Gauche sévèrement burnée

Je discutais hier avec un militant d’extrême gauche, très engagé dans les mouvements sociaux locaux, et avec lequel j’ai de nombreux points de vue en commun.

J’ignore comme la question est arrivée sur le tapis, mais lorsque j’évoquai le terme « féminisme », mon ami de gauche, « engagé contre toutes les formes de dominations » se mit immédiatement à ramper vers l’habituelle zone crépusculaire des cervelles sévèrement burnées : il marmonna un petit quelque chose sur « ces femmes qui se croient supérieures aux hommes », entrecoupant cette diarrhée verbale d’élans universalistes dignes d’un vrai militant socialiste qui espère se faire remarquer pour décrocher un poste au conseil général.

Je lui épargnai cette remarque dans ma grande mansuétude, et sachant que j’allais rapidement entendre que « ce combat n’est pas prioritaire parce que nous devons être solidaires », je crus bon d’assainir tout d’abord le terrain en glissant qu’il avait certainement dû rencontrer des idiotes, lu de travers ou pas du tout les travaux féministes, ces derniers étant plus riches, plus divers et bien plus complexes que ce qu’il semblait imaginer. Je précisai qu’il n’était pas question de penser que les femmes étaient supérieures aux hommes, et le priai, lui qui subissait ces mêmes caricatures au quotidien, puisque étiqueté dangereux gauchiste archaïque, de ne pas colporter ces mêmes clichés concernant les féministes.


Il en fut quelque peu désarçonné, si bien que je crus un moment [ô espoir, ô naïveté] que la sempiternelle rengaine de la priorité des combats n’allait pas retentir, tel le jappement d’un petit chien hargneux auquel on vient de marcher sur la queue. Et pourtant, tel fut malheureusement le cas. Diantre, mais quel manque d’originalité…. Préparée depuis longtemps à cette réponse, je lui demandai de me fournir la liste publiée à mon insu des combats légitimes, classés dans l’ordre des priorités, avec le nom du grand ordonnateur suprême. Cette petite pointe d’humour, qui fut accueillie par un « oulala mais calme toi ! », puisqu’il ne faut jamais regarder un petit chien hargneux dans les yeux, eut pour effet de le contraindre à faire un pas de côté, dans un sol assez boueux. La suite de la conversation ne fut qu’un terrible et très rapide enlisement. Il se mit à remuer ses petites pattes en l’air, en jetant des mots vers le ciel : ce fut comme jouer au ping-pong avec un manchot, si bien que j’abrégeai la partie dans ma grande humanité. En smashant avec grâce et douceur, je tentai de ne pas totalement l’émasculer symboliquement, crainte qu’il exprimait à présent par de petits regards inquiets vers son entrejambe mental.

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