La plaie

Il n’y a pas que mes amis de gôche qui aiment à ramper vers la zone crépusculaire des cervelles sévèrement burnées. Il y aussi aussi le « Monsieur qu’a tout vu et qu’emmerde le monde ». Celui là mélange allègrement bite, chatte et couille à son registre de langue soutenu. Parce qu’il emmerde le monde. En général, il est couperosé, quinquagénaire, il sent le pipi, le cigarillos et le parfum de luxe pour hômme. Il aime quand la chair fraîche lui résiste, et lorsqu’il s’excite, il respire encore plus fort que d’habitude.

Il a lu des écrivains contestés par des connards ternes et bien pensants, il trouve ça glorieux de mettre la main au cul d’une minette devant sa femme, qui en rit à gorge déployée. Parce que sa femme aussi, elle emmerde le monde, mais jamais vraiment son mari par contre.

Souvent, ce Monsieur roule en berline et aime aller au bord de la mer, hors saison, parce qu’elle a du chien cette salope par temps gris, et que c’est une saison idéale pour se faire un resto.

Le reste du temps, il bouquine avec désinvolture de beaux livres reliés, en cuir, sur son sofa, en cuir, au milieu d’un intérieur de bon goût, bois et pierres apparentes, blanc cassé, vert anglais et quelques dorures. Quand il allume la télévision, c’est d’une voix grave et posée qu’il corrige tous ces journalistes qui n’y connaissent rien, ces politiciens qui n’ont aucun courage, ces socialo qui sont des bouffons. Et sa femme complète ce qu’il dit, parce que c’est un bon faire-valoir. Parfois il soulève sa bedaine, signe qu’il sait vivre, lui, pour aller jeter un coup d’oeil à ce que le patrimoine français à de plus beau, en berline. Mais il est souvent déçu. La petite minette vacataire qui a présenté les tableaux n’y connaissait rien, malgré son charmant petit cul de salope. Alors il intervient avec une pointe d’humour à sa sauce, sa voix forte résonne, la minette est gênée, minaude, certains se gaussent de son jeu de mot, il rit aussi. Qu’il est drôle. Sa femme glousse, regarde fièrement autour d’elle. Ça lui rappelle la fois où il avait fait ce jeu de mot sur les tantouzes, au dernier repas de famille. Oh mon dieu qu’il était drôle. Il ose, lui, parler de ce qui fâche. Parce que ce qu’aime faire par dessus tout ce priapique couperosé, c’est se croire au dessus des conventions. Et pour cela, il adopte en général une posture fort peu originale : taper ceux qui sont le plus facile à cogner quand on est un cadre blanc hétéro plutôt friqué. Il aime donc frapper l’arabe, la femme, le pédé, la gouine, le RMIste, le chômeur longue durée, le noir…

Généralement il est cadre quelque part, ce qui ne le change pas de son statut à la maison, il est au dessus de tout, mais on ne sait pas vraiment quel est son rôle exact.

C’est une plaie qui se rencontre au boulot, dans une association ou un parti politique, parfois c’est une plaie qui s’appelle tonton ou beau-papa. C’est en tous cas une plaie assez terrible, particulièrement lorsqu’elle est avinée et que les quelques verrous sautent à mesure que le taux d’alcoolémie grimpe. En général la plaie va vous attraper le bras avec force, pour vous parler d’une sombre question qu’elle croit maîtriser, en approchant son visage très près du vôtre. Elle tentera également de toucher vos seins en se penchant pour attraper quelque chose sur la table, ou essaiera de provoquer verbalement le mec qui éventuellement vous accompagne. La plaie se met en concurrence avec tous les jeunes hommes qu’elle rencontre. La plaie se trouve irrésistible.

Ce contenu a été publié dans 1 - FEMINISME, 4 - CAPITAL HUMAIN, Le dictionnaire bilingue, Nos Amis les Fauves, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à La plaie

  1. Ping : Le petit bric-à-brac de Pascal | Entre les lignes entre les mots

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>