou envoyer des bouts de cacahuètes mâchées dans un éternuement à peine feint ne constituent pas des actes dangereux. Parce qu’en plus de ne pas avoir d’humour, les féministes sont de grosses dégueulasses un brin chafouines.

Si tu as déjà vécu cette situation, tu es prête à vivre un huit mars, jour d’apogée de la blague foireuse. Alors bonne journée à toi Lafâme, notre dernière spéciale dédicace te sera réservée ! On y ajoutera une pensée pour toutes les niaiseries qui vont être proférées dans les médias aujourd’hui, et toutes les Lafâmes qu’on va y voir :

  • Lafâme et son sixième sens,
  • Lafâme mystérieuse,
  • Lafâme et son élégance,
  • Lafâme qu’à pas de bol parce que son mari il est auvergnat donc violent,
  • Lafâme exotique de tout là bas au loin qu’a pas de chance de ne pas être née française,
  • Lafâme libérée qu’à vachement d’ambition et un attaché case signe que les choses ont changé,
  • Lafâme et les nouveaux hômes qui sont vachement bien, métamorphosés et si fragiles,
  • Lafâme bio donc moderne,
  • Lafâme militante qui dit qu’elle est pas féministe mais pour l’égalité dans la différence, et vice et versa,
  • Lafâme Yves Saint Laurent,
  • Douze Lafâmes en colère,
  • Lafâme blogueuse, ce nouveau phénomène,
  • Lafâme plurielle, mère et épouse et amante et cuisinière et ménagère et consommatrice et amie et cousine,
  • Lafâme célibataire donc qui déprime,
  • Lafâme en noir et blanc qui s’est battu avant nous,
  • Lafâme du MLF qu’heureusement elle a disparu parce qu’elle est allée trop loin,
  • Lafâme L’oréal qui le vaut bien, et qui fait hihihihi !
  • Lafâme de Sartre (un bonjour franc à touTEs les abrutiEs qui vont commencer leur reportage par « On ne naît pas femme, on le devient », mais qui n’ont jamais lu Le Deuxième Sexe.)
  • Lafâme tout court, qui sera toujours Lafâme

 

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