La moindre des politesses

Un détour dans le monde dégoulinant de la presse féminine cette semaine. Sujet de fond, le magazine Elle se demande s’il faut « se forcer à faire l’amour ». Cette lancinante question s’adresse bien évidemment aux femmes. On est en train de bouquiner son « Elle », avec nos petites ballerines aux pieds, nos motifs écossais sur la jupette, parce que c’est la mode de se saper comme une gosse, et on tombe là dessus.

« Absence ponctuelle de désir ou vraie perte d’attirance ? Là est toute la question. »

Parce qu’il serait dommage de questionner le fait qu’elles se forcent. Parce que ce n’est pas grave, c’est même bien, c’est un acte de maturité.

« Au final, comme le souligne le Dr Nasio :  » Un couple est fait de compromissions, cela exige de savoir transiger. Si une femme est parfois capable de se forcer, c’est qu’elle a conscience que son couple a besoin de ça. C’est un acte de maturité.  » »

« Les raisons pour lesquelles une femme en vient à se forcer à faire l’amour sont multiples, poursuit le Dr Nasio. Pour protéger son couple, par tendresse, pour rassurer son partenaire… Ou bien par peur qu’il n’aille voir ailleurs, par calcul, pour éviter la rupture… Bien sûr, pour celles qui le font par amour, ce n’est pas un tel sacrifice. »

Ce n’est pas servir ou se sacrifier quand on aime un homme: « se forcer fait partie des petits gestes que l’on consent à faire pour rendre le quotidien plus facile ».

Illustration :

« Et quand je ne suis vraiment pas très partante, je concède une petite fellation et, ni vu ni connu, tout le monde est content ! ». C’est beau l’amour.

Mais attention, si cette abnégation cache une crise du couple (danger, danger, couple en crise = fin des haricots), les conséquences peuvent être terribles. Mais la femme n’est qu’un maillon de cette crise : Elle conçoit de la rancune pour son amoureux parce qu’elle n’a pas de plaisir (la mal baisée), et son abnégation devient castratrice :

«Le risque est d’arriver à des situations très problématiques. Je reçois parfois en consultation des couples dont la vie sexuelle ne fait que retarder une crise latente. La femme ne se refuse pas mais dit à son mari : “Dépêche-toi, qu’on en finisse”, ce qui est encore plus violent que de dire non. »

C’est là que peut se situer le vrai problème. Emmerder monsieur avec ce que l’on ressent.

Deux figures féminines vont apparaître dans l’article : les femmes qui se forcent pour le bien de leur couple et sans en parler à leur chéri, et la femme (une seule est utilisée pour contraster avec les autres) qui se force également et ment comme les autres, MAIS pas tout le temps. Cette femme différente explique parfois ouvertement à son Jules ce qu’elle ressent vraiment lorsqu’elle sent qu’elle a une raison VALABLE de ne pas avoir envie de faire l’amour. Très trash cette nana. Serait elle un « pur produit du féminisme ? ».

«  » Quand je n’ai vraiment pas envie de sexe, il m’arrive d’inventer un bon gros mensonge… Je dis que je suis trop fatiguée ou je fais carrément semblant de dormir. En revanche, quand ma libido est en berne parce que je suis dans une période de stress et que cela dure plusieurs jours, j’en parle ouvertement avec mon fiancé. Et, en général, il comprend très bien.  » Corinne, pur produit du féminisme ? »

C’est vraiment écrit. Mon dieu. Pur produit du féminisme. Couteau entre les dents ? Castratrice. Elle parle cette salope. Mais ça va pas non ?

À en vomir sur sa jupe écossaise.

« la sexualité est un catalyseur de révolutions sociétales plus profondes, comme l’explique Gisèle Harrus, psychanalyste, professeure à l’université Paris-VII et auteure de « Séduction, la fin d’un mythe » (Payot) : « Les femmes sont aujourd’hui très indépendantes, mais quelque chose de l’ordre d’une ancestrale docilité féminine perdure.

Un peu de pub au passage pour une experte qui rend incontestable l’article, et un cri du plus profond de la forêt : une ancestrale docilité féminine. MAIS ce serait en train de changer : mon corps m’appartient. Mai 68. Bref, tout est passé en revue. Sauf que :

« Ne pas se forcer au nom d’une liberté sexuelle acquise en 1968, voilà qui associe par défaut le fait de se contraindre à une soumission misogyne. ».

Dans la bouille, la perle : se forcer à faire l’amour ce n’est pas une histoire politique, c’est privé, c’est le désir, c’est l’intime. Le privé n’est pas politique, et puis en plus, les femmes ne le vivent pas mal du tout :

« Mais la majorité des femmes semble le vivre plus comme un acte de tendresse et d’affection, une manière de ne pas blesser un partenaire qu’elles désirent et qu’elles aiment, que comme une soumission ou une abnégation. »

Donc ce n’est pas un problème, sauf quand ça castre le mari, puisque « ne pas le dire est une simple question de discrétion ».

Une question de savoir-vivre en quelque sorte, la moindre des politesses. Le magazine « Elle » suit le très sain mouvement de la France qui va de l’avant et travaille à retrouver les fondamentaux en se défaisant de ce terrible esprit soixante-huitard décadant.

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14 réponses à La moindre des politesses

  1. lapetiteiroquoise dit :

    Je découvre ton blog, première lecture sur ce billet et je suis effarée. Pendant les premières années de ma vie sexuelle, il m’est arrivé de me forcer, pour diverses raisons, mais un jour, je me suis dit « plus jamais ça ». Mon homme en subit les conséquences, lors des baisses de libido, mais ma liberté est à ce prix.

    • Fikmonskov dit :

      Et donc le jour où il n’aura plus envie de vivre avec toi, il se barrera, en te laissant comme une merde. Tu en subiras les conséquences, mais ça sera le prix de sa liberté, alors tu n’auras pas intérêt à te plaindre.

      Youpi.

      • Ju-bilatoire dit :

        Ou alors, il se dira qu’on construit rarement un couple uniquement à base de sexe, que ce dernier est d’ailleurs bien meilleur quand le désir est partagé et que ledit désir ne répond malheureusement pas qu’à sa demande expresse. Ils pourront alors parler librement de leurs envies et ainsi avoir une relation saine qui ne s’apparente pas à une dictature du sexe. Et là, personne ne se plaindra.

        Youpi !

        J’ajouterai que penser qu’un homme va larguer sa nana sous le simple prétexte qu’elle a parfois pas envie de faire l’amour me semble bien caricatural vis à vis des hommes. Si vous en êtes, je vous souhaite de découvrir un jour les joies du cul quand tout le monde y consent avec joie, si vous êtes une femme, je vous assure que vous avez le droit de respecter vos envies sans frustrer votre compagnon au point qu’il se taille sans cérémonie.

  2. Ping : La pipe du magazine « Elle », ciment de la soumission « Actualités Alternatives « Je veux de l'info

  3. Lien dit :

    Est-ce que ce n’est pas totalement différent de « se forcer » que de « faire plaisir à l’autre »?
    La générosité est-elle réellement une automutilation?

  4. Glotch dit :

    Ne serait-il pas également juste de mentionner les hommes qui se forcent ? Les hommes battus ? Les hommes violés ? Cette asymétrie systématique de traitement entre l’homme et la femme est incohérente avec la volonté affichée d’aboutir à une situation d’égalité éthique et morale entre l’homme et la femme. Les femmes défendent les femmes, toutes les femmes, contre les hommes.

    Dans la réalité il y a des hommes bon et des femmes bonnes, tout comme des hommes mauvais et des femmes mauvaises. A ce stade de cristallisation des conflits liés au dimorphisme sexuel, il apparaîtrait plus sain pour tout le monde de défendre les comportements moraux vs comportements immoraux.

    • Lorbak dit :

      C’est quoi cette invasion du café du commerce dans les entrailles de Mademoiselle ?
      L’asymétrie dont vous parlez et que vous semblez regretter ne fait que refleter l’asymétrie des rapports de force dus au patriarcat actuel. Vous me faites penser à ceux qui demandent un traitement symétrique de l’information concernant le conflit israëlo-palestinien comme si une telle symétrie existait sur le terrain.

      Je suis un homme, il m’arrive de me contraindre à faire des trucs, mais ma condition n’est en rien symétrique à celle d’une femme, puisqu’on ne me bassine pas à longueur d’articles et de sujets à la con sur la manière dont je suis supposé me comporter avec les femmes.
      En oubliant le dispositif d’oppression conscient et/ou inconscient de notre système envers les femmes, votre commentaire ne fait pas sens.

  5. Pom dit :

    J’aurais aimé tomber sur votre critique plus tôt, bien plus tôt.
    Parce que quand j’étais perdue, culpabilisée et pleine de doutes et que je cherchais des réponses à mes questions, je suis tombée sur cet article précis de « Elle », pas sur votre site.
    Naïve que j’étais, j’ai lu cet article de « Elle » avec appréhension, me demandant ce que les femmes « normales » faisaient quand elles étaient dans ma situation.

    L’article m’a répondu que, voyons, si on n’a vraiment vraiment pas envie il ne faut pas se forcer, mais quand même il ne faut pas le faire trop souvent, et puis le mieux c’est quand même… de se forcer volontairement et joyeusement. De se forcer et de se forcer à aimer ça et en être fière. Aimer ça et en être fière, parce qu’on le fait par Amûr, par Trendreté, par Générosacrifice, parce que Lafâme aime avec son coeur, il n’y a que Linfâme qui pense qu’elle ne peut faire l’amour qu’avec un vagin correctement lubrifié.

    Ce discours entrait en écho profond avec mon éducation. Ma mère m’a toujours répété, et me répète encore, que je suis idéaliste et trop entière, et que « Tu sais, dans un couple, il faut savoir faire des concessions… » Mais elle ne m’a jamais dit qu’il y avait des plans sur lesquels il n’y avait aucune concession à faire, ou qu’il y avait des plans sur lesquels c’était pour une fois aux hommes de faire de petites concessions et pas l’inverse. Elle m’a toujours appris à faire des concessions, mais jamais à en exiger. En d’autres termes, elle n’a fait que m’apprendre (pensant agir pour mon bien) à me soumettre.

    Alors j’ai gentiment suivi les conseils culpabilisants et assujettissants de « Elle » avec le jeune homme que j’aimais, mon Prince Charmant, avec qui je ne voulais pas compromettre un avenir qui me semblait hypothétiquement peuplé d’enfants et d’anniversaires de mariage.

    C’était un cercle vicieux, infernal. Plus je me forçais, moins j’avais envie, et moins j’avais envie plus je me forçais.
    Ça m’a rendue malade. Littéralement. Angoisse, déprimée. Les jambes tremblantes à peine mon compagnon montrait des signes de désir. Mal au ventre. La respiration difficile. Il y a même des moments où j’avais l’impression de disparaître complètement. J’ai perdu ma capacité à parler pendant les rapports, ma mâchoire, mes lèvres et ma langue étaient comme pétrifiées.
    Et mon partenaire (que j’ai quitté depuis, mais pas assez tôt) ne s’en rendait même pas compte. Il n’en avait pas grand chose à faire. Tant que je ne disais pas explicitement « non » sur un ton tranchant et en le repoussant, il considérait qu’il pouvait continuer. Parfois, j’avais l’impression que c’était à dessein qu’il ne regardait pas mon visage. Comme ça il pouvait continuer à m’écarter les cuisses sans voir mon expression anxieuse et tourmentée et me reprocher mon manque de souplesse, alors que c’était la peur et le souvenir de la douleur qui contractait mes muscles contre ma volonté lobotomisée par les injonctions sexistes. Après tout, même s’il se doutait que je me forçais « un peu », c’est ce que font de temps en temps les femmes pour plaire à leur homme, non ? Le lendemain il pouvait me servir le thé, en me laissant choisir le parfum, pour me rendre la pareille.

    Alors, oui, si certains et certaines continuent de douter que ces articles censés expliquer la sexualité de « la femme libérée et sans tabou » sont particulièrement pernicieux et nocifs pour les femmes et leurs rapports avec les hommes, je vous le confirme. J’ai de grosses cicatrices dans la tête – et encore, toutes les plaies ne sont pas encore refermées. Les entailles à l’entrée du vagin se referment plus vite que celles que ça ouvre dans le cerveau.

    Si je n’avais pas été éduquée comme je l’ai été (et si mon ex n’avait pas été éduqué comme il l’a été, c’est-à-dire comme un « vrai mec »), si je n’avais pas lu cet article de « Elle » et d’autres torchons de cet acabit, si je ne connaissais pas depuis mon enfance l’existence de la prostitution qui est basée sur l’idée qu’une femme peut se forcer à avoir des rapports sexuels qu’elle ne désire pas s’il existe une bonne raison extérieure (pour les unes, l’argent ; pour les autres, l’amour), si certaines de mes amies qui se disent « ouvertes d’esprit » ne soutenaient pas les discours des lobbies pro-prostitution qui expliquent que louer ou prêter son sexe sans réel désir n’a aucune conséquence psychologique ni physique négative et que c’est un boulot comme les autres, et si par pur bonheur j’avais eu la chance de lire des articles critiques comme le vôtre et des témoignages concrets douloureux comme le mien, je ne serais PAS passée par là.
    J’aurais su poser des limites. Et je n’aurais pas cru que poser ces limites et dire et répéter jusqu’à ce que tout s’arrange tout ce que je ressentais physiquement et émotionnellement était, comme nous le dit « Elle », une « violence » injuste et terrible à l’encontre de mon pauvre compagnon qui ne se préoccupait pas de ne pas me blesser, ne parlons même pas de me satisfaire.

    Je ne sais pas combien de temps ça va mettre pour que le sexe arrête d’être pour moi une source de pure angoisse (ce qu’il n’était pas quand j’étais vierge) et pour que je reprenne l’usage libre de ma langue quand mes vêtements sont sur le sol et que le câlin commence à prendre une tournure qui me rappelle des souvenirs cuisants.

    • Traeksi dit :

      Waw… J’avais envie de témoigner aussi… Mais je vois que nous avons toutes deux exactement le même vécu.
      Sinon, je peux assurer qu’il ne s’agit pas juste de temps, mais de trouver quelqu’un qui se place sur un pied d’égalité totale avec nous.
      Et ça existe, oui oui oui :)
      Bon courage à vous, il faut garder espoir.

  6. Pom dit :

    Je viens de retrouver les articles et vidéos que j’avais naïvement consultés à l’époque en tapant « se forcer à faire l’amour » sur Google. (Parce que, comme tout le monde le sait, Google détient les solutions de tous nos problèmes, et les affiche toujours dans les premières propositions de sites… ce pourquoi votre article n’est pas la première option qui s’affiche, CQFD : ça aurait pu me sauver.)
    Évidemment, même si la formule en soi ne disait rien a priori sur mon sexe, les tout premiers résultats parlent quasi exclusivement de femmes qui ont cette difficulté, s’interrogent et témoignent (toujours qu’elles sont très contentes de se forcer, ou bien qu’avant elles le faisaient mais maintenant qu’elles ont trouvé le vrai amour elles n’ont plus « besoin » de le faire : ça c’est juste pour nous indiquer charitablement que notre propre amour de femme est défaillant ou que l’on est physiologiquement anormales, au choix).
    Voilà qui nous convainc que c’est une question récurrente de femmes et que quelque part, elles doivent toutes passer par là, c’est bien « normal ». (Vu que tout le monde sait bien que les femmes ont une libido plus faible que les hommes, d’où les concessions féminines à faire sous la couette… (Pétition de principe et sophisme, avez-vous dit ?))

    Bref.
    Non seulement il y avait l’article de « Elle » que vous avez déjà commenté ( http://www.elle.fr/Love-Sexe/Sexualite/Dossiers/Faut-il-se-forcer-a-faire-l-amour-561426 ), mais aussi :
    – cette vidéo très nuancée qui nous rappelle en quelques phrases vite oubliées qu’il ne faut quand même pas se forcer si l’on se sent bloqué ou si l’on a mal, sans nous dire concrètement pourquoi, mais qui prend le temps d’expliquer en long en large et en travers pourquoi il est bénéfique dans un couple de se forcer régulièrement à faire l’amour : http://www.youtube.com/watch?v=mGcGcQJUicM (…A votre avis, on en retient quoi, à la fin, quand on est mal dans sa peau, qu’on culpabilise déjà et qu’on est une étudiante qui n’a pas d’argent à mettre dans des consultations sexologiques et qui n’a pas envie d’expliquer à ses parents pas très riches dont elle est dépendante financièrement (et dont la mère lui répète toujours qu’il faut faire « des concessions ») pourquoi elle en aurait peut-être besoin ?)
    – et un article de auféminin.com ( http://www.aufeminin.com/mag/societe/d3616.html ) dont je ne me rends compte qu’il est d’une violence inouïe que maintenant que j’ai arrêté de culpabiliser à ce sujet et ai suffisamment de recul pour repérer son fonctionnement en double-contrainte qui se fait passer pour de la finesse et de la maturité.

    Écoutons donc dedans ce fameux Dr. Nasio (le même que dans « Elle ») qui est un si brillant expert, en tant qu’homme, de la sexualité féminine (parce que les hommes savent mieux comment les femmes fonctionnent qu’elles-mêmes, n’est-ce pas?) :
    « Je ne veux pas rétablir la notion de devoir conjugal, précise pourtant le Dr Nasio. Mais je crois qu’on a trop, ces dernières années, fait croire aux individus qu’ils devaient écouter leur désir personnel. Pour vivre en couple et en société, il faut tenir compte de l’autre. Accepter de faire l’amour quand on n’en n’a pas vraiment envie est un acte mature, normal pour qui veut vivre en couple. D’autant que l’homme, lui aussi, consent des efforts pour faire plaisir à sa femme, dans le domaine sexuel ou ailleurs ! »
    C’est splendide : il ne veut pas rétablir la « notion de devoir conjugal »… il veut juste rétablir la pratique, sans qu’on l’appelle « devoir conjugal » (parce que cette notion, justement, est abolie depuis l’année de ma naissance (c’est-à-dire il n’y a pas si longtemps…) et que sa corollaire, le viol conjugal, a le malheur d’être punie par la loi, et il est depuis à peine 20 ans de mauvais ton d’en souligner la légitimité, même si des collègues comme le Dr. Naouri, autre grande référence des articles sexo de « Elle » et de « Au Féminin », le font ouvertement sans même que les journalistes ne cillent).
    Mais heureusement, le Dr. Nasio est là pour remettre dans le droit chemin les brebis (jamais les moutons) égarées : il est là pour nous rappeler qu’on nous a faussement fait croire – surtout à nous, les femmes – qu’il fallait écouter nos désirs ! Qu’on pouvait faire ce dont on avait envie, et ne pas faire ce dont on n’avait pas envie ! Quelle hérésie ! Quelle absurdité ! Quelle absence de bon sens !
    Ensuite, au cas où on ne se sentait pas assez honteuse et blessée par la situation, il nous rappelle avec une typographie mise en valeur dans un gras pédagogique pour que ça reste bien imprimé dans nos cerveaux que « Accepter de faire l’amour quand on n’en n’a pas vraiment envie est un acte mature, normal pour qui veut vivre en couple. » Et juste avant : « Pour vivre en couple et en société, il faut tenir compte de l’autre. » Vous l’avez donc compris : refuser de faire l’amour est un acte asocial, qui marque votre retranchement de la société et du monde humain. Et vous savez ce qu’on faisait des « asociaux » (vagabonds, lesbiennes…) sous le Troisième Reich ? On les enfermait dans des camps où on leur faisait enfiler des pyjamas affublés d’un triangle noir et ensuite ils étaient contraints aux travaux forcés ou bien gazés dans des « douches » puis brûlés dans des fours crématoires, comme ces autres « indésirables » qu’étaient les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels, les communistes, les Témoins de Jéhovah (c’est vrai qu’ils sont pénibles quand ils viennent sonner à la porter pour nous parler de l’amour infini de Jésus…) et autres déviants nuisibles, dont certaines personnalités politiques françaises regrettent encore amèrement l’échec de l’extermination totale. Voilà, maintenant tu commences à comprendre ce que tu es, sale femme qui a le toupet de refuser un coït dont tu n’as pas envie ! Tu es une immature asociale qui ne tient pas compte de l’existence et des désirs de « l’autre » (…vous voulez dire, celui qui ne se préoccupe pas du fait que je n’ai pas envie ?).
    Et puis, si tu n’es pas encore morte de honte et de remords anticipés, regarde donc la maturité et les sacrifices de ton partenaire : « D’autant que l’homme, lui aussi, consent des efforts pour faire plaisir à sa femme, dans le domaine sexuel ou ailleurs ! » Vous vous rendez compte ? Votre homme a fait les courses samedi dernier à votre place, vous pouvez bien écarter les cuisses pour le récompenser. Et puis – comme si ce n’était pas suffisant, les femmes d’aujourd’hui sont tellement exigeantes… – même qu’ils essaient de faire plaisir à leur compagne, si, si ! Ils font l’effort de ne pas être de gros porcs égoïstes qui se vident allègrement les testicules dans le corps inerte de la personne qui partage leur quotidien ! Ça, c’est méritoire ! Alors, pour récompenser ce sacrifice immense (n’oubliez pas qu’il y a des hommes qui ne font pas ce sacrifice, mais surtout oubliez que cela s’appelle un viol), vous pouvez bien de temps en temps vous forcer vous-mêmes sans le leur dire pour qu’ils puissent au moins de temps en temps retrouver leur droit reconnu dans les générations précédentes à être un porc égoïste… sans qu’ils culpabilisent ! Et, si possible, faites-leur croire aussi qu’en plus vous aimez ça, sinon ils risquent de commencer à avoir la puce l’oreille, à se poser des questions, et peut-être même à avoir un cas de conscience… ce qui est extrêmement « violent » pour un homme, comme nous le révèle Robert Neuburger, psychiatre et thérapeute de couple, interviewé dans « Elle ».

    Il faut donc aller contre les préjugés, en conclut l’article de AuFéminin. Même si cela nous heurte. (D’ailleurs, surtout si cela nous heurte : c’est justement parce que ça va contre nos opinions préconçues, sans doute ? Et qu’elles sont donc par conséquent forcément fausses, CQFD. (Encore un sophisme, vous êtes sûrs ?)) «  »Il ne faut jamais se forcer à faire l’amour », lit-on régulièrement sur les forums d’auFeminin, sous peine de se dégoûter, de détester son partenaire, de ne plus éprouver de désir du tout. « Il faut avant tout se parler », entend-on souvent, « expliquer à l’autre ce qui ne va pas ».  »
    Alors voilà, tout cela c’est de la connerie féministo-larmoyante, évidemment ! Il ne faut pas avant tout se parler, il ne faut pas expliquer à l’autre ce qui ne va pas, surtout pas ! N’écoutez donc pas les TÉMOIGNAGES RÉELS de femmes qui ont fait ce que l’article conseille, qui s’en mordent douloureusement les doigts et qui maintenant le déconseillent formellement et essaient de protéger les générations de filles suivantes : elles ne savent pas de quoi elles parlent. Elles affabulent, en disant qu’elles ont fini par se dégoûter, par détester leur partenaire, par ne plus avoir de désir du tout (tient, pourtant, j’ai comme l’impression d’avoir vécu EXACTEMENT la même chose, c’est bizarre…) : elles sont dans le faux ! Il faut écouter Monsieur Naouri, Monsieur Nasio et Monsieur Neuburger, qui grâce à leurs titres et leurs diplômes savent bien mieux ce que vivent les femmes et ce que doit être une sexualité féminine saine et mature. Entendez-le bien, eux ne sont pas de simples bonnes femmes qui prennent leur cas pour une généralité : eux ont appris la sexualité féminine sur les bancs de la fac de médecine et de psycho, c’est du sé-rieux ! Ils sont seuls à savoir ce qui est bon pour la sexualité des femmes (et aussi pour la sexualité des hommes, on leur fait confiance pour ça).

    Ça pourrait être fini, mais non. Nous avons un sondage fort éclairant à la fin, auquel vous pouvez répondre. J’ai découvert que j’ai répondu à chaque question ce que les autres femmes ont le plus souvent répondu : je suis donc d’une banalité effrayante, qui me rend tristement représentative de la population féminine générale (du moins de celle qui vient timidement lire des articles sur « Faut-il se forcer à faire l’amour ? » de AuFéminin.com).
    Nous apprenons que selon ce sondage, seuls 17% d’hommes se forcent à faire l’amour au moins « parfois ». 28% disent non quand ils ne veulent pas. Et 53% ont une libido qui submerge leurs compagnes qui jugent qu’ils ont « tout le temps envie de faire l’amour ». Ainsi, 81% des partenaires de ces femmes interrogées semblent avoir une sexualité plutôt satisfaisante où ils ne cèdent pas à quelqu’un qui cherche à leur forcer la main. (Par contre, vive la rigueur mathématique de AuFéminin, il y a 2% qui se sont envolés dans la nature. Peut-être des gens qui n’ont sélectionné aucune réponse en passant à la question suivante.)
    Le résultat est bien différent pour les femmes : elles sont 21% à oser dire non quand elles ne veulent pas. Heureusement pour elles, 28% arrivent à trouver du plaisir même si elles se forcent. Mais par contre, 15% se forcent « pour avoir la paix » et 34% sont des romantiques neuneus comme moi qui le font « pour faire plaisir à mon homme ». Soit 76% de femmes qui se forcent à faire l’amour, et presque la moitié des femmes (49%) qui se forcent à faire l’amour SANS RESSENTIR DE PLAISIR A LA CLEF, ou pas assez pour dissiper le sentiment de malaise et d’obligation. Il semblerait qu’il soit plus commun de ne pas ressentir de plaisir en se forçant (49%) qu’en se forçant (28%). (Là encore, 2% ont disparu.)
    Ensuite, il y a la fameuse question qui révèle si on a bien retenu les conseils de Maman sur la vie de couple : « Plus globalement, pensez-vous qu’il faille faire des concessions dans un couple, pour qu’il dure ? » Alors, surprise, alors qu’on voulait nous faire croire que nous étions intoxiquées de pensée libertarienne extrémiste féminazie dans la vie amoureuse, on découvre que seules 6% des femmes interrogées répondent « Non, s’il faut se forcer, où est l’intérêt ? ». L’écrasante majorité des femmes répondent « Oui, un peu » (58%). Et plus d’un tiers d’entre elles répond même « Oui, beaucoup » (35%). (Cette fois-ci, il n’y a qu’1% qui s’est volatilisé.)
    Et puis, question fallacieuse (avec encore 2% de perte), on nous demande ensuite « Trouvez-vous notre époque plus conservatrice qu’il y a 5 ou 10 ans ? » Pourquoi je la trouve fallacieuse ? Parce que, à mon sens, la majorité des personnes qui vont avoir cherché des réponses sur Internet, lu cet article et répondu à ce sondage sont des jeunes femmes qui n’ont pas encore beaucoup d’expérience sexuelle et qui se demandent ce qu’elles « doivent faire ». (Une femme mature et épanouie ne cherchera PAS cet article. Une femme mature mais qui croit que les rapports forcés sont une fatalité ne le cherchera pas non plus : c’est la routine.) Ainsi, s’il s’agit comme moi de femmes jeunes et avec peu d’expérience… quel recul avons-nous sur la réalité sociale d’il y a 5 ou 10 ans, quand nous étions toutes jeunes adolescentes et que nous ne connaissions à peu près rien du monde, comparée à celle d’aujourd’hui ? La réponse a donc de fortes chances d’être biaisée. Sans surprise, la majorité croit que notre époque n’est pas en plein retour du conservatisme (alors qu’elle vient de lire à l’instant un pamphlet anti-féministe qui prône le retour du devoir conjugal pour protéger le précieux couple et la sacro-sainte famille). Et 42% répondent « je trouve qu’on est plus libre qu’avant, et c’est tant mieux ».
    C’est quand même fou, non ? 42% des répondantes pensent qu’elles sont « plus libres qu’avant », seuls 17% râlent parce qu’elles « trouve[nt] cela dommage de se créer tant d’interdits », alors que 76% avouent se forcer à faire l’amour, et la moitié cède pour éviter des disputes ou pour le plaisir de leur compagnon sans que celui-ci ne leur donne, à elles, de plaisir.
    …N’y aurait-il pas comme un gros problème ?

    En tout cas, je me sens moins seule, mais je n’avais jamais ressenti aussi violemment combien la domination masculine est une réalité tangible encore aujourd’hui, et que son bastion le plus jalousement gardé est l’accès au vagin des femmes, même quand elles n’ont pas envie.

  7. Pom dit :

    Oh, zut, j’ai oublié une citation que je voulais commenter, en-dessous de l’injonction à se débarrasser du préjugé selon lequel se forcer à faire l’amour pourrait être dommageable à la femme, tuer le couple, et selon lequel qu’il faudrait s’exprimer sur l’absence de désir plutôt que de se forcer en silence !
    AuFéminin continue de commenter sur les préjugés étroits que véhiculent les absurdes témoignages qui remplissent ses forums : « Se forcer en amour reviendrait, dans l’esprit de beaucoup de femmes, à se trahir, à accepter un acte forcé. »

    …Vous vous rendez compte, combien c’est absurde ? Elles osent penser que se forcer, c’est être forcée ! Elles osent penser que le prononce réflexif « se » n’annule pas ipso facto la « force », la « contrainte » !

    Je trouve ça typique de la mentalité d’aujourd’hui, quand il s’agit de défendre la légitimité du désir masculin : il s’agit juste de le travestir en désir féminin.
    S’il y a de la prostitution, ce n’est pas parce qu’il y a des hommes qui désirent avoir des rapports sexuels ponctuels avec des femmes en les payant pour ne pas avoir à se soucier de leur désir ni de leur plaisir. S’il y a de la prostitution, c’est parce que ce sont elles, les prostituées, qui AIMENT ÇA ! Faut pas les stigmatiser, les pauvres. Aller au Bois, ça devient un acte de charité militant, une marque de respect envers les femmes qui ont le courage de faire des choix qu’elles assument. (Même s’il y a des millions de femmes battues et violées contre menue monnaie qui n’ont aucun moyen de sortir des très puissants réseaux de prostitution qui génèrent la quasi intégralité dans le monde du trafic humain et du « sexe tarifé », comme on dit joliment.)
    S’il y a des viols, comme me l’a déjà dit un jeune homme de bonne famille bien éduqué et multi-diplômé, c’est bien parce que dans son inconscient, la femme a le fantasme d’être désirée même au mépris de sa volonté. Ainsi, vaincre les résistances d’une femme, c’est lui faire le plus beau compliment du monde ! Et puis, il paraît qu’il y en a même qui font exprès de s’enivrer rien que pour qu’un homme (n’importe lequel) leur force la main et qu’elles aient moins de scrupule à ne pas se défendre. Et elles A-DORENT ça. (Même s’il y a quelques enquiquineuses qui veulent avoir le beurre et l’argent du beurre – c’est-à-dire se faire agréablement violer tout en sauvegardant leur réputation – et qui osent porter plainte contre de pauvres violeurs innocents pour se donner bonne conscience. Une femme, évidemment, ne peut jamais porter une authentique plainte pour viol… puisqu’elle aime ça !)
    S’il y a des femmes qui se forcent à satisfaire les désirs sexuels de leur compagnon quand elles n’ont pas envie, ce ne sont pas qu’elles ont intégré des injonctions sexistes qui leur bassinent à longueur de journée que le désir de « l’homme » est plus important que l’absence de désir de « la femme ». Vous comprenez, c’est parce que ce sont des adultes res-pon-sables qui font le choix mature de se forcer elles-mêmes intelligemment pour le seul bénéfice sexuel de leur homme, qui risquerait sinon de s’énerver ou de la quitter : tout repose exclusivement sur les épaules (ou plutôt le vagin) de Madame pour assurer la pérennité du Couple et la solidité de la Famille, qui valent forcément la peine d’être sauvés. De plus, certaines rapportent même qu’elles peuvent finalement y trouver un peu de plaisir, et puis de toute façon puisque le plaisir sexuel de la femme vient non du sexe mais du coeur, elle trouve forcément un puissant orgasme émotionnel dans ce geste sacrificiel. Personne ne leur demande de se conduire comme ça : elles le font toutes seules, sans l’insistance ni l’encouragement de personne, et elles y trouvent LEUR BONHEUR ! (Même si des femmes ravagées par la honte finissent par parler anonymement de leur souffrance sur des forums ou des blogs et découvrent que leurs histoires respectives présentent des points communs inattendus, comme l’indifférence du conjoint, la lecture d’articles de psycho-sexologie féminine culpabilisants et une sur-pathologisation du personnel médical qui ne cherche qu’à les rendre « fonctionnelles » pour le coït sans jamais s’intéresser au partenaire masculin ni se demander si les rapports sont réellement librement consentis.)

    Les femmes, nous dit-on, n’ont que ce qu’elles méritent. Personne ne les force à se forcer elles-mêmes, et en plus elles aiment ça ! Et si elles n’aiment pas et développent des symptômes inquiétants… elles sont vraiment trop stupides de s’être forcées, tant pis pour ces connes.

  8. Pom dit :

    Mea culpa, j’ai écrit une phrase dépourvue de sens. :p
    « Il semblerait qu’il soit plus commun de ne pas ressentir de plaisir en se forçant (49%) qu’en se forçant (28%).  »
    Je voulais évidemment dire : « Il semblerait qu’il soit plus commun de ne PAS ressentir de plaisir en se forçant (49%) que de ressentir du plaisir en se forçant (28%). « 

  9. mimi travesti dit :

    les hommes insatisfaits font le bonheur des travestis…boudez votre homme mesdames……et encore merci :)

  10. Pierre dit :

    Salut à tous et à toutes.
    La question soulevée ici est très intéressante, et depuis que j’ai pris conscience de certaines choses – comme le conditionnement masculin auquel j’ai été soumis – je suis largement plus réceptif et à l’écoute des problèmes, frustrations etc… de ma partenaire, et même, sans prescription aucune, de mes ex partenaires, (même si ça doit leur faire une belle jambe, ma soudaine prise de conscience).
    Et il est grand temps qu’en plus des témoignages de femmes comme ici en commentaire ou dans cet article (et non pas dans « Elle » ), s’ajoutent les témoignages sincères d’hommes sur leur « gestion » toute personnelle de leur pulsions sexuelles et autres excès de testosterone, qu’ils soient en couple, célibataires, ou même libertins, et des répercussions, qu’ils ne peuvent plus feindre d’ignorer, sur leur partenaire.
    Je vais tenter l’experience ici, à vous de me dire si c’est constructif.
    Pour ce faire, me faisant un tantinet l’avocat du diable, je risque de mâle m’exprimer (pas pu m’empecher), d’être ou de paraitre miso ou sexiste pour certains et/ou certaines.
    Ce n’est pas le but en tous cas, mon but est plutôt de fournir un témoignage des plus sincères de mon point de vue, qui n’est pas parole d’évangile, mais témoigne de ma réalité, au même titre que les témoignages de ses femmes relatent la leur.
    Je le répète, sur bien des points concernant les relations hommes/femmes, je suis encore un ignorant, un élève qui peut être parfois maladroit, mais ne perd jamais l’appétit d’apprendre de l’autre.
    Fin du préambule, place au pavé:

    Le contexte:
    Je suis un blanc caucasien, d’éducation chrétienne, élevé en grande partie auprès de femmes, dans une société à domination masculine (je ne vous apprend rien).

    J’ai donc le parfait profil, en France, du « chouchou de la société » comparés à beaucoup d’autres.
    Bon, après je me suis un peu disqualifié tout seul de par mes choix de vie, de look etc…bref, j’ai pu aussi gouter quelques déconvenues avec mes semblables notamment pour mon apparence et tater ainsi un tantinet de l’intolerance institutionnalisée.

    J’ai toujours été profondément respectueux de mes partenaires amoureuses, autant que mon intellect et ma culture ait pu me le permettre à différents stades de mon évolution, et ait toujours tenté d’installer un climat de communication maximum.
    Mais même avec cette philosophie, le conditionnement que j’ai subi m’a amené à me comporter comme un égoïste parfois, comme un enfant trop gâtés d’autres fois.
    Et à ne m’en rendre compte que bien trop tard.

    Et je soulignerai que le conditionnement qu’ont subies mes partenaires n’a fait qu’aller dans ce sens, hésitant à me communiquer frontalement nos déconvenues sexuelles, de peur de plein de choses ancrées dans leur éducation, d’une peur parfois incompréhensible pour moi, me laissant parfois seul dans mes questionnements.

    Je n’arrive pas à lui parler franchement de nos pratiques sexuelles, des règles s’il y en a ou s’il y a lieu d’en instituer, etc…etc…
    Bref, en parler comme quoi que ce soit d’autre relatif à « nous », quit à le faire pour ne rien dire et s’apercevoir que globalement tout va bien.
    Et manifestement, elle non plus.

    Le conditionnement a fonctionné des deux cotés.
    Comme nos parents, ce sujet reste personnel, même quand on est en couple et qu’on passe un temps fou à fusionner nos corps.
    Il faudrait attendre des années de vie commune pour approcher d’une communication libre sur le sujet, voila ce qui en ressort, voila une partie de ce que nous vend ce conditionnement, cette éducation.

    Et pourtant…

    Pourtant, deux filles m’ont débloqué et ouvert les yeux sur pas mal de questions autour du sexe dans mes différentes expériences, de ma position d’homme etc etc…
    Les deux les plus coquines diront nous, les plus libérés sexuellement, pour ne pas dire carrément plus perverses que moi… 😀
    Mais malheureusement aussi, le destin étant par nature taquin, les deux les moins spirituelles, les moins attachantes, j’en passe et des meilleures, le but n’étant pas de leur faire un procès mais de constater qu’elles ont aussi été les deux que j’ai quitté pour incompatibilité d’humeur dirons nous, pour ne pas dire incompatibilité d’ordre intellectuel et/ou culturel, ce qui à terme vient vite à manquer pour être réellement amoureux, passé les séances de jouissance commune, aussi épiques soient elles.

    Non, pour être amoureux, j’ai besoin d’admirer ma partenaire, de la désirer autant pour ses pensées, ses attitudes, que pour son corps et les fantasmes qui en découlent.
    L’un ne va pas sans l’autre.
    Et force est de constater que dans ces conditions de séduction, de consommation, l’analyse de nos rapports sexuels devient plus compliqué qu’avec les deux partenaires citées plus haut.
    Et je m’y sens bien moins à l’aise autant dans l’acte que dans la discussion.
    Peut être aussi parce que je suis moins en position « dominante », dirons nous maladroitement.
    Où commence notre plaisir commun, où s’arrête-t-il ?
    Franchement, des fois, quand on le sait, c’est vraiment le pied de pas perdre du temps à ne pas se le dire…

    Mais dans le romantisme, il n’y a pas vraiment de place pour la discussion anthropologique du type:
    « je suis un homme moderne, j’ai des besoins, besoins stimulés à longueur de temps par l’environnement sociétal donc ce soir… »
    Ou bien:
     » je suis une femme moderne, je ne suis pas un objet destiné à satisfaire les besoins hormonaux de mon compagnon sur demande, j’en ai moi même pas mal à gérer, soit dit au passage, donc ce soir…  »

    Et pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit.

    Ni même de discussion purement crue du genre:
    « j’aime te prendre/que tu me prennes comme ci ou comme ça… j’adore ceci, j’adore cela, ici ou là bas etc… » ça coûte pas si cher et ça peut rapporter gros.

    Mais si je commence à dire à ma femme que j’adore ses fellations, mais qu’elles seraient encore meilleures si je pouvais lui influer quelques conseils d’un pro du pénis, qu’est ce que je deviens dans son esprit ?:
    un fat perv qui ne recherche que son plaisir ? …pour parler D’jeunss
    Pourtant, si elle en faisait de même je serai bien le premier à écouter et mettre en pratique ses précieux conseils, parce qu’à priori, à part de l’extérieur et par expérience, je ne sais pas comment fonctionne son vagin, et c’est pas grave de le dire…

    Mais mes petites chéries ne me parleront jamais de leur vagin, même celle qui jouait à poupette avec mes attributs une fois qu’ils étaient en position de faiblesse, ce qui lui permettait d’observer de plus prés cet étrange organe masculin et même de lui donner un petit nom rigolo (yen a eu qu’une comme ça, et je pense qu’il n’y en aura pas deux, merci seigneur pour ces crises de rigolade et de décontraction commune).

    Non, même celle là ne me parlera pas de son petit jardin secret caché… C’est comme ça et je dois l’accepter…
    Et dans ces conditions, je ne sais plus quoi faire pour amener le débat, spécialement quand je me fais jeter comme un malpropre pour avoir osé lancer le brulot sur la table.

    Je sais que beaucoup de femmes sont avec de gros salopards qui ne pensent qu’à leur gueule, et qui les oppriment au lit, et que ça reste l’essentiel du combat féministe, mais de grâce, quand vous tomber sur quelqu’un d’ouvert à vous, que vous aimez et qui vous aime, ouvrez lui la boite de Pandore, même doucement, petit à petit, mais soyez à l’aise avec ça, car l’homme éduqué, attentif, attendra que le geste vienne de vous.

    Bon, je sais que mon pavé n’est pas très construit, mais ce n’est pas un argumentaire, je ne défend rien ni personne, mais veut simplement communiquer et montrer qu’il n’y a pas que des gros cons pour vous répondre ou des lèches culs, mais des mecs qui vous comprennent, vous soutiennent dans l’ombre, mais attendent aussi de vous une émancipation toujours plus grande dans nos échanges, dans nos relations, dans nos contacts.

    J’espère que cet exercice ne sonnera pas comme du narcissisme indécent, que je ne me suis point montrer sous mon plus mauvais jour, en croyant faire l’inverse.

    Big Up Mademoiselle

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