Gauche sévèrement burnée, le retour…

Je tourne depuis un moment sur des blogs se réclamant « gauche de la gauche », et j’ai l’impression que dans le sentiment d’urgence qui se développe face au gouvernement actuel, il y a comme une réaction ultra virile qui s’installe. Genre « ouais, on est pas des couilles molles, on peut pas laisser faire, on va leur montrer qui on est gnargnark ouch ouch (cri de gorille) ».

Je me disais, que dans cette espèce d’ambiance d’urgence, le côté petit crapahuteur couillu para-militaire qui galope contre les barricades va devenir difficile à gérer pour ceux qui représentent déjà dans ces contrées des groupes un peu minoritaires. En gros, le côté « ton combat nous divise et on a pas besoin de ça face à sarko, faut agir et pas se disperser » va prendre encore plus d’ampleur que d’habitude… Bien entendu, il y aura des déclarations de principes du style « pas de sexisme ici, pas d’homophobie » mais dans les faits ce sera le dernier de leurs soucis.

En même temps, il fallait s’y attendre, quand elles avaient un peu moins le couteau sous la gorge, les organisations politiques à l’extrême gauche se sont contentées, face à la demande de quelques femelles militantes, de propulser une nénette pas trop dérangeante dans un coin, avec un paquet de feuilles et des petites gommettes en lui disant « tu vas t’occuper des questions de sexisme ». Ça a été là l’apogée de l’intégration des idées féministes dans les organisations d’extrême gauche… Y’a bon. Ce que je vois poindre me fiche un peu la trouille. Le lexique du militant extrême gauche semble tourner autour d’un pénis en érection : il va falloir être bien durs ! Bien dur face à un pouvoir dur. Bien dur. Je les vois d’ici les réunions avec sur l’estrade cinq types en train de vociférer en empruntant au registre de la guerre des métaphores de pénétration. Va y avoir intérêt à rester dans l’rang moi j’te l’dis.

Quand ça concerne des petits lycéens qui se font un peu trembler en se baladant avec un keffieh (que d’ailleurs maman a très certainement commandé à la redoute) et une bière premier prix, bon hein… mais quand on fait un tour sur certains blogs d’extrême gauche, on dirait que même les adultes on envie de rejouer a « Big Jim » ou « GI Joe ». Faut dire qu’ils ont trouvé leur maître version cravatée avec notre colérico-couillu national. On se souvient tous du « C’est toi qu’a dis ça ? Ben descends un peu l’dire ! Descends un peu, si t’as des c… si tu crois… bahbahtututdjé… ben viens, viens ! » Dans cette ambiance bien burnée, je sens qu’il va y avoir une foule de nénettes qui vont encore rester au bord du terrain à regarder des matchs entre les viriles de droite DURE et les viriles de gauche DURE. Allez les filles, on remballe les gommettes… Et on apprends le vocabulaire de la guerre politique « vais lui mettre dans l’cul », « fils de pute tu vas voir si on sait pas faire grève »…

Je tournais donc sur ces blogs quand, il y a quelques jours, je tombe sur un billet de CSP, blogueur à l’impitoyable gentillesse et à la virilité exacerbée. Habituée au côté couillu des billets, marque de fabrique de la gauche qui s’empare du registre de langue populaire pour rougir avec style ses positions, j’entame la lecture d’un billet sur l’ignoble habitude de féminiser les textes politiques. Et j’apprends que CSP vote contre. Plus, il s’insurge.

Pourquoi ?

– ça rend les textes illisibles

– c’est une horreur grammaticale

Que CSP ait une lecture poussive qui lui demande beaucoup d’efforts et de concentration, que ces exotismes langagiers lui rendent ce travail de lecture pénible, soit, soit. Il y en a bien qui ont du mal avec les films sous-titrés, ne stigmatisons pas nos difficultés entre gauchistes. Respect. Hein. Bon.

Que CSP s’accroche à la grammaire officielle, là, j’en reste pantoise. Mais soit. À la grande rigueur, passons encore. Il faudra simplement qu’il daigne nous prévenir de la date de son prochain repas avec Jean D’ormesson. Et puis, pourquoi ne pas ajouter une catégorie orthographe au blog, avec : « On dit bite, couille et enculé, et non bitte, couyes et ancullé » ?

En continuant la lecture, dont les « e » ajoutés à chaque mot participent d’un effet comique qu’on ne saurait manquer, on se rend compte de ce qui sous-tend la croisade « dictée de Pivot » de notre CSP. Ce n’est pas le spectre du vieil instituteur à la grosse baguette en bambou souple et dure qui plane. Ben non. Ce qui plane c’est son « profond-e scepticism-e quan-e-t aux question-e-s de sexe-et de genre(s)-e ».

Ces questions, portées par des camarades, notre futur académicien ne les trouve « pas toujour-e-s pertinent-e-s dans leur volonté-e de nie-e-r toute-e dimension-e biologique-e à ces question-e-s et de ne voir que de la construction social-e partout-e. »

Alors là. Ça donnerait presque envie de lui demander s’il trouve que la dimension biologique est également niée par les auteurs et militants anti-racistes. Non mais pourquoi pas ? Les noirs ont tout de même la peau noire. La peau, c’est pas social ça ! C’est biologique ! Et c’est pas de notre faute s’ils courent plus vite aussi ! C’est biologique aussi ça hein ? C’est pas social non plus ! Et ben merde ! Y’a un moment, bite chatte couille, qu’il faut les dire les choses, merde bite enculé ! Non ?

Ah, on n’a pas finit de se marrer, nous les Autres, non masculins, non blancs, non hétéros. (avec un peu de pub au passage pour une militante et chercheuse qui se frotte depuis des lustres à ces gentils gauchistes qui préfèrent que le repas soit prêt en rentrant d’une révolutionnaire réunion.)

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3 réponses à Gauche sévèrement burnée, le retour…

  1. Eh oui, même à l’extrême gauche, la division sexuée, hiérarchisée du monde, n’a pas toujours pas été intégrée dans l’ensemble des problématiques d’émancipation.
    Espérons que la multiplication des sites féministes, la dénonciation continue de la violence sexiste, les campagnes pour l’égalité des droits, seront le prélude à de nouvelles mobilisations collectives des femmes, à la (re)naissance d’un mouvement autonome des femmes, condition indispensable, mais non suffisante, pour imposer le E à l’individu(e), l’humain(e), etc…
    cordialement
    didier (http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/)

  2. Yvette Berthelots dit :

    A propos, a propos d’immortel, ll se dit que le célèbre libraire Gégé Collard, qu’on voit à la librairie Griffe Noire, envisage de postuler pour être à l’Academie Française !!!. Je suis convaincu que ça donnerait un nouvelle élan à l’institution, foi de Saint Maurien. Vous ne trouvez pas

  3. crouchemoutte dit :

    le droit de vote accordé aux femmes et certainement ce qui mettra nos démocraties par terre … pour preuve :

    « Quand une féministe est accusée d’exagérer, c’est qu’elle est sur la bonne voie. » Christine Delphy

    espérons que ce sera sur une voie de garage au fond d’un placard.

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