En espérant que ça serve…

Je viens de terminer le dernier roman de Winckler, « Le choeur des femmes ». Entre son site et ses bouquins, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il travaille sans relâche contre les courants dominants de la gynécologie et plus globalement de la médecine… Ça me le rend fort sympathique. D’autant plus qu’avec son dernier livre, je me suis rendu compte qu’il devait être possible d’aller chez le gynécologue sans souffrir, sans se faire prendre pour une débile légère, sans se faire humilier, sans se rhabiller en vitesse pour ne pas dépasser les 14 minutes de consultation, sans se faire imposer une contraception. Ça ne m’est arrivé qu’une fois. J’ai consulté au total six gynécologues différents.

D’abord, il y a eu le gynécologue chafouin…

C’était le GRAND gynéco d’un GRAND CHU français. Il m’a demandé, alors que j’étais complètement nue, les pattes dans les étriers, si ça me gênait qu’un interne assiste à l’examen. Pas préparée à cette éventualité, j’ai dit oui, hésitante (on est moins catégorique sans ses fringues). Ils étaient en réalité quatre. Avec le grand ponte, ça faisait cinq bonshommes devant moi. J’ai regardé le plafond, j’avais à peine 17 ans (c’était pas écrit sur le plafond hein).

Puis il y a eu le gynécologue des bénitiers…

… qui m’avait dit que la meilleure contraception restait l’abstinence. Bien entendu, au début, j’ai cru qu’il plaisantait, mais en réalité, il était très sérieux. J’ignore s’il s’est spécialisé dans la gynécologie pour bonne-sœurs depuis. Je suis allée en voir un autre, mais c’était un crétin. C’était :

Le gynécologue qu’est plus malin que tout le monde…

… qui a refusé de me poser un implant contraceptif, parce que « c’est pour les oublieuses ça », les connasses qui n’arrivent pas à prendre leur pilule tous les jours. Je lui ai demandé s’il prenait un traitement quotidiennement, il a répondu que non. Je lui ai dit qu’il ne savait pas de quoi il parlait, que la pilule, j’en avais ras le bol. J’en avais ras le bol de la traîner dans mon sac, au cas où, ras le bol de me réveiller en sursaut, en me demandant si je l’avais bien prise, ras le bol de courir après les ordonnances, de frapper à la porte de la pharmacie de garde et de négocier avec le pharmacien une plaquette en urgence, ras le bol de voir ma vie défiler par boîtes de plaquettes pour trois mois, et les mois passer au rythme des comprimés sur vingt-et-un jours. Je me suis levée et je suis partie sans payer ce jour là. Elle m’avait rendu de fiers services la pilule, mais je voulais changer. Juste changer. J’ai donc rencontré…

… Des Gynécologues périmés…

… Comme celui de ma mère, qui lui a interdit de prendre des anti-inflammatoires pendant des années parce qu’elle avait un stérilet et que c’était soi-disant contre-indiqué, ce qui est une absurdité. Il a d’ailleurs refusé de me poser un stérilet parce que je n’avais pas encore eu d’enfants et m’a très sérieusement expliqué que le stérilet, c’était comme un petit avortement chaque mois, ce qui est faux.

Il y a eu le Gynécologue « même pas mal »…

Qui a sauté le chapitre « Douleur », comme ma nouvelle gynéco. Elle, elle veut bien me poser un stérilet, dans sa grande mansuétude, mais elle ne pense pas que la pince de pozzi soit douloureuse, ce que je vais bientôt vérifier par moi-même.

La pince de Pozzi, c’est ça :

Les toubibs parlent de « deux griffes » qu’ils ont l’air de trouver très pratiques, tandis que Winckler, lui, la décrit comme une « horreur terminée par deux crochets pointus »… Il pense également que le col de l’utérus est une partie sensible, surtout chez une nullipare. Ce n’est pas ce que pense ma gynéco. Selon elle, la pince ne fait pas mal, elle provoque juste une contraction qui est « un peu douloureuse ». J’ai oublié de lui demander si elle avait déjà été pincée au col par une Pozzi.

Et enfin, le gynécologue du désir inconscient :

Quand ma mère se faisait poser son stérilet, elle tombait dans les pommes. Sa gynéco lui disait qu’elle se contractait certainement trop parce qu’elle devait refuser inconsciemment la pose du stérilet, qu’elle devait avoir envie d’un autre enfant. L’inconscient des femmes est décidément très pratique.

J’ai d’ailleurs appris aussi que les anglais, eux, utilisent une pince avec des extrémités moins traumatisantes et qu’il était possible de pratiquer un examen gynécologique autrement que sur le dos, avec les jambes dans les étriers. Une histoire de décubitus latéral, en chien de fusil quoi.

Chaque fois que j’ai essayé de parler de cette pince, avec des gynécologues ou des sage-femmes, elles ont eu l’air très surpris que je me demande si c’était douloureux. Elles m’ont toutes répondu que c’était malheureux mais que c’était comme ça. Visiblement, concernant la pose du stérilet, certains gynécologues arrivent très bien à le faire sans Pozzi. Comme quoi, quand on veut. C’est que la douleur n’a pas l’air franchement grave. Ça me fait d’ailleurs penser que ma gynéco ne m’a pas proposé de prendre des anti-douleurs avant la pose du DIU, avec une bonne vieille pozzi. Oui, tant qu’à faire, appelons le stérilet DIU, ça évitera peut-être aux mythes sur la stérilité engendrée par ce contraceptif de perdurer. DIU, ça veut dire Dispositif Intra Utérin.

Parlons-en un peu d’ailleurs, parce que récemment, j’ai expliqué comment les DIU marchaient à une interne en cinquième année de médecine. Ça l’a fait rire, moi, ça m’a fait peur.

Alors, schématiquement, on a deux types de DIU :

1°) »Les DIU au cuivre , sont des dispositifs mesurant moins de 4 cm de long, le plus souvent en forme de  » T « , composés de plastique recouvert d’un fil et de manchons de cuivre. Plus la surface de cuivre est grande, plus le DIU est efficace, car c’est le cuivre qui est contraceptif : il est spermicide, ce qui signifie qu’il détruit les spermatozoïdes avant qu’ils aient traversé l’utérus et ne se dirigent vers la trompe (où les attend un ovocyte…) »

« Efficacité : La proportion de grossesses avec un TCu 380A (TT 380) est de 0,5 % par an (1/2 grossesse pour cent femmes par années d’utilisation, autrement dit : 1 grossesse pour 100 femmes sur 2 ans d’utilisation). »

(Source : « Tout ce que les femmes doivent savoir pour se faire poser un DIU (« stérilet ») » –par Martin Winckler Article du 18 décembre 2007)

2°) « Le DIU hormonal (nom de marque : Mirena°) contient une hormone progestative qui est délivrée en petites quantités pendant cinq ans.

Cette hormone a plusieurs effets intéressants :
– elle épaissit les sécrétions du col ( » entrée  » de l’utérus) et les rend infranchissables par les spermatozoïdes

– elle diminue l’épaisseur de l’endomètre ( » tapisserie interne de l’utérus « ) et diminue donc également la durée et le volume des règles ; certaines utilisatrices de Mirena° n’ont d’ailleurs pas de règles pendant 5 ans, ce qui n’a aucune incidence sur leur santé et ne compromet pas leur fertilité si elle désirent retirer le DIU et planifier une nouvelle grossesse.

– elle diminue les douleurs que certaines femmes ressentent au moment des règles

L’efficacité du DIU Mirena est très grande : la fréquence des grossesses est inférieure à 0,5 %. »

(Source : « Tout ce que les femmes doivent savoir pour se faire poser un DIU (« stérilet ») » –par Martin Winckler Article du 18 décembre 2007)

Autre info, quand on compare l’efficacité du DIU et celle de la pilule, on arrive à des résultats sans appel : Il y a deux à trois fois plus de grossesses non désirées chez les utilisatrices de pilule que chez celles utilisant un DIU. Alors ça me fait rire quand des grands gynécos viennent s’émouvoir sur les plateaux de télé, la bouche en cœur, de ce nombre d’IVG terrifiant qu’on ne parvient pas à juguler… Peut-être que s’ils s’informaient, informaient leurs patientes et descendaient de leur trône, les rendez-vous avec eux ne ressemblerait plus à ça :

Enfin, je leur tape dessus, mais les pauvres, ils font des études difficiles, hein. Alors comme ils n’ont pas le temps de tout retenir, je leur ai fait une petite liste :

  • Les patientes qui viennent consulter un gynéco ne sont pas passées par la case trépanation avant d’arriver. Par conséquent => Il n’est pas nécessaire de prendre une voix niaise pour demander « À quand qu’il remonte son dernier frottis à la demoiselle ??? ».
  • Lorsqu’une femme est allongée sur une table d’examen, son sexe ne se transforme pas pour autant en un terrain de basket ;
  • Une question sur un contraceptif N’EST PAS UNE PROVOCATION ;
  • « Ça ne fait pas mal longtemps » N’EST PAS une réponse satisfaisante.

En espérant que ça serve.

Bon, sinon, le bouquin aborde aussi largement le cas des nouveaux nés dits intersexués, allègrement charcutés par des fous du scalpel soucieux de faire rentrer tout ce beau monde dans des cases. Je vous laisse aller voir ici.

Et puis, vous pouvez toujours aller faire un tour sur le blog de Martin Winckler et/ou faire l’acquisition, entre autre, de ceci :


(Oui, J’ai Lu s’est spécialisé dans les couvertures moches.)

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4 réponses à En espérant que ça serve…

  1. polstore dit :

    c’est super de remettre tous les anciens articles de l’ancien blog au nouveau, ça permet de rappeler les trucs importants, et ce martin winckler en dit pleins des trucs importants !
    maintenant, j’ai plus qu’à trouver unE gynéco pas cherE, compétentE et informéE, respectueuxE et pas emmerdante avec mon genre et ma sexualité ! d’ailleurs toi qui me lis, si tu as ça dans ton annuaire, je prends !

  2. Yelle dit :

    Une gynéco qui n’a pas de problème avec ton genre? ^^ Pourquoi, tu réclames le droit pour les hommes d’aller les consulter?
    Le problème pour échanger des numéro de gynécos, c’est qu’il faut habiter au même endroit.

  3. Anne dit :

    Merci de faire évoluer la vision des mentalités médicales archaïques.
    En perpétuelle recherche d’être le plus respectueuse et le moins délétère possible vis à vis de mes patientes je serais honorée que vous précisiez que les sages-femmes ont aussi la compétence de poser les DIU (« stérilets »). Merci infiniment pour la reconnaissance de notre métier. Anne.

  4. nina dit :

    Je confirme, mon DIU a été posé par une sage-femme libérale.
    Et je vais désormais faire mon suivi gynéco chez elle.
    Concernant la pince de pozzi, j’ai lu Winkler aussi, et je lui avais demandé avant si elle l’utilisait systématiquement, la réponse a été négative, ouf.
    Par contre la pharmacie m’a fait des difficultés pour la délivrance du DIU, j’ai dû insister très lourdement pour qu’ils vérifient que les sage-femmes étaient autorisées à prescrire des DIU !

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