L’esprit de Noël

Les occidentaux que nous sommes ont un terrible souci à cette époque de l’année : se préparer au traditionnel repas de Noël, bien gras, bien long, bien familial. Entre la poire et le fromage, il est possible que tonton remarque que les noirs ont le rythme dans la peau avant que tata rétorque qu’en plus ils courent vite. Peut-être aurez vous également droit à de cruciales réflexions sur l’identité nationale et le vivre ensemble, au sein d’un monde complexe, en mouvement, et d’une Europe vachement chouette quand même tellement que c’est la paix.

Si Mademoiselle ne peut pas vous aider à éviter toutes les conversations chiantes, elle peut en revanche vous donner quelques trucs testés et approuvés pour limiter les dégâts.

Tout d’abord, l’arrivée. Il faut être vigilante dès le départ. Il est possible que la nouvelle femme de votre cousin vous saute immédiatement dessus pour vous parler de fâme à fâme. Elle s’est mariée récemment, alors évitez-là dès le départ. Si vous ne le faites pas, vous aurez le droit à l’interminable récit de cet éphémère moment de gloire que fut son mariage. Si elle vient d’avoir un enfant, soyez encore plus prudente. Sachez qu’elle risque de vous coller son gamin dans les bras comme si c’était un cadeau. Elle se mettra ensuite à vous raconter tout un tas de trucs  dégueulasses sur les troubles digestifs de son bèbè, ce dont vous vous foutez complètement. Si vous voulez survivre, il faudra rapidement assumer votre monstruosité, montrer clairement que ça ne vous fait pas vibrer l’utérus du tout. Pour cela, prenez un air extrêmement maladroit lorsque vous aurez le gamin dans les bras afin de faire peur à la mère, ajoutez au tableau un air vaguement dégoûté et tenez l’enfant loin de vous. Lorsque la petite lumière du mépris viscéral luira dans l’œil de la môman, vous aurez gagné, elle vous foutra désormais la paix durant tout le repas. Cette technique peut vous paraître un peu radicale, mais sachez qu’elle vous permettra d’échapper à une longue discussion de femelles complices sur le tic tac de l’horloge biologique et la beauté du don de soi à travers l’enfant, ciment du couple.

Attention, vous avez évité ce premier piège rose gluant, mais c’est loin d’être terminé.

Vous pouvez également être confrontée au mari priapique de tata. Ça fait des années que vous le pratiquez celui-là, son amour pour vous à grandi avec la taille de vos bonnets de soutien-gorge. À Noël dernier, il vous a reluqué les seins pendant deux heures en répétant qu’il aimait les femmes comme vous, avec de l’esprit -pour ceux qui ne savent pas encore, l’esprit féminin est équipé de tétons-. Pour que le repas soit moins pénible, amusez vous à donner quelques petits coups dans son entre-jambe mental en vous attribuant toutes les tâches estampillées masculines. Commencez par le vin. Débouchez vous-même la bouteille, servez le vin et critiquez ses choix. Vous pouvez également lui donner quelques conseils sur l’ouverture des huîtres, pour éviter ces désagréables petits morceaux de coquilles cassées.

Si vous voulez vraiment l’emmerder, lisez Auto Plus avant le repas pour lui couper l’herbe sous le pied lorsqu’il se penchera en arrière, repus, pour causer du dernier moteur hybride.

Si vous êtes affublé de testicules, et que vous voulez éviter absolument l’épreuve de la réunion des mâles devant la maison, à causer de la bagnole de tonton machin ou le traditionnel appel des femelles aux mâles pour brancher le dernier équipement hi-tech, ouvrir les huître ou découper la dinde (pas la belle sœur, le volatile), optez pour la technique infaillible de mon père : prenez le premier livre qui vous tombe sous la main (un télé sept jours fera très bien l’affaire en cas d’urgence), et absorbez vous dans la lecture, en faisant mine de tout oublier autour. Prenez un air obtus, enfoncez-vous dans le canapé, normalement ça marche.

Enfin, pour les plus fatiguéEs de l’année, pour ceux/celles qui ont morflé chaque fois qu’ils/elles ont allumé la télé ou la radio, ouvert un journal ou entendu causer le buraliste, BUVEZ de l’alcool en quantité, et lâchez-vous un peu. Allez-y, surenchérissez aux propos de tonton machin, qui croit que dire maghrébin à la place d’arabe et voter PS le protège du racisme. Foutez-lui le nez dans sa merde. Tapez sur votre connasse de cousine Angélique qui minaude en bavant que les hommes et les femmes sont différents quand même, y’a qu’à voir biologiquement. Dites lui d’aller faire la vaisselle avec ses ovaires, que ça vous permettra de terminer votre cognac tranquillement. Chauffez-vous, montez en puissance, n’hésitez pas à salement tacler à la cheville, méchamment, pour casser de l’os… parce que c’est ça aussi l’esprit de Noël, un moment hors du temps pendant lequel on peut se permettre de rêver un peu.

Allez, bon courage à tous et toutes, encore une grosse semaine et c’est terminé.

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18 réponses à L’esprit de Noël

  1. raja dit :

    excellent comme d’habitude, je vais finir par croire que tu es un genre de logiciel surpuissant et performant qui lit dans mes pensées :-)

  2. Incanus dit :

    On dirait du vécu, et c’est marrant, mais je m’y reconnais totalement. Finalement on est combien à souffrir en silence pendant les repas de famille?

    Ah sinon je confirme la technique de l’alcoolisation massive marche super bien.

  3. Frédéric dit :

    Et je confirme la technique de la lecture. Le mieux, c’est d’apporter son propre bouquin…

  4. bilbus dit :

    Intéressantes techniques. On peut aussi opter pour une voie plus radicale : ne pas aller au repas de Noël familial… Ça évite pas mal d’emmerdements trouve-je.

  5. pupuce dit :

    yep. ne pas, c’est la meilleure technique.

  6. 2009! Je savais bien que le titre me disait quelque chose, mais j’aurais cru que c’était plus récent. Bah, ça se conserve bien quand même. Mais ça m’a fait une fausse joie, j’ai cru que tu étais revenue….

  7. trucmuche dit :

    tiens c’est marrant.
    des discours comme ça, j’en ai connus des tas depuis les années soixante. et curieusement, tous les gens qui tiennent ce genre de discours continuent quand même à y participer et je ne suis pas convaincu qu’ils fassent ce qu’ils préconisent mais j’ai jamais pu vérifier demes propres yeux.

    moi ma réaction ça a toujours été le « ne pas y participer » et à tous les niveaux
    donc jamais de fêtes
    jamais d’achat de cadeau
    jamais de retrouvailles familiales
    jamais de drague
    jamais de sexe

    et profiter des périodes de ce genre pour faire des remplacements dans n’importe quel boulot pour se faire quelques ronds.

    c’est tout
    la solitude

  8. Dtx dit :

    « On choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille … » entend-on souvent …

    Finalement, c’est à mon avis faire preuve d’une d’une grande intolérance.

    Une famille se construit et s’éduque grâce à la contribution de chacun. Si aucun pas n’est réalisé vers l’autre et plus est, vers les membres de sa propre famille, la gestion des priorités est pour le moins singulière.

    Une structure familiale épanouie se mérite en terme d’efforts à payer et lorsque tout le monde joue le jeu, quelle réussite !

  9. Sam dit :

    Bravo !
    Il me semble qu’on l’avait déjà lu, mais ça n’a pas pris une ride – au contraire si je puis écrire. Encore !

  10. Lulu.sur.Les.Entrailles dit :

    Je fais partie de la minorité (ou bien est-ce finalement une majorité ?) qui a décidé :
    – de ne plus fêter noêl (d’abord de ne plus fêter noêl en famille, puis de ne plus fêter noêl avec les amis non plus),
    – de ne plus acheter de cadeaux en décembre,
    – de ne plus se goinfrer pendant une semaine,
    – de ne plus aller se bousculer pour la nuit blanche obligatoire du premier janvier.

    Et ce depuis des années.

    Et vraiment c’est bien, vraiment. On passe à travers les tracas des autres en appréciant le mauvais temps, les grandes balades à travers la ville sous la pluie, le retour devant un thé chaud, le temps disponible, les après-midi au musée avec ceux qui eux aussi ne fêtent plus sur commande, et le souvenir horrifié des années où l’on fêtait encore.

    Une grande paix, un grand bonheur.

  11. jp dit :

    bon , mais sachez qu il existe au moins plusieurs milliards de personnes …. qui n’ en ont rien a cirer ….

    les Frenchies doivent etre un peu Maso … pour supporter cela tous les ans …. Bonjour de Chine , bon noel et surtout bon vote ave … la Dinde .

  12. william dit :

    Je comprends volontier l’intention de l’auteur de ce texte mais :

    – si il est vrai que l’on peut critiquer noel pour de nombreux aspects, ceux presentes dans cette article sont ils les bons !?!
    Les cliches qu’il veut devoile se retrouvent d’une autre facon (nouvelle mariee chiante, jeune maman emmerdante, oncle obsede, ..)
    – La socialisation demande un effort. Voir des personnes de sa famille, ou autre a d’autres occasions, est une opportunite de lien social, chose plutot rare dans notre societe. Oui, les personnes de notre famille ne sont pas forcement les amis que l’on choisi mais c’est une preuve d’intelligence que de s’adapter dans l’environnement ou l’on est, tolerer, accepter.
    Personellement, je vais dans un repas, une soiree, ou un noel, et je vois quelqu’un qui fait la gueule ou lit un livre en ne voulant parler a personne, que penserai-je de cette personne !?! voulez vous etre cette personne !?!

    – une remarque speciale pour la mention « appeler un maghrebin a la place de un arabe lui fait croire qu’il se protege du racisme » !!!
    Si quelqu’un peut m’expliquer quel terme doit on employer pour etre politiquement correct ?!? En quoi utiliser le terme « arabe » ou « maghrebin » fait d’une personne quelqu’un au ton raciste ?!
    Ils sont justement des gens comme tout le monde, comme les chinois, les inuits, les blancs, les noirs, les belges, les grands, les blonds, .. et donc les arabes. Le terme n’a rien de raciste !!

    – Enfin, le texte se veut humoristique, je l’entends bien, et l’ai plus ou moins apprecie pour cela :)

    • Yelle dit :

      « mais c’est une preuve d’intelligence que de s’adapter dans l’environnement ou l’on est, tol­erer, accepter. »
      Je vous en pris, vous qui êtes apparemment si intelligent, expliquez-moi comment j’aurais du m’adapter au mari de ma tante qui, bourré, m’a balancé des pelures d’oranges à la figure pendant une heure. Parce que, alternativement, je ne m’asseyais pas comme il voulait, je n’allais pas lui chercher à boire ou faire la vaisselle pendant qu’il jouait à la belote. Ou parce que je ne ramassais pas les peaux d’oranges qu’il essayait de me balancer à la figure.

      « – une remar­que spe­ciale pour la men­tion « appeler un maghre­bin a la place de un arabe lui fait croire qu’il se pro­tege du racisme » !!! [..] En quoi utiliser le terme « arabe » ou « maghre­bin » fait d’une per­sonne quelqu’un au ton raciste ?! »
      C’est de la mauvaise foi ou un manque de capacité d’analyse de texte. « maghre­bin  » n’est pas un terme nécessairement raciste, mais employer un terme dit « politiquement correct » n’empêche pas de dire chose racistes.

    • Lulu.sur.Les.Entrailles dit :

      Je ne crois pas que vous ayez réellement compris ce texte.

      Par exemple, le simple fait de demander une « adaptation »… évidemment, on peut s’habituer à tout, et à des choses bien pire qu’un noêl en famille : on peut s’adapter même à l’esclavage, même à l’inceste (c’est d’ailleurs ce que font toutes les victimes d’inceste qui n’ont pas la possibilité de s’échapper), même à la prostitution.

      Alors on ne voit pas bien ce que l’intelligence vient faire ici : s’il faut vraiment faire intervenir l’intelligence, l’intelligence (et le courage), ce serait plutôt de ne pas chercher à se conformer à ce que l’on n’estime pas lorsqu’on en a la possibilité…

      Vous semblez être un bon représentant de ces familles où tout le monde sait que tonton frappe tata, que cousine betty trompe cousin roger avec le frère de celui-ci, que daniel n’est pas tendre avec ses enfants même que le dernier a un sacré coquard aujourd’hui, etc. mais où personne n’en parle – parce que bon, ce n’est pas notre problème, et il y a pire, et on va pas gâcher noêl pour si peu, et il faut prendre les gens comme ils sont, et tout le monde a ses bons côtés.

      Et bien non. Être adulte, c’est poser des limites, faire des choix, accepter des attitudes, en refuser d’autres.

      Il n’y a aucune grandeur à aller se trainer dans les repas de noêl que l’on n’approuve pas, voir des gens que l’on n’aime pas, écouter la litanie des discours vulgaires, sexistes ou racistes que l’on retrouve tellement souvent dans ces cas-là, se baffrer et boire jusqu’au trop-plein, participer de la fête du consumérisme avec ses rituels.

  13. v/ dit :

    On lit par ici :
    « Une struc­ture famil­iale épanouie se mérite en terme d’efforts à payer et lorsque tout le monde joue le jeu, quelle réussite ! »
    => on t’a planté le mot famille dans l’oignon agrémenté du mot noël chrétien et te voilà grand guerrier de l’effort dans l’arnaque : tu joues le jeux pour gagner en réussite, d’autres n’aiment ni la partie, ni les gains. Et ça, ça ne se mérite même pas. Trop moche.

    et par là :
    « Per­son­elle­ment, je vais dans un repas, une soiree, ou un noel, et je vois quelqu’un qui fait la gueule ou lit un livre en ne voulant par­ler a per­sonne, que penserai-je de cette per­sonne !?! voulez vous etre cette personne !?! »
    => Bah, hum, comment dire, ton avis, je pense que cette personne s’en branle un peu, mais juste un petit peu, je te rassure.
    => à l’aut’heureuse : yep, on se demande bien pourquoi tu y retournes ts les ans … hum, prétexte à te bourrer la truffe ? C’est marqué en grand : « BUVEZ de l’alcool … ». Un peu triste je trouve.
    Comme qques un(es), perso, y’a longtemps que j’ai tout envoyé aux oubliettes.
    Paris, le petit matin du 25 (4-5h), le seul dans l’année où tu peux te ballader en plein milieux des boulevards et avoir la « vue sur la mer ».
    un régal, vraiment chouette… pour ceuze qui aiment;
    v/

    • Yelle dit :

      « yep, on se demande bien pourquoi tu y retournes ts les ans »
      Parce que tous n’est pas noir ou blanc, parce qu’il y a certaines personnes que j’aime, que je vois peu et qui surtout ne comprendraient pas si je ne venaient pas et en seraient blessées. Et parce qu’un livre à la main, la journée est somme toute vivable, avec même quelques passages agréables.

      (c’est sûrement pas pour manger que je viens – je suis végétarienne et 3/4 des plats sont à base de viande ou de poisson – ni pour boire. – je conduis au retour -)

      • v/ dit :

        Y’a pas de soucis, les commentaires sont toujours n’importe quoi de toutes façons vu que ce sont des réactions. Un peu comme les critiques d’art .. dans le même genre. Ton texte était très amusant à lire, et m’a fait bcp rire, en dehors de la fin qui m’a un peu déçu. Mais faut bien une chute. Chut donc. :o)
        cdt, v/

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