Proverbe auvergnat

« On prend les bêtes par les cornes et les hommes par la parole. »

Proverbe Auvergnat.

J’ai rencontré Mehdi à la fac. Il était en maîtrise de droit privé, mais personne n’est parfait. On s’est plu, on est tombé amoureux, on a vécu ensemble quelques années. C’est grâce à lui que j’ai réalisé que le répertoire de blagues et de poncifs sur les auvergnats était impressionnant.

D’abord, disons le, Mehdi avait vraiment une gueule d’Auvergnat typique : peau mate, barbe noire, cheveux noirs et yeux noirs. On le voyait à cent mètres qu’il était d’origine Auvergnate. Et je ne vous raconte pas le nom de famille, volcanique à souhait.

Quand je l’ai présenté à ma famille, parce que j’ai fait les choses bien comme il faut, il y a tout de suite eu deux camps : ceux qui n’ont rien dit à propos de ses origines auvergnates et ceux qui ont tiqué. Quand on allait manger chez ces derniers, on sentait toujours qu’il était pénible de leur imposer ces foutues origines auvergnates :

– Mais, je comprends pas…. Il peut manger quoi Ahmed ?

– Mehdi, il s’appelle Mehdi.

– Oui, pourquoi ?

– Tu l’as appelé Ahmed.

– Ah. il mange quoi alors… Mehd…

– Mehdi.

– Mehdi, oui. C’est compliqué, j’arrive pas à le retenir.

– Si tu sais dire « Mais, dis… », tu tiens le bon bout…

– Oui, bon il mange quoi alors…

– Ben comme moi, pas de soucis.

– Mais il est pas auvergnat ?

– Si, mais pas pratiquant.

– Ah bon, ça existe ?

– Oui, tu sais, l’Auvergne, il n’y a jamais habité. Hormis le Saint Nectaire, qu’on achète de temps en temps, on ne mange pas souvent auvergnat.

Un Saint-Nectaire, préalablement égorgé dans une baignoire.
Ensuite, j’ai eu le droit à :

« Si vous faites des enfants, attention qu’il ne les ramène pas en Auvergne »

Mais il y eu aussi :

« Tu sais, les Auvergnats, ils sont gentils au début, mais il faut faire attention quand même. »

Au début, ils font des bisous. C’est après que ça se gâte…
Ou encore :

« Il ne t’a pas demandé d’adopter les coutumes auvergnates ? »

L’Auvergne : une vision rétrograde de Lafâme.
Du coup, il a fallu que je fasse attention. Si je m’amusais à dire « J’adore les volcans » ou « Clermont, c’est sympa finalement » (on dit de ces trucs, parfois), ils ouvraient tout de suite des yeux ronds et bavaient un : « Ah, parce que tu te sens auvergnate maintenant ? ».

Une Auvergnate en costume traditionnel, cheveux couverts, foulard sur les épaules.

Mais le plus drôle, ça restait les petites choses de la vie courante. En voiture, à la douane, au péage… Ses origines auvergnates rendaient les contacts avec les autorités fréquents et sympathiques. Parce qu’il paraît que les auvergnats sont voleurs. Ce n’est pas moi qui le dit, d’autant plus que je n’ai jamais vu Mehdi voler quoique ce soit. Ah si, une fois : il a piqué un bout de fourme d’ambert sur le plateau de fromage alors que ma grand-mère avait le dos tourné. Mais ça, c’est c’est parce qu’autour de la table, il y avait un autre auvergnat. Et on le sait, les problèmes commencent quand ils sont plusieurs.

Un gang de malfaiteurs auvergnats : mêmes les enfants sont enrôlés.

Toujours est-il que Mehdi, il avait l’habitude de ces blagues sur les auvergnats, ses potes le vannaient, ses collègues juristes aussi. Ils en avaient de bonnes. Vous allez voir, c’est hilarant :

Mehdi est au boulot, il sort de son bureau pour aller faire signer des papiers à sa patronne, qui n’est pas auvergnate du tout. Mais alors pas du tout. Ça fait deux mois qu’il travaille là bas, mais elle n’arrive pas à l’appeler par son nom, alors elle se contente de « jeune homme ». Bref, il va la voir, elle signe le papier, remercie le « jeune homme » et ajoute : « Tout à l’heure, je reçois des auvergnats comme vous jeune homme, pour une signature de contrat, ça va être compliqué… pour la signature, je leur demanderai de faire une croix ! ». Ah Ah Ah !

Ces derniers temps, j’ai beaucoup repensé à Mehdi. Je me suis souvenue du moment où on s’est séparé. J’ai été souvent obligée d’expliquer que, non, il n’était pas devenu violent… Certains n’ont pas voulu me croire. « On te l’avait bien dit… » assénaient-ils, l’air malin. Parce qu’il paraît que c’est pas commode, un auvergnat.


Si tu regardes ma femme, je te défonce à coup de guitare auvergnate.

Et la semaine prochaine, nous traiterons du « Bruit et de l’odeur » des néanmoins très respectables picards.

[Erratum : On vient de me signaler qu’il ne s’agit absolument pas d’une guitare, mais d’une vielle à roue. En effet, il semblerait que l’instrument ait été présenté au JT de JP Pernaut un jour où j’étais absente. Vous m’en voyez sincèrement navrée, soyez assurés que je regrette ces mots. J’espère tout de même ne pas devoir affronter une « polémique injuste »]

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2 réponses à Proverbe auvergnat

  1. l'elfe dit :

    Cet article me parle beaucoup… Quand j’étais gamine je savais pas que les gens étaient si racistes. Jusqu’à ce que je sorte avec un « Arabe » (Kabyle en fait mais bon c’est pareil hein). Il allait:
    -M’obliger à porter le voile
    -Me faire faire le trottoir
    (Difficile de concilier les deux, c’est sans doute pourquoi les gens étaient si inquiets pour moi)
    Aussi il allait emmener mes gosses au pays (ou il n’avait jamais foutu les pieds) (quels gosses au fait? ha oui parce qu’à 17 ans quand tu sors avec un garçon c’est pour pondre des chiards, sinon c’est pas intéressant).
    J’avais fait part de ces allégations totalement délirantes à ma meilleure amie, croyant qu’elle allait me dire quelque chose comme disent les ados, du genre « hihi ta mère elle est trop folle » et pis on serait allé manger au chinois. Au lieu de ça, je me suis vue répondre « ouais fais gaffe quand même ».
    Ca n’a l’air de rien, mais ça m’a fait mal.

  2. RandomlyGeneratedGender dit :

    Le problèmes est, encore une fois, qu’il suffit d’un cas, pour que les gens prennent peur et généralisent.

    Dans mon réseau d’amis/amis d’amis, niveau origines/cultures, c’est surtout l’Europe du Sud (Espagne, Provence, Italie) et le Maghreb (et un peu l’Amérique du Sud et l’Angleterre).

    Parmi les couples avec un (ou les deux) « auvergnats » :

    – 1 couple est traditionnel (deux « auvergnats », assez âgés) : très sympathiques, généreux, ils s’aiment tous les deux, mais la femme ne peut être dans une pièce où il y a un homme, sans que son mari soit également présent. Elle n’a jamais eu un emploi (hors ménages/gardes enfants). C’est surprenant au départ, mais c’est comme ça.

    – 1 couple (parents, ~40 ans) subit la cohabitation entre les deux « cultures » (intello-française et campagne/militaire-algérienne), le mari vivant difficilement le « grand écart » entre son père (vivant toujours au bled) ainsi que son enfance au Maghreb, et sa vie actuelle en France. Problèmes sérieux de couples récurrents. Elle subit en silence et encaisse, mais s’isole régulièrement au niveau social (tous les 4-5 ans) pour ne pas obliger ce problème à devenir l’affaire des autres en devenant un problème « public », et donc faire exploser son couple – pour cela elle change de région (coupant tous les ponts avec tou(te)s ses ami(e)s).

    – 1 couple (jeunes), amis d’amis, est le cliché qui entretien le mythe : au départ super gentil, le mari devient au fil du temps de plus en plus jaloux et colérique, ça finit avec l’interdiction de sortir, le voile et les coups. Comme tous les maris devenant jaloux et violents en fait, auvergnats ou non. C’est fait en se basant sur la culture de repli (traditionnel), qui se trouve être ici du style « Maghreb » (pour d’autres c’est le trip catho et la mère-qui-doit-être-poule à la maison (= destruction de ses liens sociaux), ou le trip fantasme sexuel « c’est une s* qui veut tous se les taper » (= destruction de son estime de soi et de son corps), etc).

    – 1 ex-couple (jeunes), amis d’amis, même problème : mari pas prêt à la vie de couple, devenu très colérique, perte du boulot, peur du lendemain => veut rentrer « à la maison », chez la famille, au bled. Elle a du se séparer de lui en urgence pour éviter de se retrouver là bas.

    – ~8 couples avec un ou deux « auvergnats » (comment définir « l’auvergnatitude », quand chaque personne a eu un parcours à part ? impossible !), où la question de la culture (au niveau du relationnel, de la vie de couple, du « rôle » du mari et de la femme) a certes été évoquée, plusieurs fois et dans des situations différentes, mais n’a jamais posé de graves problèmes.

    Au final, un couple qui va bien on n’en parle pas tant que ça autour de soi, un couple qui se sépare on en parle seulement aux gens qui les connaissent, mais un couple qui va mal et qui voit ressurgir une mentalité « tradi », on en parle autour de soi, par peur mais aussi dans le but de se « prémunir » de ça.

    – Malheureusement, cela amplifie le signal initial et donne l’impression que tous les auvergnats vont revenir vers une mentalité « tradi » auvergnate une fois les premiers mois passés.

    – Heureusement, cela envoi un signal fort à toutes les personnes qui seraient tentées de glisser progressivement vers une mentalité « tradi » une fois la routine installée : cela n’est pas socialement acceptable. Et ça marche (un peu) : des maris se font recadrer dès qu’ils commencent à revenir vers du machisme du XXe siècle.

    – Malheureusement, cela fonctionne le moins pour les personnes les plus concernées (qui vont de toute façon retomber vers leur culture « tradi » aux premières difficultés), et résonne le plus chez les personnes les moins propices à cela.

    – Heureusement, cela fixe des limites sociales qui progressivement vont, au fil des ans, permettre, avec de nombreux autres facteurs (comme le développement économique, l’élévation du niveau de vie), de faire bouger les lignes dans le bon sens. Aujourd’hui, battre une femme n’est plus acceptable (publiquement), et la majorité d’entre-elles n’accepteront pas cela. Déposer plainte reste difficile et parfois impossible face un système (police+juge) hermétique, mais ça s’améliore, et des associations existent (et ne sont pas interdites). C’est un progrès majeur.

    Concernant les « auvergnats », les gens ne sont pas bêtes, dupes ou idiots. Ils savent.

    Ils savent qu’il y a une discrimination à l’embauche. Ils savent qu’on a fait venir ces travailleurs immigrés après la guerre (2nde GM) pour reconstruire le pays, pour avoir une main-d’œuvre pas chère dans les boulots dangereux/mal payés, et qu’on les a ensuite abandonnés une fois la reprise économique, la robotisation et la délocalisation mises en place.

    Ils savent que les « auvergnats », pour faire la transition entre la culture « auvergnate » des années 50 et la culture occidentalo-française post mai-68 et post féminisme, il faut un développement économique et social. Ils savent que ce développement n’a pas eu lieu car « on » (État -ET- population) a refusé qu’il ait lieu.

    Ils savent que les « auvergnats » subissent les discriminations au quotidien (contrôles par la police, par l’administration, par le judiciaire). Ils savent que les « auvergnats » ont toutes les raisons de se réfugier dans le modèle culturel de repli « tradi », ils le savent parfaitement.

    Voilà pourquoi ces gens là ont peur des maris « auvergnats » : ils savent pertinemment que le racisme, la discrimination et le mépris dont ils font l’objet, depuis les premières vagues migratoires des années 50 jusqu’à aujourd’hui 2012, ont une conséquence sur leur psyché.

    Et là où c’est le plus dégueulasse : ces gens là refuse d’assumer les conséquences de leurs actes, prétendent ignorer tout cela, et ne veulent que les bénéfices
    => Des travailleurs pauvres pas chers et désorganisés (pas de syndicats !) pour construire à coûts réduits (merci la spéculation immobilière, sponsorisée par l’État à hauteur de milliards d’euros, depuis plus de 50 ans) et faire tous les boulots ingrats et dangereux dont personne ne veut (qui va payer pour les infirmes et les morts des mines, de l’amiante, des chantiers, des usines, quand ils n’ont pas de papiers, qu’ils ne sont inscrits nul part, qu’ils n’ont aucun relais politique ou social ?)
    => Mais aussi du gaz et du pétrole à pas (trop) cher (merci Total (qui ramasse tout le pactole) et la Françafrique), qu’une classe moyenne « auvergnate », si elle existait, ne permettrait plus (du moins politiquement).

    Excusez moi l’expression, mais le jour où on lâche le fric – parce que c’est ça – et abandonne la discrimination, les auvergnats vont s’enrichir, pouvoir réformer et moderniser les cultures auvergnates beaucoup plus rapidement (plus on est nombreux à vivre une situation similaire, plus on partage, plus on échange, plus on évolue vite), et le mythe de l’auvergnat qui enferme sa femme ou la ramène au pays ira rejoindre tous les autres figures historiques du machisme, que les gens de nos jours qualifient d’exceptions malheureuses causées par la misère, et non plus par les origines.

    Ce jour n’est pas encore arrivé, et le mythe demeure.

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